Volume 30 Numéro 11 Le 8 février 2013

« Je suis drivé par la croissance… »

Par Patrick Dupuis (Coopérateur agricole)


«  Mais pas à n’importe quel prix ! » Associé avec son père depuis 10 ans, Jean-Pierre Lavigne ne s’est jamais posé la question : je m’arrête ou je continue ? Pour ce jeune entrepreneur laitier de 34 ans, père de quatre enfants, l’avenir s’annonce limpide. « J’ai une vieille étable, mais je fais de l’argent », souligne celui qui est également administrateur à La Coop AgriEst et membre d’une coopérative d’utilisation de matériel agricole (CUMA). La ferme de Sainte-Anne-de-Prescott produit un quota de 153 kg avec 103 vaches en lait, pour un troupeau total de 124 vaches. « J’ai un projet de rallonger l’étable pour loger une quinzaine de vaches de plus », dit-il.

 

Ce n’est pas la première fois que les deux associés donnent un nouvel essor à l’exploitation. Alain et Rachel Lavigne, les parents de Jean-Pierre, se sont d’abord établis en 1967 avec un bon troupeau. En 1976, Alain aménage un espace pour les taures. Une vingtaine d’années plus tard, en 1996, il agrandit l’étable de 100 pi. Trente vaches peuvent prendre place dans cette section dotée de stalles de 4 pi et demi de largeur. Puis, il y a six ans, Alain et son fils relogent les taures et vaches taries sous un dôme en toile, de type étable froide, d’une dimension de 70 pi sur 150, qu’ils installent pour un coût de 300 000 $. Précisons que l’investissement comprend également une fosse pour servir les 250 têtes de tout le troupeau. « La construction du dôme a été un bon move pour le confort des animaux », fait remarquer Jean-Pierre. L’espace récupéré à l’étable principale est alors réaménagé pour un coût de 150 000 $. On y a refait tout le ciment, les stalles sont élargies (5 pi sur 6) pour pouvoir accueillir les plus grosses vaches, puis un nouveau lactoduc est installé. Ces investissements ne mettent pas à mal les finances de la ferme. Au contraire, ils permettent des gains d’efficacité, une meilleure santé pour le troupeau et du plaisir au travail.

 

L’étable de 300 pi sur 45 est équipée d’un performant système de ventilation tunnel. Fonceurs et axés sur les affaires, les Lavigne pratiquent trois traites par jour (à 6 h, 14 h et 22 h). La production moyenne atteint 13 000 kg (MCR de 285-299-275). L’entreprise compte en plus 400 hectares en cultures diverses (soya, maïs, blé, fourrages) et une érablière de 1600 entailles. Deux employés à temps plein et une dizaine à temps partiel prêtent main-forte aux propriétaires.

 

«  Quand tu arrêtes d’investir, c’est la fin », croit Jean-Pierre, qui travaille de 70 à 80 heures par semaine. « Quand tout a été laissé à l’abandon trop longtemps, il est trop tard. La dépréciation et l’inflation grugent tous les profits. » « Si on n’avance pas, on recule », ajoute Alain. La philosophie à long terme de l’entreprise, c’est de croître. Mais, encore une fois, pas à n’importe quel prix. « On ne construit pas pour impressionner la galerie, souligne Jean-Pierre. Il faut que ce soit rentable. On pense croissance pour avoir une masse critique qui permet d’adopter de nouvelles technologies afin d’améliorer notre efficacité. »

« En agriculture, il faut penser comme ça, estime Alain. Le sens du travail et de l’effort, c’est important. On ne peut pas vivre de subventions. Au fil des ans, c’est beaucoup plus valorisant quand, à force de travail, la réussite vient de toi. »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *