Volume 28 Numéro 09 Le 23 décembre 2010

Agricom à l’Île-du-Prince-Édouard 3 de 3: Le Vignoble Rossignol Winery au-delà du rêve

Par Christine Rieux, collaboration spéciale


Pratiquement toutes les oeuvres d’arts de Rossignol Winery ont été confectionnées par l’oncologiste Dagny Dryer Rossignol, l’épouse de John. Photo C.Fiset.

L’Ontarien d’origine John Rossignol a eu une vision. Son épouse Dagny et lui ont accosté devant un champ vacant sur les berges du Détroit de Northumberland à Little Sands, Île-du-Prince-Édouard. La voix intérieure de M. Rossignol lui a murmuré: « Si tu le construis, ils viendront », à la manière du personnage principal du film Fields of Dreams. Il y a 18 ans, ce fut la maison.

Aujourd’hui s’y trouve le seul, mais non le moindre, vignoble de l’île. Le vignoble Rossignol figure maintenant parmi les 10 destinations incontournables de l’Î.-P.-É.

Pourquoi John Rossignol s’est-il lancé dans le périple de la viticulture? « Le vin c’est romantique », répond-t-il simplement. M. Rossignol a gagné des dizaines de prix pour ses vins de fruits et ses vins de table. Les fonds amassés avec les dégustations offertes à la boutique de Little Sands sont versés à la Fondation de l’hôpital Queen Elizabeth de Charlottetown. Les boîtes cadeaux vendues à la boutique sont produites par des gens ayant des déficiences intellectuelles présentement en intégration dans le marché du travail.

Le rythme des insulaires
John Rossignol ne vous parlera pas de ces exploits; modestie oblige. Il faudra le constater par vous-même en lisant les affiches entremêlées aux toiles de son épouse Dagny Dryer Rossignol exposées dans la boutique et galerie d’art du vignoble.

L’ancien entrepreneur en réfrigération pour des industries agroalimentaires du Sud ontarien s’est adapté au milieu de vie des insulaires. Le travail est important, certes, mais la joie de vivre l’est aussi.

« Chaque jour est un nouveau défi. Il y a tant à faire! » confie le vigneron.
Si vous croisez M. Rossignol en visitant le vignoble, accrochez-le au passage. Sans quoi, il vaquera à ses multiples passions. Le mardi 7 septembre dernier, c’était le pressage des bleuets sauvages pour en faire le vin de bleuet, la coqueluche des 15 vins offerts par le vignoble.

La semaine d’avant, John sillonnait une partie de l’île à vélo. Il aimerait faire le tour de l’Î.-P.-É. en kayak de mer dans un futur rapproché. « J’en serais à mon deuxième essai, mais cette fois-là, je pagaierai en continu pendant près doeun mois », explique l’amateur du plein air.

Il faudra reporter le voyage à une prochaine saison estivale. Au moment de l’entretien, des chapiteaux s’érigeaient dans le verger des Rossignol en prévision du « Wine, Shine and Dine Event ». C’est un moment où le vin rossignolien et les spiritueux produits à l’Î.-P.-É. sont mis de l’avant aux côtés doeun copieux repas.

« Cet événement annuel est maintenant inclus dans le happening insulaire Saveurs d’Automne », explique M. Rossignol. « Le ministère du tourisme a mis le paquet pour promouvoir l’agrotourisme pendant l’ensemble du mois de septembre à l’île », poursuit-il.

Petit vin va loin
Les choses ont beaucoup changé à l’Î.-P.-É. depuis que John Rossignol a écouté sa voix intérieure en 1992. Premièrement, John a dû renverser les lois provinciales qui empêchaient la construction doeun vignoble. Les lois de production d’alcool dataient du temps de la prohibition. Pour changer la législation, on a demandé à John de recueillir des lettres d’appui de toutes les municipalités de l’Est de l’Î.-P.-É.

« À cette époque, la création d’emploi était très en vogue. Nous avons bâti nos arguments autour de la création d’emplois et de l’approvisionnement auprès des producteurs de petits fruits de la région », précise le vigneron.

Deux ans plus tard, John et ses employés ont construit l’imposant bâtiment en planches de cèdres qui abrite la boutique-galerie et l’aire de fabrication des vins. Le gouvernement a accepté la création du vignoble à condition que la boutique soit fermée le dimanche, qu’il n’y ait pas de publicité pour l’entreprise et que le vin soit distribué à l’intérieur de la province.

« Une par une, ces conditions sont tombées », révèle M. Rossignol avec un soupçon de fierté. Est-ce la persévérance ou le charme discret de ce visionnaire qui a convaincu le gouvernement de lui laisser sa place sur le marché?

Quoi qu’il en soit, vous pouvez récemment déguster les vins sous la gloriette dans le vignoble de Little Sands ou chez vous après être passé à la commission des alcools de l’Ontario, de l’Alberta, de l’Irlande ou du Japon.

Innover avec le produit et ce qui l’entoure
« Nous nous sommes créé un marché de niche en tant que vignoble », explique M. Rossignol. En effet, les étiquettes de toutes les bouteilles de Rossignol Winery portent des créations de Dagny Rossignol ou de Nancy Perkins, une artiste-peintre du coin.

Le vignoble est à quelques coups de pédales du traversier de Wood Islands. En arrivant par l’ouest, vous verrez poindre des inukshuks rouges au loin. Ils ont été disposés dans le paysage par John lui-même. Certains sont à leur état naturel alors que d’autres ont été façonnés en fresques tridimensionnelles par le sculpteur Abe Waterman.

Le prochain projet en lice de M. Rossignol est la construction doeune maison en forme de fer à cheval qui sera située au bord du détroit. Elle sera bâtie avec des pierres rouges et des matériaux recyclés.

Pourquoi boire du vin’
Les vins de M. Rossignol sont distribués dans l’ensemble de la province par la commission des alcools. Cependant, ses vins de table sont plus dispendieux que les vins canadiens similaires.

« Tout le travail se fait avec des produits de l’île et de la main-d’oeuvre d’ici. Le produit final est plus cher, mais tout dépend de la raison pour laquelle vous buvez du vin », affirme John.

En tant que producteur, M. Rossignol souhaiterait voir les taxes s’abaisser sur les produits de l’Î.-P.-É. Cependant, il est persuadé que le consommateur est prêt à payer pour un produit propre à l’île. « Les insulaires, tout comme les touristes, veulent rapporter avec eux un produit spécial et unique; c’est ce que nous leur offrons », soutient M. Rossignol.

Le goût de l’aventure amènera ce vigneron aux longs cheveux et ces 5 petits enfants en France dans quelques mois. John termine la tournée du vignoble en toute humilité avec ces quelques mots : « Eh bien, voici ce que je fais ».

Au début de l’entretien avec Agricom, John tenait à s’excuser auprès des lecteurs de sa méconnaissance du français. Nous lui offrons donc cet article en guise de remerciement pour son hospitalité et pour lui permettre de se pratiquer avant sa tournée sous le signe de l’hexagone. Santé !

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