Volume 35 Numéro 08 Le 1er décembre 2017

Un plan stratégique pour la transformation du lait dans le Nord de l’Ontario


NOFIA (Northern Ontario Farmers Innovation Alliance) et les huit comités de producteurs de lait de la région ont commandé une étude pour analyser les possibilités d'expansion de la capacité de transformer le lait dans le Nord.

Marc Dumont

Par Marc Dumont
Correspondant – Nord de l'Ontario
info@journalagricom.ca


Des 78 millions de litres de lait produits annuellement dans le Nord de l’Ontario, 46 sont acheminés au Québec, au Manitoba et dans la région de Toronto. C’est ce qui a incité NOFIA (Northern Ontario Farmers Innovation Alliance) et les huit comités de producteurs de lait de la région à préparer un plan stratégique pour une expansion de la capacité de transformer le lait dans le Nord. « Quand il a été question de cette étude, je ne voulais pas qu’un consultant nous dise : « Dites- moi ce que vous voulez? »,  explique Yves Gauthier, producteur laitier et vice-président de NOFIA. « On voulait savoir si c’est bon d’aller dans le Nord pour la transformation du lait », ajoute-t-il.

 Depuis plusieurs années, les gros transformateurs de lait ont acheté les plus petits et il y a eu consolidation des installations. L’étude devait faire un portrait complet de la situation, évaluer les opportunités et identifier les facteurs de succès pour la transformation du lait dans le Nord, avec en trame de fond, la viabilité de cette industrie et ses des emplois.

Le rapport identifie trois avenues : l’appui aux petits transformateurs nouveaux et existants, l’accès aux marchés et la coordination de la distribution.

L’appui aux transformateurs examine les besoins d’accès à de l’expertise, du financement, des possibilités de collaboration entre transformateurs, la formule des coopératives, des produits alternatifs et ce qu’est une entreprise artisanale en transformation laitière.

L’accès aux marchés propose la création d’une appellation : « Nord de l’Ontario » pour tous les produits laitiers, la mise sur pied de projets pilotes pour tester le marché, la mise au point de nouveaux marchés, l’accès aux marchés autochtones et à toutes les épiceries et dépanneurs du Nord.

Quant à la coordination de la distribution, le rapport propose de faire l’inventaire des transformateurs de nourriture le long de la Route 11 pour mettre en valeur toutes les initiatives existantes.

Les chercheurs qui ont fait un grand nombre de rencontres en tirent certains constats. Tous les transformateurs actuels veulent grossir. Cependant, chez les transformateurs à la ferme, on se  préoccupe de l’accès à de l’expertise dans le domaine laitier.  La vaste majorité des transformateurs sont prêts à collaborer avec les autres. La production de lait de chèvre dans le Nord est à la hausse et cela donne l’occasion aux transformateurs actuels de faire de nouveaux produits. Les gens du Nord veulent des produits laitiers du Nord qu’ils voient comme plus purs. Il en est de même pour la population de la grande région de Toronto pour qui les produits locaux sont ceux qui viennent de l’Ontario.

Le rapport recommande d’explorer la possibilité pour les entrepreneurs de faire de l’emballage de certains produits laitiers pour de plus grosses entreprises. Ou bien, pour les entreprises du Nord d’ouvrir leurs installations à de plus petits transformateurs pour l’emballage de leur nouveau produit. Une autre suggestion serait de former des coopératives de transformateurs pour économiser sur l’électricité, l’équipement et les infrastructures, notamment.

Mais il y a des irritants. Par exemple, «  la réglementation qui s’applique aux transformateurs comme dans le cas des fromageries où il en coûte deux fois plus cher en Ontario qu’au Québec pour en ouvrir une », affirme Denis Nadeau de la Fromagerie Kapuskoise en déplorant que les normes d’infrastructure soient conçues pour les fromageries de grande taille et qu’il soit très dispendieux pour les petites entreprises de s’y conformer.  Le rapport identifie aussi comme frein à l’expansion, les politiques de distribution des épiceries à grande surface; les difficultés à recruter, former et retenir le personnel; le manque d’appui surtout avec les produits vendus à la ferme et le coût plus cher de l’électricité dans le Nord.

Le rapport présente une analyse en profondeur du marché et détaille une liste de tout ce qui est nécessaire pour connaître du succès pour les éventuels transformateurs laitiers. Il propose aussi  des nouveaux produits de lait, fromages fins, crème glacée, produits probiotiques, laits énergisants,  beurre, et le tourisme à la ferme… Pour montrer qu’il est possible de faire preuve d’imagination, le document rapporte que le fromage le plus cher au monde provient de la Suède. Il se vend à 1000$ US et c’est un fromage d’orignal!

« Je suis content de l’étude, les auteurs ont trouvé des options. On leur avait indiqué où aller voir et à qui parler. Je suis assez satisfait et j’ai demandé aux consultants de continuer leur travail, » conclut M. Gauthier.

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