Volume 29 Numéro 11 Le 3 février 2012

Après le feu, la reconstruction

Par Marc Dumont, collaborateur
info@journalagricom.ca


Le 1e septembre 2010, l’étable de Denis et Francine Toupin du Canton de Hilliard près d’Earlton a été rasée par un feu d’une rare intensité. Le couple a tout perdu, à l’exception de 13 veaux qu’ils ont réussi à sauver des flammes. Aujourd’hui, les deux agriculteurs ont non seulement rebâti leur étable, mais ils ont aussi rebâti une vie pour les générations futures.

 

La veille, un déluge avait inondé la région et Denis avait décidé de garder les vaches laitières à l’intérieur de l’étable, pour leur offrir un meilleur confort. Le lendemain, elles pourraient retourner brouter paisiblement, les quatre pattes au sec. Malheureusement, celles-ci n’ont pu en ressortir vivantes.

 

Vers 10 h du soir, une voisine prévient les Toupin qu’elle a aperçu des flammes. Denis a exécuté son plan d’intervention en détachant d’abord deux vaches à proximité du feu en espérant que les autres suivent vers la sortie, mais elles n’ont fait que tourner en rond.

 

L’étable, dont la structure semi-circulaire est recouverte de mousse isolante, flambe. Denis se voit contraint d’abandonner ses vaches et court les quelque 140 pieds qui le séparent de la sortie, le feu aux talons.

 

La cause de l’incendie demeure inconnue et les pertes sont considérables. Le désespoir est au rendez-vous.

 

Reconstruction

La décision de reconstruire, affirme Denis, « c’est pas dur à prendre ». Francine explique que « c’est sa vie! ». « Même si j’étais bien assuré, c’est bien plus cher de bâtir [à neuf] », poursuit son mari.

 

C’est décidé, le troupeau sera en stabulation libre, à l’exception de 25 vaches qui seront attachées, dont celles malades ou en transition.

 

Moins de deux semaines après l’incendie, le couple se rend à une exposition agricole à Woodstock pour s’informer des différentes options qui s’offrent à eux en ce qui a trait aux nombreux équipements.

 

Des robots de traite ont attiré leur attention. « Ça l’air beau quand on écoute le vendeur », explique Denis qui a cependant désenchanté presque aussitôt. C’est que par pur hasard, à son retour à l’hôtel, il a rencontré un fermier qui a quatre robots et qui lui donne un autre son de cloche. Les robots qui coûtent 500 000 $ l’unité nécessitent un entretien annuel coûtant 26 000 $. Le plus gros problème : chaque jour, il y a des vaches ne se rendent pas au robot. Un cauchemar pour les propriétaires. Bien qu’il ait accès à des techniciens à proximité, Denis juge que le système informatique n’est pas encore rodé.

 

C’est réglé, l’étable des Toupin sera dotée d’un salon de traite avec un système intégré au plancher et des médailles aux pattes des vaches : une installation moderne qui a déjà fait ses preuves.

 

La reconstruction commence le 24 mai 2011. Le début est pénible au point tel que Denis rencontre toutes les équipes des entrepreneurs. « J’ai travaillé 16 ans en construction, je n’avais pas peur. Je savais comment gérer le projet et détecter les erreurs.  Durant l’hiver, j’avais suivi des cours; c’est obligatoire si tu veux avoir un permis pour bâtir une étable », explique-t-il.

 

Le pire selon l’agriculteur, c’est l’assurance. On promet un chèque bientôt, mais il n’arrive pas. Denis doit emprunter de la banque pour payer les employés. Après quelque temps, la banque s’impatiente et il arrive enfin.

 

Le 5 octobre tout est terminé et on procède à l’inauguration officielle le 15 décembre. Les portes ouvertes à l’étable attirent plus de 600 curieux. L’étable neuve de la ferme Pine Heights Farm, qui abrite environ 125 vaches dont 90 sont en lactation, suscite presque la jalousie.

 

Construire l’avenir

Denis aime ce qu’il fait. Il commence le train à 4 h du matin.

 

Une valeur l’habite profondément. « L’agriculture est un fondement de la société : un pays doit pouvoir nourrir son monde », raconte-t-il en ayant le sentiment de faire sa part.

 

L’incendie n’a donc pas changé son plan de vie. « Tu fonces, tu prends des chances calculées. Tu peux te brûler. Ça ne change rien. » Les Toupin ont trois enfants et un des fils voudrait prendre la relève. Son père lui aura créé une belle opportunité d’avenir.

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