Le 20 octobre 2004

Baie des Atocas: Le canard et bien plus!

Par Chantal Quirion


L’une des stations de la Baie des Atocas permet aux visiteurs d’observer comment fonctionne le système d’abreuvement qui fonctionne à l’aide de panneaux solaires ou d’éolienne et qui permet au bétail de s’abreuver sans s’approcher du marais. Photo: Domini

Qu’entend-on par « terres humides »? Pourquoi sont-elles au c’ur des débats lorsqu’il s’agit de conservation’ Parce que même si les étangs, les marais, les marécages et les tourbières jouent un rôle de premier ordre dans le maintien de la santé environnementale, elles ont grandement diminué à l’échelle planétaire. Elles sont pourtant indispensables à la biodiversité, affirme Rose-Marie Chrétien de Canards Illimités Canada (CI).

L’Ontario n’échappe pas à cette situation. Dans l’Est, en particulier dans les Comtés de Prescott et de Russell entre soixante et cent pour cent des milieux humides originaux ont disparu depuis le début de la colonisation. La situation est similaire dans le Sud de l’Ontario où à peine vingt pour cent des terres humides originales subsistent.

Ces terres que l’on pourrait comparer à de grosses éponges servent d’habitat à plusieurs espèces fauniques mais leur utilité s’étend bien au-delà de cet aspect. Elles participent directement au maintien de la qualité des sols en diminuant les risques d’érosion et leur capacité d’absorption entraîne une diminution des inondations. Elles ont aussi la vertu de filtrer l’eau grâce à la végétation qui s’y trouve comme les quenouilles et les nénuphars par exemple tout en assurant l’alimentation des nappes phréatiques (souterraines).

C’est pourquoi, Canards Illimités a comme principal objectif de veiller à la restauration et à la conservation de ces lieux humides. « Depuis plusieurs années, mentionne la spécialiste en habitat, Rose-Marie Chrétien, nous entrons en contact avec les propriétaires fonciers pour les encourager à re-conditionner certaines portions de leurs terres qui avaient autrefois cette vocation ou encore à adopter certaines pratiques pour garder la vitalité des terres humides existantes. Cela a porté fruit », dit-elle, en soulignant que C.I. appuie techniquement et financièrement ce genre d’initiatives.

Parallèlement, Canards Illimités amorçait au début des années 2000, un projet d’envergure dans l’Est ontarien, Baie des Atocas. Invitée à titre de conférencière par D’une tourbière à l’autre, Mme Chrétien présentait récemment au grand public cette réalisation qui a permis la restauration de plus de 250 bassins de différents types et de différentes tailles (baissières), répartis sur 1 762 acres de terrain.

Dans la municipalité d’Alfred-Plantagenet, ce site de démonstration qui s’étend de la Concession un à la Concession trois, propose aux visiteurs treize stations où sont expliquées comment et à qui bénéficient ces aménagements. « Plus de cinq cents espèces végétales et animales y sont présentes », confirme Mme Chrétien. C’est aussi l’occasion de constater comment l’agriculture et la conservation peuvent cohabiter puisque deux éleveurs de bovins louent les terres hautes du site pour faire pâturer leur bétail. Ils doivent cependant observer un code de pratique agricole qui s’inscrit dans cette perspective.

Comme le dit Sylvain Lepage, employé de l’un d’eux, cela ne pose pas de problèmes puisque de toute façon ils ont toujours procédé de cette façon. Parmi ces pratiques notamment, on retrouve la rotation des pâturages à tous les dix jours pour ne pas stresser le sol. On doit exercer une rotation des cultures et faucher seulement après le 15 juillet de sorte que les canards aient fini de couver. M. Lepage indique que même s’il peut en résulter une baisse de la valeur nutritive, les fourrages obtenus répondent amplement aux besoins alimentaires du troupeau. De même, cela comporte l’avantage que les champs se ressèment d’eux-mêmes, une technique ancestrale et qui donne d’excellents résultats, dit-il. Bien entendu, l’emploi de pesticides est banni.

Toujours dans le but de concilier les pratiques agricoles avec la conservation des terres humides, l’accès des cours d’eau au bétail figure au nombre des prérogatives. Pour ce faire, on utilise sur le site, un système d’abreuvement autonome qui fonctionne à l’aide de panneaux solaires. Ainsi l’eau est filtrée puis amenée à un réservoir à l’aide d’une pompe qui fonctionne à batterie, celle-ci pouvant être rechargée grâce à l’énergie solaire ou à l’aide d’une éolienne. Le système est en démonstration et les visiteurs peuvent observer son fonctionnement à l’année longue puisque la Baie des Atocas est ouverte au public douze mois par année.

D’autres organismes environnementaux s’impliquent pour favoriser l’emploi de telles pratiques. Par exemple, Conservation Nation Sud, offre différents programmes de subventions à cet égard dont un pour l’installation de clôtures pour restreindre l’accès du bétail aux cours d’eau. Ce qu’il faut savoir cependant c’est que pour y être éligible il faut absolument faire la demande d’aide financière avant d’entreprendre les travaux. Fait nouveau en ce concerne ce programme, le producteur peut maintenant exécuter lui-même les travaux alors qu’avant il devait engager un entrepreneur spécialisé. De ce fait, il peut inclure l’ensemble des coûts des matériaux dans sa demande.

Pour conclure, Marie-Rose Chrétien constate que la Baie des Atocas servira à sensibiliser la population à la nécessité de conserver les terres humides tout en proposant des solutions pour y parvenir. Et comme elle le dit: « L’action de Canards Illimités s’étend à beaucoup plus que la protection faunique, il s’agit de la protection de l’ensemble de nos richesses naturelles. »

Pour accéder à la Baie des Atocas, on longe la Concession 1 depuis le village de Lefaivre en se dirigeant vers l’est. Après quelques kilomètres, des panneaux indiquent où se trouve le site. Une boîte postale y est installée dans laquelle se trouve la carte du site et des dépliants d’information.

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