Production biologique

Améliorer la santé du sol des potagers


L’apport de compost domestique fait de feuilles et de déchets de cuisine est une bonne source de matière organique en plus d’être une pratique durable et responsable. Photo : Charles de Maisonneuve


Par : Charles De Maisonneuve

On entend souvent dire que « dans le temps c’était bien meilleur ». Je crois peu à cette affirmation en général, mais elle est vraie pour les sols. En effet, on parle depuis le début des années 1980 de la fatigue des sols. Pendant cette période, un producteur de légumes de Navan m’avait même dit que son sol ne produisait pas comme il y avait 30 ans et on entend encore un discours semblable.

Bien que le contexte de production des potagers soit différent, la santé des sols n’est probablement pas meilleure que les champs puisque les opérations culturales se ressemblent. Nous verrons dans cet article les causes de cette fatigue des sols et les notions pour comprendre les nouvelles recommandations.

Activités problématiques dans les potagers

D’abord, l’utilisation du motoculteur pour rendre le sol friable à l’automne et pour mélanger la matière organique a été longtemps une opération routinière. Elle est moins recommandée parce qu’elle brise la structure du sol, accélère l’oxydation de l’humus et détruit l’équilibre de la faune du sol.

Ensuite, l’apport de matière organique qui contient une forte proportion de terre noire produit un humus de faible qualité et libère peu de nutriments. La présence de racines est importante pour augmenter la quantité d’humus de qualité dans le sol, mais malheureusement les légumes n’en produisent pas suffisamment pour faire une différence.

D’autre part, plusieurs jardiniers ont l’habitude de cultiver les légumes de la même espèce ou de la même famille aux mêmes endroits d’une année à l’autre. Ceci rend les plants plus susceptibles aux ravageurs et le sol est toujours exploité à la même profondeur. Enfin, la terre qui est laissée à nu durant une longue période entre la récolte et les semis cause préjudice à sa fertilité.

Importance de la vie du sol

On réalise de plus en plus l’importance de la faune du sol sur la fertilité. Un rôle important des bactéries et surtout des champignons (microfaune) est de produire des colles appelées « polysaccharide extracellulaire » et « glomaline » qui ont la particularité de maintenir les particules de sol (sable, limon, argile) ensemble. Ce genre de gel forme les agrégats stables et favorise ainsi une bonne structure du sol.

On retrouve également une multitude de symbioses avec les racines; autant pour un échange de nutriments, une protection contre les ravageurs ou pour faciliter l’absorption de l’eau. Par exemple, la composition d’un bon sol comprend 1/4 du volume en eau utilisable pour les plantes et de ce volume, 45 % est une eau facilement disponible alors que le 55 % l’est peu. Or, les champignons mycorhiziens peuvent prélever cette dernière et l’acheminer aux racines.

Un bon indicateur de la santé d’un sol est la présence de vers de terre. Leur importance est telle qu’ils sont responsables d’environ 50 % de la décomposition de la matière organique. Ils contribuent aussi à mélanger le sol, à la formation de la structure en produisant de la glomaline, à favoriser la disponibilité des éléments nutritifs et grâce à leurs tunnels, ils facilitent le drainage et la croissance des racines. De plus, ils sont associés à une importante population de microorganismes (1 kg de vers = 4 kg de microorganismes). Dans un sol fertile, on compte 250 vers/m2 ou 12 cabanes, c’est-à-dire des accumulations de tortillons (excréments) et de parties de plantes mortes (voir photo ici-bas).

On peut voir ici des groupes de cabanes de vers de terre constituées de tortillons et de parties de plantes mortes. La présence de vers de terre est importante pour un sol en santé; ils sont responsables d’environ 50 % de la décomposition de la matière organique. Photo : Charles de Maisonneuve

Pour maintenir la vie du sol, il faut continuellement ajouter de la matière organique. Cela perpétue son cycle qui débute par le cisaillement de gros morceaux par la macrofaune (ex : vers de terre, cloporte, acarien) afin de faciliter l’action de décomposition de la microfaune (bactéries et champignons). La biodiversité de la faune et le choix du type de matière organique ont une action importante sur la qualité de l’humus produit, la libération d’éléments nutritifs et l’activité biologique. L’explication détaillée du mécanisme est trop longue pour le cadre de cet article, mais je peux vous donner l’exemple de la terre noire. Celle-ci, bien que très organique, contient peu de nutriments, ne forme pas de colle et ne sert pas de nourriture à la microfaune, car elle se décompose lentement.

En considérant l’importance de la vie du sol, les recommandations visent à bouleverser le milieu le moins possible et à ajouter régulièrement du compost et du paillis et même d’utiliser des plantes de couvertures (engrais verts). Ces dernières sont très efficaces surtout par l’action des racines pour augmenter la quantité d’humus stable et pour la restauration d’un sol dégradé. La partie aérienne a aussi une fonction de protéger le sol de la battance, de l’érosion et des effets des extrêmes de température sur la faune. En conséquence, les cultures de couverture agissent comme plantes relais afin de maintenir la vie du sol d’une culture à l’autre.

Conclusion

Les bénéfices d’un sol en santé sont indéniables selon Odette Ménard, spécialiste de la conservation des sols du Ministère de l’Agriculture du Québec. Ainsi, l’absorption de l’azote peut atteindre une efficacité de 90 % alors qu’un sol cultivé conventionnellement a un taux entre 30 % et 40 %. D’autres chiffres indiquent que le rendement de blé atteint dans un sol fertile et sans apport d’azote, un rendement de 4,2 T/ha alors que sous une régie conventionnelle avec ajout d’azote selon les recommandations, le rendement est 2,9 T/ha. Ces données montrent que l’on peut réduire ou éliminer les fertilisants en adoptant les bonnes pratiques. C’est ce qui se fait en agriculture biologique et c’est ce que l’on verra dans le prochain article disponible dans le prochain journal Agricom du mois d’octobre.

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