Volume 33 Numéro 07 Le 20 novembre 2015

Laitier, un programme canadien pour contrebalancer la stratégie ontarienne


Photo: Image Words

Par Chantal Quirion


Sans trompette ni tambour, le programme national intérimaire visant à encourager l’utilisation du lait canadien en fabrication fromagère est entré en vigueur le 1er mai pour une période de trois mois. Ce qui a fait du bruit en revanche, c’est l’annonce d’Agropur, de cesser d’utiliser du lait diafiltré importé, qui a suivi dans la foulée.

Avec l’élargissement de la classe 4(m) circonscrite dans cette initiative, les transformateurs du pays ont accès au lait canadien à prix concurrentiel. L’initiative mise en place par le Comité canadien de gestion des approvisionnements de lait (CCGAL) fait suite à une résolution présentée à la table par le Québec et adoptée par la majorité à la fin d’avril. Le CCGAL regroupe des représentants des offices de mise en marché et des gouvernements de toutes les provinces et est présidé par la Commission canadienne du lait (CCL).

La mise en œuvre depuis le 1er avril dernier par l’Ontario de sa propre stratégie laitière, incluant la création de la classe 6 pour rendre certains produits laitiers plus accessibles aux transformateurs n’est pas étrangère à la situation actuelle.

« Cette modification par le Comité de gestion est en réaction à la classe 6 de l’Ontario qui donne un avantage concurrentiel aux transformateurs de l’Ontario. Les autres transformateurs ont tout de suite vu un potentiel de perte ou de déplacement de marché. La délégation du Québec est arrivée avec cette proposition là et ça été voté, mais juste pour trois mois », explique Chantal Paul, responsable des communications avec les médias pour la CCL.

Chez Agropur, les propos sont semblables : « L’Ontario a créé sa propre stratégie et cela a entraîné un déséquilibre d’ordre concurrentiel. Donc, les autres provinces ont voté pour ça pour pallier partiellement à ce problème. Je pense que dans l’équation, la classe 4 (m) est vue comme un élément bénéfique autant pour les producteurs que les transformateurs. Mais, ça demeure intérimaire à défaut d’avoir une stratégie nationale. Ça nous prend une entente nationale et ça prend l’appui du gouvernement pour le renforcement des normes fromagères. Nous on pense que si le gouvernement bouge sur cette question-là on aura tout pour une solution », souligne Dominique Benoit, vice-président principal aux affaires institutionnelles et communication chez Agropur.

À l’instar du président d’Agropur, Serge Riendeau, M. Benoit indique que ce programme offre les conditions nécessaires pour mettre fin à l’importation de lait diafiltré, engagement pris par Agropur « dès que les conditions le permettraient ».

Impact sur le surplus structurel

Bien que temporaire, cette mesure pourrait s’avérer une piste de solution pour contrer le surplus structurel. Selon M. Benoit, si les transformateurs canadiens utilisaient le lait écrémé plutôt que de l’envoyer au séchage pour le transformer en poudre les séchoirs s’en trouveraient libérés et les surplus moins importants. Mais les coûts économiques du lait diafiltré (entre autres parce qu’on le considère comme du lait une fois la frontière passée) n’ont pas jusqu’ici incité les transformateurs à le faire. En ce sens, la classe 4 (M) devient un incitatif intéressant.

« Il y a la tellement de lait écrémé qu’on envoie à la poudre qu’on pourrait prendre pour faire nos fromages si on n’utilise pas les importations. Le fait qu’on importe beaucoup de protéines est une grande source de croissance du surplus », précise M. Benoit.

Il est alors légitime de se demander pourquoi Agropur qui soutient vouloir privilégier les produits canadiens a elle-même été au nombre des importateurs de lait diafiltré.

« Il faut comprendre que quand on se compare avec les grands joueurs canadiens, des multinationales beaucoup plus grandes,  on est de très petits joueurs sur l’échiquier et qu’on n’a pas le choix de concurrencer avec les mêmes outils.  Si on veut demeurer dans le marché il faut concurrencer à armes égales et c’est ce que fait la classe 4 (m) », répond M. Benoit.

Cela ne règle pas toutefois l’application des normes fromagères.

« Il faut clarifier que le lait diafiltré c’est un ingrédient et donc que la quantité qu’on peut utiliser (pour la fabrication du fromage) est limitée. »

Si les négociations entamées en juillet dernier pour l’adoption d’une stratégie nationale n’ont pas porté fruit à ce jour, la création de la classe 6 par l’Ontario et celle de la classe 4 (m) au niveau national laissent à penser qu’un sentiment d’urgence se fait sentir plus que jamais au sein de l’industrie laitière canadienne.

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