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Agrotourisme, agriculture durable et environnement sain

Par Lyne Dion, collaboration spéciale
info.agricom@atreide.net


BIENVENUE CHEZ MARIPOSA – Une photo vaut mille mots… pas besoin de se demander quelles espèces d’animaux on élève chez Mariposa.


La Ferme Mariposa ? bien plus qu’une entreprise d’agrotourisme

La journée de l’entrevue, la camionnette réfrigérée de la ferme Mariposa avait décidé de faire la grève. Mais quand on a choisi de faire de l’agriculture son gagne-pain, il faut faire une croix sur le 9 à 5. À 18h30, Ian Walker et Suzanne Lavoie discutaient de la façon de régler le pépin de la camionnette. On s’entend. Le système de réfrigération fonctionne, mais la mécanique, elle, pose un problème. Il ne fallait donc pas lésiner sur la question, surtout quand on sait que cette camionnette sert à livrer chez les clients les produits réfrigérés de la ferme.
En 1980, Ian Walker se porte acquéreur de ce qui est aujourd’hui la Ferme Mariposa sur la route 17, à la hauteur de Plantagenet. Avant de trouver sa niche dans la production de canards et d’oies, il a touché à un peu de tout allant de la production de la citrouille, à celle des glaïeuls en passant par les asperges. Son rêve premier était d’avoir une ferme, Mariposa est venue ensuite. Selon le principal intéressé, c’est le hasard qui l’a amené où il est maintenant? et le fumier de canard, une source d’engrais.

Vivre d’une PME agricole
Parti de rien, il élève aujourd’hui de 15 000 à 20 000 canards et oies. Sans oublier les quantités industrielles de citrouilles (4000), de courges et d’autres légumes du jardin.
Ian Walker vit maintenant de l’agriculture, mais combien n’ont pas eu cette veine. Son constat de l’état de l’agriculture d’aujourd’hui n’est pas des plus reluisant: « l’agriculture est très malade », clame-t-il. En fait, l’appareil politique, selon lui, n’aide en rien la cause des gens de la terre: « Le système est beaucoup trop lourd pour quelqu’un qui veut se lancer en agriculture », déplore ce diplômé du Collège de Kemptville. Pour plusieurs, les coûts astronomiques d’achat du quota les empêchent de voir leur rêve devenir réalité.

Taxes, politiques et bureaucratie sont le lot de ceux et celles qui choisissent l’agriculture, tout particulièrement ceux et celles qui comme lui ont opté pour la petite et moyenne entreprise: « Les divers paliers de gouvernement ne sont pas sensibilisés à ce que vivent les PME en agriculture », observe Ian Walker. Chez Mariposa, on clame haut et fort le droit à la ?libre entreprise?.
N’empêche qu’Ian Walker a su faire fructifier son entreprise. Les journées sont longues, c’est certain. La plupart du temps, elles comptent 18 heures et ce, tous les jours ou presque. Une chance qu’il aime faire de la mise en marché. Il y consacre 70 % de son temps car, avec son statut de PME, il n’a pas le choix que de consacrer beaucoup de temps à vendre ses produits. « Trop petit pour parler » et faire une différence auprès des dirigeants à qui il envoie de belles missives qui restent parfois sans réponse, les entreprises telles que la sienne ne peuvent concurrencer les multinationales. À la longue, « la ruralité va mourir », l’inertie du système politique et le manque de vision de ses joueurs y sera pour quelque chose.

Il a donc fallu se battre pour obtenir sa part du marché et se faire connaître ailleurs que dans son patelin. La Ferme Mariposa approvisionne une centaine de restaurants de la région d’Ottawa-Hull. La partie n’est cependant pas gagnée pour autant: « Cela représente un travail continuel » que de convaincre ces établissements à continuer à acheter les produits Mariposa, soutient Suzanne Lavoie. Ils ne sont que dix environ, sur la centaine de restaurants, à être de réels sympathisants à la cause des PME.

L’agrotourisme régional
Puis, un moment donné, les propriétaires ont pensé donner un cachet agrotouristique à l’endroit. Le pavillon, qui a servi de lieu d’élevage jusqu’en 1999, devient une des plaques tournantes de ce nouveau marché. Avec ses peintures d’artistes régionaux accrochées aux murs, le pavillon ouvre ses portes tout au long de l’année aux organismes qui y convoquent leurs réunions ainsi qu’aux familles et aux amis qui s’y rencontrent. L’endroit accueille aussi divers ateliers organisés par Mariposa comme par exemple des ateliers de cuisine avec le chef de la maison, Bruce T. Wood. Sans oublier le brunch du dimanche, où on sert évidemment des plats de canards et d’oies et la patinoire en hiver.

Environ 10 000 visiteurs viennent chez Mariposa annuellement. Qu’ils soient d’Ottawa, de Montréal ou d’ailleurs, ce trajet qu’ils effectuent à Plantagenet leur fait par ricochet mieux connaître et découvrir la région de Prescott-Russell. Il y a environ 5 ans, Mariposa a ouvert un magasin. Celui-ci représente entre autres un moyen de ?stabiliser les revenus’ à certains temps moins achalandés de l’année. Il permet aussi à d’autres producteurs régionaux de profiter d’un point de vente de plus pour leurs produits: « Nous nous encourageons entre producteurs non-traditionnels de la même région, explique la copropriétaire Suzanne Lavoie. Nous nous percevons comme complémentaires et non pas en tant que compétiteurs ».

Et les légumes du jardin trouvent évidemment leur place dans les différents mets apprêtés chez Mariposa. « De plus en plus, note Ian Walker, les gens veulent savoir d’où vient la bouffe qu’ils mangent ». Depuis 1984, les responsables de la ferme ont rayé les pesticides de leur liste d’achat.
Autant au magasin qu’au pavillon, on prône l’achat et la vente de produits régionaux. Le propriétaire de Mariposa pourrait très bien agrandir le réseau de distribution de ses produits, mais cela sera fait en respect de la limite de 200 kilomètres à la ronde qu’il s’impose.

Reste qu’il faut continuer d’innover pour assurer sa place au soleil et Mariposa veut toujours offrir davantage à sa clientèle. Ian Walker aimerait bien mettre à profit son passe-temps pour les fleurs et aménager des jardins sur les terrains. ?Plus-à-voir? et ?plus-à-faire? pourraient vouloir aussi dire instaurer des frais d’entrée et se donner une autre source de revenus.

Un engagement environnemental
L’ouverture d’un abattoir demeure toutefois sur la glace. Pourtant propriétaires de l’ancien Abattoir Drouin, à Treadwell, Ian Walker et Suzanne Lavoie ne peuvent aller de l’avant avec leur projet de transformation primaire et d’abattage puisque la réglementation actuelle leur met les bâtons dans les roues: « Cet endroit a le statut d’abattoir provincial de l’Ontario ce qui nous empêche de vendre nos produits au Québec. Il faudrait pour remédier à cela obtenir un statut d’abattoir fédéral, mais cette démarche coûterait plusieurs centaines de milliers de dollars », explique madame Lavoie.
Mis à part le dossier de l’abattoir, Ian Walker a en tête une autre idée, soit celle de devenir un site de démonstration de compostage. Tous les lundis matins, ce dernier fait la tournée des poubelles et récupère les déchets de deux traiteurs et de deux restaurants de la région d’Ottawa-Hull.

Membre du Conseil d’intendance environnementale de Prescott-Russell et instigateur d’un comité local pour l’amélioration de l’environnement dans le canton d’Alfred-Plantagenet, il espère par cette initiative sensibiliser et éduquer la population au fait que la terre noire n’est pas la seule et unique source de compostage. Il voit notamment dans le foin un agent de compostage. Et si les gens prennent conscience qu’ils peuvent faire du jardinage avec autre chose que de la terre noire, il aura en quelque part contribué à la sauvegarde de la tourbière d’Alfred.
En terminant, il applaudit le Collège d’Alfred qui a récemment instauré un système de recyclage, mais se demande comment se fait-il que le tout a pris tant de temps.
 

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