Volume 33 Numéro 06 Le 6 novembre 2015

2015 : un scénario de rêve dans le Nord


Marc Dumont

Par Marc Dumont
Correspondant – Nord de l'Ontario
info@journalagricom.ca


La région du Témiskaming a connu une saison exceptionnelle, le contraire de l’an dernier. Il y a eu 130 jours sans gel mortel entre le 24 mai et le 2 octobre, le gel étant mortel à partir de -2 °C. Pour la période du 2 mai au 2 octobre, il y a eu 2300 unités de chaleur alors que la moyenne est de 2100. Mai a connu 20 % de plus de chaleur que d’habitude et en septembre, les unités de chaleur ont dépassé la moyenne de 60 % et les nuits ont été chaudes. En somme, les grandes cultures ont été particulièrement gâtées par Dame nature.

Tout comme le temps, les rendements ont été supérieurs à la moyenne. Cela a même mis en évidence le manque de capacité d’entreposage. Pour répondre au besoin, la co-opérative régionale de Nipissing-Sudbury a décidé d’ajouter un silo de 3000 tonnes pour doubler sa capacité d’emmagasiner l’avoine.

Cette récolte a dépassé les deux tonnes à l’acre avec une belle qualité, peu de fusariose et un bon volume de paille. Contrairement à bien d’autres années, l’avoine n’a pas été écrasée par le vent ou la pluie. Dans l’ensemble, les agriculteurs ont pu faire le même constat pour les autres céréales.

Pour les plantes fourragères, il s’est fait du bon foin, mais le temps trop sec a nui aux rendements.

Quant au soya, la récolte a été de bonne qualité, sans problèmes de moisissures et supérieure à la moyenne, avec 40 à 50 boisseaux à l’acre.

Les rendements du maïs à ensilage ont été légèrement supérieurs. Il a bien mûri et il est de belle qualité. Le léger gel de juin a ralenti sa croissance sans toutefois causer de pertes.

Une exception

La seule ombre au tableau est le canola. Cette culture est très payante, mais la cécidomyie du chou-fleur, dont la larve perturbe la croissance du canola, continue sa progression. Elle est rendue dans la région de Judge/Belle-Vallée qui avait été relativement épargnée jusqu’ici. La présence de cet insecte intrigue. Certains se sont risqués sur de petites superficies avec des résultats très variables. Un agriculteur, Stéphane Cloutier, a installé des pièges dans un champ sans canola cette année, mais qui l’avait été l’an dernier. Il a constaté que la mouche de la cécidomyie du chou-fleur était encore bien présente. Quelles sont les conditions climatiques du Témiskaming qui peuvent bien favoriser la présence de l’insecte? Il est pourtant peu présent dans la région du Nipissing ou dans l’Ouest canadien où on le cultive depuis plus de 50 ans.

Il semblerait que le niveau d’insectes présents soit si élevé qu’il n’existe pas présentement de traitement efficace. « Il faudra que les producteurs de canola de l’Ontario formulent des recommandations, proposent des stratégies ou arrivent avec de meilleurs insecticides. Présentement, les cultivateurs au Témiskaming ne sont pas prêts à semer des milliers d’acres comme il y a quelques années », commente l’agronome du ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario (MAAARO), Daniel Tassé.

Alternatives au canola

Entre temps, les producteurs sont à la recherche de cultures alternatives. Il y a eu 600 acres de fèverole (gourgane). Elle a donné de bons rendements avec 1,2 t à l’acre. La culture du pois a aussi bien réussi. L’expérience avec le lin a été positive. Cette culture est maintenant assurable au Témiskaming.  Remplacera-t-elle le canola? Le sarrasin se cultive à grande échelle par quelques agriculteurs. Cependant, cette culture n’est pas assurable dans le Nord et ne sera probablement pas semée à grande échelle.

Pour l’agronome, Daniel Tassé, l’humeur de la communauté agricole du Témiskaming tourne autour du dilemme sur le canola. Elle réfléchit aux cultures alternatives, préférablement assurables. Et il y a encore ce sentiment de prudence.  Les agriculteurs ne sont pas près d’oublier 2014. Si 2015 a été bonne, est-ce qu’on peut s’y fier? Entre temps, il continue à se faire beaucoup de drainage, de défrichage et de travaux d’amélioration des sols.

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