Volume 30 Numéro 12 Le 28 février 2013

« D’abord le rêve, ensuite le portefeuille »

Par Patrick Dupuis (Coopérateur agricole)


C’est le 32e qui s’est avéré le bon. Le 32e plan d’une nouvelle étable laitière que Marc et Ginette Quesnel ont bâtie en 2007 dans leur ferme de Moose Creek, en Ontario. « Je me levais à 4 h du matin et je traçais des plans à l’échelle, dit Marc. Au début, je voyais grand. Je rêvais. J’imaginais toutes sortes de possibilités. L’emplacement du nouveau bâtiment changeait de jour en jour. »

Pour alimenter sa réflexion, et avant d’arrêter son choix, le couple multiplie les visites de fermes – États-Unis, Brésil, Argentine – et les consul­tations auprès de partenaires – expert-conseil, vétérinaire, conseiller en gestion. Ce n’est pas par simple plaisir qu’il se donne tout ce mal ! Marc et Ginette sont alors à la croisée des chemins. Le confort de leurs animaux est inadéquat, malgré les nombreuses améliorations apportées au fil des ans : allongement des logettes, installations de tapis de caoutchouc dans les allées et sous les vaches, amélioration de la ventilation et de la luminosité. Rien n’y fait. La longévité des 100 vaches de la ferme LCM Quesnel est en chute libre. Le troupeau est composé à 55 % de sujets de premier veau. « L’élevage ne fournissait pas et il fallait acheter des vaches, dit Ginette. On savait que c’était le bâtiment. Le confort, c’est là où est l’argent. On était rendus là. »

La situation concorde aussi avec un besoin de croître pour accueillir une relève qui monte en puissance. Pascal, Valérie et Joël sont aussi passionnés que leurs parents. Décidément, toutes les planètes étaient alignées. Mais il fallait faire le tout au meilleur coût possible.

C’est donc le 32e plan que Marc a dessiné qui sera mis à exécution. Les vaches en production et en phase de préparation au vêlage sont logées dans le nouveau bâtiment de 289 pi sur 104, qui compte 196 logettes. Le couple fait preuve de vision. Le complexe pourra aisément être agrandi pour abriter 800 vaches et même davantage. L’investissement atteint 1,2 million de dollars.

Le complexe aurait pu coûter beaucoup plus cher, si ça n’avait été des judicieux conseils de leurs partenaires. L’étable d’origine est utilisée pour élever les taures et les veaux. Le père de Marc leur souffle un tuyau qui se traduit par une économie de 800 000 $ : conserver l’ancienne salle de traite et la laiterie. Une somme qui a pu être consacrée aux 89 kg de quota dont l’entreprise a fait l’achat depuis 2007. « Une salle de traite, ce n’est pas payant, dit Marc. C’est le confort qui l’est. Bâtir pour le confort, ça ne coûte pas cher. » « Il faut le faire intelligemment, poursuit Ginette, en pensant aux vaches, à la façon dont elles pensent, de manière à favoriser la circulation naturelle des animaux. Une étable, ce n’est pas un showroom. Tout a été conçu en mettant l’accent sur le bien-être animal. »

Avec quatre rangées de logettes au lieu de six, chaque vache dispose d’un espace de 100 pi2, soit 20 de plus que dans l’ancienne étable. Dans les logettes, les vaches s’étendent sur une confortable couche de sable, ce qui a permis une importante économie de ciment, sans compter la réduction considérable des maux de pattes.

L’amélioration du confort a rapidement porté ses fruits. La production quotidienne s’est accrue de 10 kg par vache, pour atteindre de 35 kg. La longévité s’est aussi radicalement améliorée. « Le troupeau ne compte plus que 26 % de sujets de premier veau, souligne Ginette. Au lieu d’acheter des veaux, on en vend. » Marc chiffre leur réussite autrement : « Dans l’ancienne étable, pour une même quantité de lait dans le réservoir, il nous aurait fallu 59 vaches de plus. » Pour éviter les surprises, le couple a budgété avec une production de 25 kg et le même taux de remplacement. On connaît la suite. L’entreprise figure aujourd’hui parmi les six plus productives de son groupe de gestion. 

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