Le 5 février 2003

Agriculture biologique, méga-fermes et relève au c’ur des échanges

Par Étienne Alary


Les participants à la consultation sur l’agriculture alternative ont été invités à fournir leurs idées sur l’avenir de l’agriculture à Ste-Anne-de-Prescott. Photo É.Alary.

Dans le cadre du projet ?Visions de Forum Sainte-Anne?, c’était la présentation, le 21 janvier dernier, de la 6e et dernière consultation publique. Quelque 25 personnes de Ste-Anne ont participé à cette consultation publique axée sur le thème: l’agriculture alternative.

Animée par la consultante Ethel Côté de la firme L’art du développement, cette session a permis aux participants d’énoncer les forces de la communauté, de prendre connaissance de certaines données recueillies lors du sondage, ainsi que d’identifier des pistes de solutions pour permettre à la communauté d’assurer son développement futur.

Parmi les forces de cette petite communauté agricole de l’extrême Est ontarien, on note la réputation qu’ont les producteurs laitiers vis-à-vis leur confrère de l’Ontario et du Québec, ainsi que la qualité du sol que l’on retrouve dans la région.

Les gens présents ont également énoncé que l’avenir en agriculture était prometteur dans la région. « Nous avons un bon taux de relève dans la communauté comparé à d’autres régions », d’affirmer Johanne Lafrance.

Pour Louis Lavigne, l’implication de la relève est la clé. « Plusieurs organisations et ministères se posent des questions sur la relève agricole, et bien ici je ne sais pas si on fait les choses différemment d’ailleurs, mais nous avons un bon nombre de jeunes qui s’impliquent et c’est ça l’avenir! », lance-t-il.

Selon Louis Brunet, cette relève est prête car elle a été bien formée. « Le Collège d’Alfred a apporté beaucoup dans la région », mentionne-t-il en ajoutant que cet outil de formation francophone était une ressource inestimable qu’il ne fallait pas perdre.

Statistiques encourageantes

Au cours de l’automne 2002, un sondage porte-à-porte a été effectué dans la région de Ste-Anne. Ce sondage, auquel 234 familles ont répondu, a permis aux responsables du projet de prendre une ?photo de famille? de la situation actuelle. « Toutes ces familles qui ont participé au sondage représentent 96% de Ste-Anne alors on peut affirmer que presque tout le monde dans la communauté a contribué », indique Éthel Côté. « De ces 234 sondages remplis, 78 se sont dit agriculteurs de petites ou de grosses exploitations », ajoute-t-elle.

Ce sont donc certaines statistiques provenant du tiers de la population de Ste-Anne qui ont été présentées aux participants. Selon les résultats, 46% des agriculteurs sont intéressés à diversifier leur production et 41% ont déjà des idées de diversification.

Au niveau biologique, 51% des 78 répondants se sont montré intéressés par cette approche et 41% des répondants ont dit avoir déjà expérimenté l’agriculture biologique ou toute forme d’agriculture non-traditionnelle. Toujours au niveau biologique, 21% des agriculteurs se disent producteurs biologiques mais seulement 8% d’entre eux sont certifiés.

Quelque 44% d’entre eux sont intéressés par la valeur ajoutée, telle la transformation des produits.

Finalement, c’est dans une proportion de 45% que les agriculteurs ont répondu être seulement intéressés par l’agriculture conventionnelle. Cependant, 67% de l’ensemble des producteurs estiment faire de l’expérimentation, telle le compostage, la diminution de l’usage de pesticides, etc.

Place à l’avenir?

Ces données ont amené un questionnement sur l’avenir de l’agriculture à Ste-Anne-de-Prescott. Répartis en quatre groupes, les participants ont, à tour de rôle, énoncé leur vision d’avenir. Pour John Richards, l’agriculture continuera vers la diversification. « Notre groupe croit que la consolidation des entreprises se poursuivra dans les années à venir. Ainsi, au lieu d’avoir par exemple 15 producteurs laitiers, nous en aurons peut-être seulement 10, mais ceux-ci seront plus gros. »

Ce constat a également été relevé dans un second groupe. « Les productions vont continuer à prendre de l’expansion », indique Jean-Luc Cardinal en précisant qu’avec ce qui se passe aux États-Unis, c’est maintenant le volume qui mène le monde d’aujourd’hui. « Les producteurs n’auront d’autre choix que de se regrouper. Cela permettra de faire l’achat de machineries en groupe par exemple », croit-il.

Le partage d’information sera essentiel pour la survie de l’agriculture dans la région de Ste-Anne. « Il va falloir délaisser le côté individualiste. Il sera essentiel d’arrêter de juste se regarder le nombril et de partager des expériences vécues pour savoir apprendre de nos erreurs. Cette communication entre producteurs permettra de découvrir de nouvelles techniques, de petits trucs », explique Jean-Luc Cardinal.

Jean-Luc et son groupe ont également noté qu’il était essentiel de bâtir sur les acquis. « Nous avons des sols en santé et il faut les conserver. Il n’y a pas beaucoup d’érosion dans la région comparée à d’autres régions. C’est un héritage à laisser à la relève », avance Jean-Luc Cardinal.
Pour Rémi Leroux, la présence de la relève n’est pas automatiquement garante de l’avenir. « Il faut aider la relève à s’établir. Si personne n’aide la relève, ces jeunes vont aller ailleurs », lance-t-il.

Le groupe de Rémi Leroux a également soulevé l’importance du maintien des plus petites exploitations. « Il y a un mélange de grosses et de petites productions dans la région. Il faut trouver un moyen de permettre aux petites fermes de survivre », indique Rémi Leroux.

Selon Lucie Brunet, la question de l’agriculture biologique doit être regardée de près. « La production biologique connaît une croissance de 20% par année et la demande est là », souligne-t-elle. « Les consommateurs recherchent de plus en plus de la viande et des légumes biologiques. Par contre, du côté du producteur, ce changement demande une attente de cinq ans avant d’obtenir une certification » présente Lucie Brunet.

Rémi Leroux est d’avis qu’il y a de l’éducation à faire au sujet de l’agriculture biologique. « Il faut éduquer le consommateur sur le biologique, car il faut que le producteur qui fait de l’agriculture biologique puisse en vivre », explique-t-il.
Pour Jean-Luc Cardinal, le biologique à Ste-Anne est quelque chose à regarder à condition qu’il y ait du volume et que l’expertise soit à la portée de la main. « Oui, il y a un marché pour un produit biologique, ce marché se situe au niveau de l’exportation. J’ai une petite érablière et j’aurais pu faire du sirop d’érable biologique et l’exporter aux États-Unis mais je n’avais pas le volume nécessaire », présente-t-il.

Ce dernier a également travaillé de près avec quelques producteurs biologiques de Ste-Anne-de-Prescott. « Ces producteurs m’ont tous dit la même chose. Il y a un manque d’expertise pour les appuyer dans leurs démarches », avance Jean-Luc Cardinal.

Méga-fermes, peut-être, MAIS’

Les participants ont été priés de se prononcer sur la venue potentielle de méga-fermes dans leur région, que ce soit au niveau de la production laitière, des porcheries ou autres. « La grande question est comment les propriétaires de ce genre d’entreprise, s’ils décidaient de venir s’implanter à Ste-Anne, entendent gérer leur exploitation. Lorsqu’on parle de gestion, la question de la gestion du lisier entre en ligne de compte. Celui qui aimerait avoir une méga-ferme, compte-t-il le terrain adéquat pour épandre le lisier », se questionne Martin Béland.

En plus de la question environnementale, l’aspect des retombées locales est également venu sur le plancher, surtout au niveau des intégrateurs. « Il est essentiel que du produit local soit acheté », croit Jean-Luc Cardinal. Par produit local, les participants voient l’achat de grains dans la région lors de la livraison de moulées.

Parmi les retombées locales, la question de la main-d’oeuvre ne doit pas être écartée. « Pour les gens de Ste-Anne, combien d’emplois seraient créés par une venue possible d’une méga-ferme? », mentionne Lucie Brunet.

Les participants ne se sont pas opposés à la venue de méga-fermes dans leur région mais ceux-ci aimeraient bien être consultés et avoir des réponses à leurs questions avant la venue de ce genre d’entreprise dans leur région plutôt qu’après.
Le Comité de développement économique de Ste-Anne-de-Prescott a conclu la soirée en invitant les participants à revenir au Centre d’Action, le 16 février prochain. Lors de cette journée, les résultats complets du sondage ainsi qu’un résumé des échanges lors des six consultations publiques seront présentés à la population.

Rappelons que tout ce projet découle d’un octroi de 25 000 $ qu’a reçu, en novembre dernier, le Comité de développement économique des mains du gouvernement fédéral dans le cadre de l’Initiative de planification communautaire pour les groupes de langue minoritaire des régions rurales.

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