Le 3 décembre 2003

1ère Conférence francophone sur le tourisme rural de la Vallée du bas de l’Outaouais Le tourisme rural ou l’enfant chéri

Par Chantal Quirion


Linda Savard a littéralement captivé son auditoire lors de la première Conférence francophone sur le tourisme rural de la Vallée du bas de l’Outaouais, au Collège d’Alfred le 8 novembre dernier.

C’est d’une attention toute particulière dont jouit le tourisme rural dans l’Est Ontarien. Comme pour l’enfant au berceau, les fées marraines, la Chambre économique et le cortège des municipalités, veillent jalousement à son développement.

La 1ère Conférence francophone sur le tourisme rural de la Vallée du bas de l’Outaouais reflétait parfaitement le déploiement d’efforts concertés pour faire avancer ce dossier auprès des diverses instances gouvernementales. Les opérateurs touristiques, présents au Collège d’Alfred de l’Université de Guelph pour cette première, se seront assurément sentis soutenus et seront repartis plus confiants que jamais, ce 8 novembre dernier.

D’une part, ils ont pris connaissance des nombreux projets mis de l’avant de 1996 à aujourd’hui ayant trait au développement de leur secteur. D’autre part, ils ont eu accès à une foule de trucs et de conseils pratiques pour les aider dans leur commerce.

Où en est le tourisme rural dans l’Est de l’Ontario?
Précisons d’abord, que l’appellation ?Vallée du bas de l’Outaouais’, remplacera graduellement le nom de Prescott et Russell dans la documentation touristique. Cette nouvelle désignation fait suite aux nombreux questionnements de la part des touristes qui n’arrivaient pas à visualiser la région englobée par le précédent terme.

Linda Savard, ardente défenderesse du tourisme francophone en Ontario, remplit mieux que personne son rôle de présidente et de directrice générale à la Chambre économique de l’Ontario (CÉO). Sa passion n’en fait pas moins un être tout à fait pragmatique à qui les conditions pour mener le tourisme francophone sur la bonne voie semblent tout à fait claires. « La première condition pour réussir est de convaincre le gouvernement d’investir dans le tourisme francophone. Pour cela, il nous faut des chiffres en main, des statistiques», nous dit-elle.

Remettons-nous dans le contexte. En 1996, les gouvernements méconnaissaient encore l’existence d’industries francophones en Ontario. Leur parler du potentiel de l’industrie touristique francophone égalait presque, à parler en chinois.

La CÉO est donc partie de la case zéro et a commencé par convaincre le ministère de l’Industrie de lui octroyer un budget des plus modiques pour inventorier les attraits touristiques potentiels, de l’est, du sud et du nord de l’Ontario. Bien que sommaire, ce fut assez concluant pour constituer la base de nombreux projets qui virent le jour depuis. Ces derniers prirent de l’ampleur et les octrois également. D’autres ministères participent maintenant au financement et les municipalités des Comtés unis également.

Pourquoi l’appui du gouvernement est-il si nécessaire?

Les modifications à apporter pour optimiser la fréquentation touristique sont à la fois, gigantesques et onéreuses. Sans l’ombre d’un doute, la codification routière à l’échelle provinciale n’est pas adéquate. Au nombre de routes n° 9 qui existent dans les Comtés unis, l’on ne simplifie pas la tâche du touriste, qui, ne l’oublions pas, n’est pas venu ici pour se perdre. Il faudrait aussi élaborer un concept visuel plus attrayant pour les panneaux touristiques.

La présence d’un répartiteur en permanence pour acheminer immédiatement les demandes de renseignements en français, à l’Office du tourisme ontarien, est également indispensable.

Madame Savard souligne aussi l’absence d’un guide de classification, « les gens veulent savoir dans quel genre d’établissement ils vont passer la nuit ou simplement manger. Ils sont beaucoup plus disposés à se déplacer quand ils savent à quoi s’attendre », déclare t-elle. Un consultant étudie présentement les modèles existants afin d’en proposer un pouvant être utilisé ou adapté pour la Vallée du bas de l’Outaouais.

Un circuit patrimonial serait aussi un atout d’importance. « Aujourd’hui, les gens veulent apprendre en voyageant, il faut dépasser le cadre du loisir », renchérit encore la présidente de la CÉO.

De ce côté, il y a déjà des initiatives. Paule Doucet du Regroupement des organismes du patrimoine franco-ontarien était présente pour nous en faire part. Il existe une franco-route virtuelle très fréquentée qui donne un avant-goût de l’Ontario.
Présentement, le Regroupement essaie de créer un lien entre le tourisme et le patrimoine et entend faire la promotion de sites en milieu rural. Le patrimoine est abordé ici dans un sens large, il ne s’agit pas seulement de bâtisses et de monuments mais aussi de vues imprenables, propres à chacune des régions. Un appel a été lancé aux municipalités qui voudraient mettre en valeur certains de leurs éléments patrimoniaux. C’est une autre initiative qui contribuera à faire dévier les gens de la 417, entre Montréal et Ottawa.

Autre point à développer, la piste cyclable qui vient d’être achevée est un excellent attrait pour la région. Néanmoins elle est linéaire. « Ce n’est pas dans la nature des gens de revenir par où ils sont passés », constate Linda Savard. Aménager des boucles reliées à l’axe principal serait très bénéfique.

Opérateurs touristiques, à vos crayons!

Autant de changements, autant d’argent. La CÉO a besoin d’appui financier pour amorcer une si longue liste de projets et dans d’autre cas, de beaucoup de persuasion pour convaincre le gouvernement de la nécessité d’apporter des changements à des infrastructures aussi importantes que la codification routière. D’où l’importance des données sur l’achalandage des établissements touristiques.

Or, suite à une récente consultation, il ressort que peu d’opérateurs touristiques recensent des informations en ce sens. Pour y palier, une trousse d’information visant à sensibiliser les établissements à l’importance de la collecte de données a été conçue. Celle-ci propose des méthodes d’évaluation faciles et pratiques, pour les opérateurs qui du même coup bénéficieront des avantages liés à mieux cerner leur clientèle et ses habitudes.

Le marché

Puisqu’il est ici question d’un produit francophone, il va de soi que le marché visé, l’est tout autant. « Le marché francophone en Ontario est un tout petit marché qui deviendra grand », affirme la spécialiste en développement des produits et des marchés Geneviève Ménard qui travaille au sein de la Société du Partenariat ontarien de marketing touristique. Il s’agit de le développer. Le Québec est l’un des marchés à développer en priorité. Il est très prometteur par sa proximité, et de par son nombre de francophones.

Le tourisme en milieu rural en particulier, convient parfaitement au profil type du Québécois qui accorde beaucoup d’importance à la valeur ajoutée, qui aime se balader à la campagne, qui adore la cuisine du terroir. Bref, c’est notre homme! Il faut se dépêcher avant que d’autres ne mettent la main dessus. Les provinces de l’Ouest le convoitent tout autant et ne lésinent pas sur les budgets de promotion.

L’avenir est prometteur. Il y a bien sûr le Québec mais aussi une multitude de communautés francophones à travers le monde. D’ailleurs, 2004 nous apporte une occasion en or de s’attirer des touristes avec les célébrations en l’honneur du premier établissement en Amérique du Nord. Canada ? France, 1604-2004 dont les festivités s’étaleront sur cinq ans attirera une foule de touristes du monde entier. De nombreuses activités sont déjà aux programmes, au Québec, en France et même aux États-Unis. Madame Ménard presse les opérateurs touristiques ontariens à développer des activités autour de ce thème, à opter pour des costumes de cette époque, bref à être créatifs et essayer de s’intégrer à l’événement.

Une première réussie

Stimulante et formatrice, la première Conférence francophone sur le tourisme rural de la Vallée du bas de l’Outaouais a été un succès à tous les niveaux. Les objectifs de réseautage et d’échange ont été pour le mieux rencontrés et la participation des municipalités a été très appréciée. Quant au somptueux dîner gastronomique concocté par la chef Chantal Caron, il valait à lui seul le déplacement.

Comme le disait le président des Comtés unis, Martial Levac: « Nous sommes une région de croissance, il faut encourager l’entreprise locale et mettre en valeur nos ressources naturelles. Il faut être de bons ambassadeurs 365 jours par année. Il faut travailler en équipe et se donner la main vers demain ».

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