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Atelier international en développement du leadership pour les jeunes en milieu rural au Collège d’Alfred

Par Axel Alliez, étudiant au Collège d'Alfred, collaboration spéciale
info.agricom@atreide.net


On joue au Grand jeu de la mondialisation au Collège d’Alfred
Grâce au jeu de simulation, des jeunes leaders ruraux canadiens et de plusieurs pays d’Amérique centrale et du Sud, connaissent maintenant mieux les grands enjeux qui préoccupent le commerce international et les prochaines négociations de l’Organisation mondiale du commerce.

C’est au sein du Collège d’Alfred que s’est tenue, le 30 octobre dernier, une journée portant sur le thème de la mondialisation. Outre quelques étudiants et membres du personnel du Collège, des représentants de la jeunesse agricole canadienne ainsi que des jeunes Chiliens, Costaricains et Mexicains, qui participaient à un atelier sur le leadership rural, étaient présents. Cette mosaïque d’origines différentes annonçait déjà l’ambiance internationale qui régna durant toute la journée au Collège d’Alfred. Trois langues y étaient couramment parlées: l’espagnol, l’anglais et le français.

Les organisateurs placent les participants par table de six personnes, mélangeant sexes, âges et origines. Qui dit initiation, dit apprentissage. Alors que je me retrouve attablé autour d’une planche représentant la mappemonde avec des pions et des cartes de diverses couleurs, mon regard croise celui de mes voisins, et le doute n’est plus permis: nous nous attendons tous à jouer en apprenant, ou plutôt à apprendre en jouant.

Les règles du jeu mondial
Le Grand jeu de la mondialisation des marchés agroalimentaires se joue en deux phases. La première phase porte sur les enjeux du commerce international et de la négociation multilatérale, tandis que la seconde phase s’intéresse plus à simuler une ronde de négociation. Les deux phases se jouent à 5 personnes, la sixième étant le ?maître de jeu’. La première phase du jeu vise à nous permettre d’acquérir plus de connaissances en matière de commerce international agroalimentaire. Il s’agit ni plus ni moins d’un cours sur l’historique de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), sa façon de fonctionner, les dates charnières de cette institution, les pays et les groupes de pays qui en font partie, les dernières résolutions et orientations politico-économiques en matière de législation sur le commerce international.
Avant de débuter la partie, un fascicule résumant tout ce que l’on devrait savoir est mis à notre disposition. Chacun dispose de quelques minutes pour lire ce document et pour en retenir un maximum de connaissances. Un film renforce et complète l’information contenue dans le fascicule.

La partie commence !
Une question nous est posée à tour de rôle. Pour chaque bonne réponse, nous avons le droit de placer un pion de notre couleur sur l’échiquier mondial, nous permettant ainsi d’accumuler des points et des parts de marchés plus importantes. En bref, le joueur ayant le plus de connaissances en matière de commerce international, répondra correctement aux question, et se verra attribuer plus de parts de marchés et donc de nombreux points.

C’est dans la bonne humeur générale que se déroule cette première phase du jeu. En effet, chacun a à c’ur de répondre correctement à chacune des questions. Quelques participants aident leurs adversaires et vice-versa, on voit que le but recherché n’est pas de gagner, mais bien d’apprendre ou bien de faire apprendre.

Pendant le dîner, les échanges de réflexions sur la mondialisation sont monnaie courante. «Cette première phase du jeu m’a permis d’acquérir une meilleure connaissance des présentes négociations de l’OMC ainsi que de leurs inquiétudes» m’a confié Lucille McFaddan de l’Ontario. Il faut préciser que les inquiétudes de l’OMC sont le fruit de l’échec des négociations de Seattle, et qu’elle va tout faire pour que de tels échecs n’arrivent plus. «Le jeu auquel nous avons participé ce matin m’a beaucoup servi dans la découverte des qualités personnelles des participants dont j’ai fait la connaissance ici, mais m’a surtout permis d’acquérir de nouvelles connaissances essentielles pour la compréhension des faits et des enjeux commerciaux à l’échelle du monde», confie Noily Maria Mata-Diaz, du Costa Rica. Cette phrase sous entend combien les échanges commerciaux internationaux sont importants, que l’on soit pour ou contre, ils font partis intégrante du système économique mondial actuel: tous les pays sont interdépendants.

«C’était très intéressant, je connais maintenant plusieurs faits que seules les personnes évoluant dans les sphères de la négociation connaissaient», souligne Roy Alfaro Arnaez lui aussi costaricain. À cette déclaration, on sent la soif de savoir des acteurs agricoles, quelque soit leur pays d’origine, elle souligne l’importance de faire circuler au mieux l’information.

Cette première partie du jeu a été enrichissante pour tous. En effet, rares sont les personnes qui connaissent la vrai ligne de conduite de l’OMC au niveau du commerce international des produits agricoles. Succinctement, la réforme que tente d’appliquer cet organisme veut concilier la libéralisation du commerce des produits agricoles avec la politique agricole de chacun des pays qui tiennent compte de considérations non commerciales. En ce sens, l’OMC met en place une série d’accords multilatéraux entre les différents pays acteurs, qui ont pour but essentiel de satisfaire tout le monde. On peut parler d’une volonté de mettre en place un commerce et un marché équitable pour l’ensemble des pays de la planète, nous sommes malheureusement bien loin de cette réalité là.

La négociation simulée
La seconde phase du jeu consiste à simuler des négociations. Le but du jeu vise à familiariser les participants à ce genre d’activités, et de faire en sorte que chacun des protagonistes tire le meilleur parti. En ce sens, lors d’une négociation, si celle-ci est réussie, il n’y a pas de perdant. Tous les participants s’attendent à vendre chèrement leur peau, se mettant à la place de courtiers boursiers ou de négociateurs en vu d’acquérir un maximum des parts de marché disponibles à l’échelon mondial. Heureusement, ce n’est pas aussi brutal, en fait, chacun des participants représente un pays à l’OMC, et tente de concilier le mieux possible les intérêts des différents secteurs agroalimentaires du pays qu’il représente.

Pour cette deuxième phase de jeu, nous avons retourné notre échiquier mondial, pour en découvrir un autre. Celui-ci représente seulement cinq nations ou régions économiques (États-Unis, Union européenne, Canada, Japon et Nouvelle Zélande), identifiées par leur drapeau. En dessous de chaque drapeau, sont indiqués les grandes lignes politiques d’ouverture au commerce extérieur (à l’importation comme à l’exportation) de la nation ou de la région en question. Chaque négociateur a entre les mains une ?fiche-pays’ ainsi qu’une carte à 4 réglettes, outil de négociations qui quantifie les positions des 4 principaux secteurs agroalimentaires (lait, viande, céréales et autres).
La séance des négociations se déroule en deux manches: l’une sur l’augmentation de l’accès aux marchés, l’autre sur la diminution des subventions à l’exportation. Mais ces négociations sont prédéfinies par les véritables politiques des nations ou régions en question. Ce qui enlève un certain piment au jeu, et déçoit nombre de participants. En effet, suivant le pays avec lequel on négocie, c’est ce qui est indiqué sur notre échiquier qui dicte ce que l’on doit faire, on se contente juste d’ajuster les réglettes dans un sens ou dans l’autre.

Si cette seconde phase du jeu n’a pas été très «amusante» (on comprend mal aussi pourquoi elle n’est pas liée à la première phase du jeu’), il n’en demeure pas moins qu’elle fut trèsinstructive. En effet, nombre des participants ignoraient par exemple que la Nouvelle Zélande était un pays ultra-libéral, alors que l’Union européenne est une région très conservatrice. Enfin, elle a permis de conscientiser sur la façon dont se font généralement les négociations, à savoir que souvent, les protagonistes, restent campés sur leurs positions et donc sur leur politique commerciale (laquelle vise à protéger les ressortissants du pays en question). S’il a été facile de jouer, nous avons tous pris conscience du fait qu’il n’est pas facile de négocier. «Le jeu de la mondialisation m’a poussé à réfléchir surtout sur l’ouverture commerciale, avec son cortège de bénéfices et d’inconvénients pour l’ensemble des pays de notre Terre, et je me demande bien à qui cela profite-t-il le plus’» m’a confié le costaricain Roy Alfaro Arnuez, visiblement sonné par la façon dont se font les choses. La réponse est que cela doit profiter à tous, à savoir que les secteurs économiques mondiaux ne se limitent pas à celui de l’agriculture.

«Actuellement, le concept de la mondialisation est un concept à la mode. Parce que le monde d’aujourd’hui ignore de plus en plus les frontières, parce que l’économie n’est autre qu’une forme d’échange interculturel qui englobe toute la population mondiale, il faut établir des règles qui permettent d’éviter les spoliations économiques dont nous sommes tous témoins aujourd’hui», conclut le Chilien Ivan Coydan. Cette conclusion est frappante de part sa vision globale, elle met l’accent sur l’importance du développement économique pour les pays pauvres, et fait de l’économie le moteur de la mondialisation culturelle; quant à savoir si c’est ce que l’on désire.

Mondialisation ou globalisation, ou peu importe comment ce phénomène se nomme, est une réalité inéluctable dont chacun de nous représente un acteur anonyme, un consommateur. Quoiqu’il en soit, et quelle que soit notre position par rapport à la mondialisation, le Collège d’Alfred, malgré sa taille réduite, avec ses partenaires et avec tous les participants, a su nous faire vivre une journée très enrichissante et très agréable. Le but n’était pas de nous faire prendre position, mais bien de nous conscientiser sur la réalité des choses.

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