Le 21 avril 2005

Aux États-Unis: Les vaches folles seraient-elles cachées’

Par Pierre-Alain Blais


Vous êtes-vous déjà demandé comment il se faisait qu’on n’ait pas trouvé encore aucun cas de vache folle proprement américain, alors qu’il y en a eu quatre de formellement identifiés au Canada depuis deux ans, lequel compte dix fois moins de bétail et où les normes d’alimentation et les techniques d’élevage sont, à toutes fins pratiques, identiques’

Apparemment, les autorités agricoles américaines dissimuleraient les cas potentiels qui si révélés au public et surtout aux autorités sanitaires du monde entier, risqueraient de plonger le secteur florissant de l’élevage des bovins aux États-Unis dans une catastrophe économique d’une ampleur semblable à la crise de la vache folle au Canada. C’est du moins ce qu’a affirmé avec conviction un vétérinaire et ancien chef inspecteur du département américain de l’Agriculture (USDA), le Dr Lester Friedlander, lors d’un récent colloque sur l’industrie nord-américaine des viandes à Edmonton.

Voici comment il explique le « cover-up » des autorités sanitaires américaines.

Des cervelles de bovins suspectés de souffrir de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) sont d’abord envoyées pour analyse à des laboratoires privés. Si l’hypothèse de l’ESB est jugée probable, l’échantillon doit ensuite être référé à un laboratoire d’État. Lester Friedlander soutient que jusqu’à présent, tous les cas « suspects » de bovins d’ESB référés aux laboratoires d’État ont tous été déclarés négatifs, c’est-à-dire non-porteur de la maladie de la vache folle. Apparemment, selon la U.S. Consumers Union à Washington, la procédure d’analyse utilisée, un test rapide basé sur les réactions immuno-histochimiques, est beaucoup moins fiable que le test appelé ?Western blot?.

« Plusieurs vétérinaires m’ont raconté des histoires semblables, a déclaré M. Friedlander à la Presse canadienne. Au Canada, les gens seraient probablement scandalisés par une telle pratique, mais ce n’est pas le cas pour les vétérinaires qui travaillent pour le USDA ».

Le Dr Friedlander s’est même dit prêt à subir le test du polygraphe pour prouver qu’il ne ment pas, tellement il est convaincu de ce qu’il avance. L’ancien inspecteur d’abattoir, devenu défenseur des consommateurs, dit parler d’expérience. Il aurait été licencié de son poste d’inspecteur en chef d’un important abattoir de Philadelphie, en 1995, après avoir critiqué des méthodes d’enquête qu’il qualifiait de douteuses.

Dans une lettre adressée au secrétaire d’État à l’Agriculture, Mike Johanns, la Consumers Union l’enjoint d’introduire cette dernière technique d’analyse « couramment utilisée par tous les pays de l’Union européenne et au Japon pour détecter les tissus affectés par l’ESB ». L’organisation rapporte que le Western blot serait beaucoup plus efficace à identifier les cas d’ESB que les tests présentement utilisés par les laboratoires d’État. En fait, semble-t-il, le Western n’aurait été utilisé que pour confirmer le premier cas de vache folle en décembre 2003, qui a été retracée comme étant d’origine canadienne, et n’aurait pas été utilisée de façon routinière depuis. La Consumers Union demande de plus au secrétaire Johanns de refaire tester le cas suspect d’ESB identifié en novembre 2004 ? que l’USDA considère négatif ? et d’en envoyer un échantillon au laboratoire de référence mondial au Royaume-uni pour lever tout doute sur ce cas.

Encore tout récemment, rapporte Michael Hansen, un scientifique de la U.S. Consumers Union, un abattoir de San Angelo au Texas a refusé catégoriquement de faire tester une vache « suspecte » qui titubait et semblait avoir des difficultés à garder son équilibre. Le pauvre animal aurait été abattu comme tous les autres et sa viande serait entrée dans la chaîne alimentaire, comme si de rien n’était. Apparemment, l’abattoir ne pouvait pas attendre les résultats des analyses’

Un rapport récent du Congrès américain avait déjà semé des doutes sur la qualité du système d’inspection fédéral des États-Unis, qui aura souffert de multiples compressions budgétaires et de personnel sous l’emprise du néo-libéralisme qui y souffle actuellement.

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