Volume 35 Numéro 09 Le 15 décembre 2017

Loyola Sylvain, agriculteur un jour, agriculteur toujours


Suzanne et Loyola Sylvain au Marché des fermiers de Kapuskasing. Crédit photo: Yves Labelle.


L’histoire de Loyola Sylvain avait retenu l’attention des médias il y a quelques années, tant elle est inspirante. Cette fois-ci c’est au tour de la province de reconnaître la contribution exceptionnelle de cet homme hors du commun.  L’agriculteur de Kapuskasing a reçu l’un des Prix régionaux de la première ministre pour l’excellence en innovation agroalimentaire.

« C’est sûr que ça me fait un petit velours, mais ça me gêne pas mal », confie M. Sylvain en indiquant qu’il n’est pas à l’aise avec toute cette publicité. Son épouse Suzanne le confirme, son mari est un homme modeste qui n’agit pas pour la reconnaissance. Mais, il a de l’ambition, dit-elle,  et quand il a un but, impossible de l’arrêter comme en témoigne son parcours

M. Sylvain a ceci de particulier que même s’il a perdu l’usage de ses jambes à la suite d’un grave accident à la ferme en 2010, il n’a jamais pour autant abandonné l’idée de continuer à cultiver la terre. Dès son retour après un séjour de 10 mois à l’hôpital, il s’est mis en quête de trouver comment il y parviendrait.

« C’est un homme de caractère qui veut toujours avancer et après l’accident, la première chose qu’il m’a dite c’est : je vais retourner dans le tracteur », rapporte Mme Sylvain.

Elle ne nie pas que la première année a été difficile puisque son mari a dû faire le deuil de la production laitière. Il adorait ses vaches. Il a aussi dû accepter d’avoir à demander de l’aide ce qui n’était pas du tout dans son tempérament. La période précédant l’acquisition de son camion adapté a été éprouvante. Mais jamais, dit-elle, il ne s’est apitoyé sur lui-même.

« Je suis chanceuse d’avoir un chum comme ça. »

Aujourd’hui, deux des sept tracteurs de M. Sylvain sont dotés d’un élévateur qui lui permette de monter ou de descendre selon son bon gré. Pour les autres, il doit embarquer à endroit fixe à l’aide d’un treuil, ce qui est un peu plus limitatif, mais quand même très pratique puisque tous ont été adaptés pour pouvoir être contrôlés manuellement, même sa moissonneuse-batteuse.

« Un jour je lui ai téléphoné et je lui ai demandé ce qu’il faisait. Il m’a répondu qu’il était en train de moissonner! Je n’arrivais pas à le croire. Notre employé a pris le téléphone et m’a dit oui, oui, c’est bien vrai », raconte Mme Sylvain.

Loyola Sylvain a tout conçu  lui-même et bricolé plusieurs de ces équipements qu’il qualifie de très sécuritaires. Son employé à mi-temps, Bertrand Belisle l’a aidé dans certains de ces projets, sans compter Yvon Murry, le bon samaritain qui lui a permis de concrétiser le premier élévateur. « Je n’en avais jamais vu, mais il (M. Murry) m’a assuré que c’était possible à faire. Il est venu souvent pour faire des ajustements », se souvient M. Sylvain.

Grâce au matériel adapté jumelé à une force de volonté peu commune, la Ferme Sylvain a pu poursuivre ses activités dont la culture de 75 acres de céréales destinées à l’alimentation des veaux d’un producteur local, la production de foin sur 125 acres et la culture maraîchère sur 4 acres, c’est donc dire d’immenses jardins dont les légumes sont appréciés au marché fermier de Kapuskasing. Loyola Sylvain est responsable de l’organisation du marché depuis 27 ans et le couple y est très apprécié.

Pendant la période où il n’avait pas encore son véhicule, un résident du village voisin s’est offert pour le transport et pour l’aider à emmener les tables et la marchandise les jours de marché. Le potager amène d’ailleurs une dimension très particulière à l’entreprise, une solidarité qui est très appréciée du couple. Plusieurs bénévoles, dont de nombreuses personnes âgées viennent leur donner un coup de main à la ferme, mais aussi au marché.

« On a bien de l’aide de gens à la retraite, de gros travaillants qui se cherchent de l’ouvrage. On dirait que ça les motive de venir chez nous », expliquent les époux Sylvain. L’un et l’autre se disent heureux de ces échanges et de voir ces gens admirables repartir les bras chargés de légumes frais en échange.

Travailler la terre, c’est « une vraie thérapie », mentionne Mme Sylvain en disant qu’elle en ressent les bienfaits dès qu’elle arrive dans le jardin. Le couple reçoit aussi des écoles, heureux de permettre à des jeunes qui n’en ont pas nécessairement la chance, de voir d’où proviennent les aliments et de ressentir le plaisir de cueillir. Par la même occasion, voir Loyola Sylvain à l’œuvre devient pour eux une grande source d’inspiration.

Leur production maraîchère leur permet aussi de soutenir des causes locales. Ils en choisissent une par année à laquelle ils donnent de leurs fameuses carottes pour que les organismes amassent le profit des ventes. « Les carottes du Nord sont les meilleures et les plus sucrées », affirme Mme Sylvain.

Et cette année, s’était leur rêve à tous les deux, ouvrir au grand public pour l’autocueillette de carottes à la fin de la saison. Le spectacle en a valu la chandelle disent-ils alors qu’ils ont eu droit à une belle démonstration de partage intergénérationnel.

L’hiver est finalement là et le temps venu de vérifier et de réparer la machinerie. Ce sera aussi le temps pour Loyola Sylvain, de penser plus concrètement à un troisième élévateur.

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