Volume 32 Numéro 18 Le 22 mai 2015

Acheter des vaches : oui ou non?


Par Luc Gagné, Groupement de gestion de l'Ontario


Avec l’arrivée des crédits mensuels plus tôt que prévu, la question revient souvent à savoir s’il est avantageux d’acheter des vaches pour produire ces crédits.

Tout d’abord, rappelons les faits, le Dairy Farmers of Ontario(DFO) a ajouté 2% d’allocation de quota non vendable à partir du 1er mars 2015.  Ce droit de produire peut être reporté d’un mois à l’autre s’il n’est pas produit.  De plus, il a ajouté 2 jours supplémentaires de production pour les mois de mars et avril et a ajouté au total 3 jours par mois pour les mois de mai à octobre et 2 jours pour le mois de novembre.  Il faut savoir que ces crédits ne sont pas reportables d’un mois à l’autre.  À la question faut-il acheter des vaches pour remplir ce quota?  Voici quelques réflexions:

Premièrement, il faut se demander si vous avez les infrastructures pour ajouter des vaches.  Si votre étable est déjà pleine de vaches, vous ne pourrez pas en ajouter davantage à moins de transférer, deux fois par jour, des vaches de l’extérieur vers l’intérieur de l’étable pour les traire.  Chose certaine, ce sera un travail supplémentaire pour aller chercher ce surplus de lait.  La deuxième limite sera le réservoir à lait.  Si votre réservoir à lait est déjà plein après deux jours, le surplus de lait planifié sera difficile à entreposer à moins qu’une entente se fasse avec le DFO pour recueillir le lait à tous les jours.  Encore là, il y a des exceptions, des contraintes et un coût mensuel à prévoir.  Sachez que si vous avez un réservoir à lait de moins de 1000 gallons, vous ne pourrez pas demander de recueillir le lait à tous les jours à moins de commander un nouveau réservoir pour remplacer celui en place.

Deuxièmement, il faut connaître ses coûts pour savoir quel bénéfice vous pouvez espérer pour chaque vache supplémentaire.  Prenons pour exemple la moyenne du Groupement de gestion agricole de l’Ontario. La ferme a 100 kg/jour de quota avec une moyenne de lait de 30.8 litres par vache.  Les crédits sont donc de 100 kg/jour x 3 jours = 300 kg par mois ou 9.83 kg/jour ou 246 litres de plus par jour.  Il faut donc 8 vaches pour produire ces crédits (246 litres/30.8 litres/va).

Revenu espéré:               300 kg de gras x 19.25$/kg =                 5 775$/mois

– charges directes:          300 kg de gras x 11.00$/kg gras =          -3 300$/mois

Profit par mois pour 3 jours de crédit:                                             2 475$/mois   (825$/jour de crédit)

Pour 24 jours de crédit un profit de (24 x 825$/jour)=                    19 800$

Après 9 mois, 8 vaches à réformer x 1 300$/va =                           10 400$

—  Gain potentiel:                                                                               30 200$

Si vous avez déjà les vaches supplémentaires, 30 200$ est le gain potentiel à atteindre.  Si vous n’avez pas les vaches, il faudra en acheter 8 au coût estimé de 3 600$/vache pour un montant total de 28 800$. Si on ajoute un frais d’intérêt de 3% pour financer ces vaches, il faut ajouter 630$ de plus (70$/mois pour 9 mois de crédit à produire).

Vous le constaterez vous aussi, le profit est minime: 770$ (30 200$ – 28 800$ pour le coût des vaches – 630$ pour les intérêts payés).  D’autant plus qu’il y a déjà 4 jours de crédit qui sont passés (mars et avril) et que le mois de mai achève.  Évidemment tout se joue avec le prix payé pour les vaches.  Pour vous donner une règle générale, en date du 1er mai, la différence entre le prix payé pour une vache moins la vente de celle-ci à la fin des crédits ne devrait pas être plus élevé que 2000$ pour arriver à un profit nul (Si la vache est achetée pour 3 500$, la vente de réforme devra être de 1 500$).  Plus élevé que cette différence, le profit sera pratiquement nul et vous aurez en plus le risque relié aux vaches achetées.

En conclusion, il serait plus avantageux de ne pas avoir à acheter des vaches pour faire les crédits.  C’est là une chance offerte à une minorité de producteurs qui, au moment de l’annonce des crédits du printemps, avaient des vaches de surplus.  Par contre, si vous achetez des vaches pour remplacer celles à problèmes dans votre étable ou pour remplacer des vaches qui produisent peu de lait, il y a certainement un avantage à aller de l’avant dès que possible pour profiter de ces crédits.  Vendre 6 vaches qui produisent peu de lait pour les remplacer par 6 vaches qui produisent plus de lait aura des avantages auxquels dont vous ne devriez pas vous passer.  Vos charges resteront les mêmes et le revenu augmentera (6 vaches x 15 litres vs 6 vaches x 30 litres = différence de 90 litres de plus par jour dans le réservoir).

À la question: Est-ce une obligation de produire les crédits? La réponse dépendra de la situation.  Si vous avez de la place dans votre étable et dans votre réservoir à lait, la réponse est oui. Surtout si vous avez les vaches pour le produire.  Si vous n’avez pas les vaches, cela va dépendre de la durée des crédits mensuels et du prix d’achat des vaches.  Des calculs vous seront utiles à ce niveau.

Toutefois, si vous n’avez pas de place dans votre étable ou dans votre réservoir à lait, la construction ou l’achat d’un réservoir à lait devient difficile à justifier pour produire uniquement ces crédits.  Lorsque les crédits seront terminés, vous n’aurez plus besoin de cet espace mais les paiements resteront.  Un compromis serait alors de penser vendre les vaches supplémentaires à d’autres producteurs.  Par exemple 8 vaches vendues x 3 600$ revient à un revenu de 28 800$ au lieu d’un revenu de 30 200$ pour faire les crédits.  Ce n’est pas une grosse différence compte tenu du risque qui devient nul car vous n’avez plus à vous occuper de ces vaches.

D’autres options seraient la traite 3x par jour ou une alimentation plus poussée pour aller chercher une augmentation de lait par vache.  Encore là, il peut y avoir des contraintes et des coûts plus élevés pouvant diminuer les revenus supplémentaires.  La seule façon de voir les avantages pour votre troupeau sera de tenter l’expérience et souhaiter que les vaches répondent favorablement.

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