Économie et politique

Budget Martin 2001 Des bons mots pour l’agriculture, mais pas «d’argent neuf»

Par Pierre-Alain Blais
info.agricom@atreide.net


Un budget tout axé vers la lutte au terrorisme international, en marge des attentats du 11 septembre dernier, c’est ce qu’a livré le ministre des Finances canadien Paul Martin, le 10 décembre. Signe des temps, pratiquement aucun engagement ?neuf? envers l’agriculture, si ce n’est d’étendre le réseau Internet haute vitesse, déjà commun en ville, aux régions rurales qui ne l’ont pas encore, en collaboration avec le Secrétariat au développement rural, et les initiatives agricoles et forestières de conservation permettant de rencontrer les engagements du protocole de Kyoto. 

Contrairement à ce qu’espéraient les agriculteurs durement éprouvés par la sécheresse de l’été dernier particulièrement brutale dans les Prairies canadiennes autant qu’ailleurs au pays, dans la valse des milliards ? près de huit iront à renforcir la sécurité du pays ? pas d’annonce d’aide spéciale pour les agriculteurs du pays qui disent ne pas être en mesure de financer la prochaine saison de cultures, parce qu’ils ne peuvent plus participer aux programmes existants.

Le ministre de l’Agriculture fédéral, Lyle Vanclief, s’en est tenu à la ligne ferme qu’il a adopté cet été : les programmes de ?gestion des risques agricoles’ en place devront suffire cette année, quoiqu’un engagement formel de rénover le système de protection du revenu agricole soit mentionné dans le discours budgétaire du ministre Martin.

Vision à long terme confirmée
En ce qui concerne l’agriculture, il n’y a donc pas d’argent neuf. Cependant, Paul Martin a prévu un engagement du gouvernement, un engagement qui ne coûtera pas grand chose pour l’instant au gouvernement canadien. Le ministre des Finances a simplement affirmé dans son discours qu’il appuie le Plan d’action élaboré lors de la conférence des ministres de l’Agriculture à Whitehorse en juin dernier.

Lyle Vanclief y voit «l’engagement formel du gouvernement fédéral à fournir à l’industrie agricole sa part du financement [stable] à long terme». Il déclare que «le budget [?] garantit que le gouvernement fédéral fournira sa part d’aide financière pour aider à concrétiser la vision de l’accord de Whitehorse». Vanclief ajoute que «ce financement permettra [à l’industrie agricole canadienne] d’aller au-delà de la gestion de crise et d’ériger les structures nécessaires à son succès au cours du XXIe siècle», thème qui est cher aux leaders agricoles canadiens.

Par ce budget, affirme le ministre Vanclief, le gouvernement s’engage à appuyer le plan de développement et de renouveau de l’agriculture, tel qu’élaboré dans ses grandes lignes lors des dernières conférences agricoles fédérale-provinciales-territoriales.

Un plan en cinq points dont le premier vise le renforcement de la sécurité du revenu, ou de façon plus large, ce qu’on préfère maintenant appeler la ?gestion des risques’. Le programme actuel vient à échéance en mars 2003 avec une enveloppe budgétaire (fédérale) d’un peu plus d’un milliard de dollars, ce qui devrait suffire souligne le ministre.

Pour ce qui est des quatre autres points au Plan d’action de l’agriculture, des détails resteraient encore à être élaborer, avant de les chiffrer. Plutôt vague sur ce point, le ministre s’est contenté de dire que des fonds seront dégagées au fur et à mesure des besoins pour mettreen application ce qui sera convenu entre le fédéral et les provinces.

Un budget qui manque de détails selon Brian Coburn
Le ministre de l’Agriculture de l’Ontario, Brian Coburn, a dit être déçu que le budget du gouvernement fédéral n’ait pas renfermé plus de détails pour les agriculteurs ontariens. Bien qu’il se dit heureux que «le ministre des Finances fédéral ait reconnu le grand esprit d’innovation qui anime les agriculteurs du Canada», il affirme «qu’il est temps d’aider les agriculteurs en leur donnant l’assurance d’un plan de protection du revenu [sans attendre], parce que nos agriculteurs doivent planifier dès maintenant leurs cultures de l’an prochain». Il ajoute que «l’agriculture présente un énorme potentiel au 21e siècle, mais si on n’agit pas tout de suite, on risque de perdre de nombreuses possibilités».
«Nous savons que le renflouement et les subventions ne procurent pas une sécurité de longue durée à nos agriculteurs», a dit Brian Coburn.

Le ministre Coburn déclare que son ministère, en collaboration avec la communauté agricole, ont consacré beaucoup d’énergie depuis l’été pour concevoir une «méthode de gestion des risques proprement ontarienne». Une méthode qui ferait actuellement l’objet de négociations avec le gouvernement fédéral, a-t-il révélé.

Déceptions dans l’Ouest et dans l’Est
Dans les Prairies canadiennes, on espérait de l’argent supplémentaire pour assurer quelques liquidités en prévision des travaux du printemps prochain. Le ministre de l’Agriculture fédéral Vanclief, défend le budget de son collègue Paul Martin, en rappelant que beaucoup de producteurs de la Saskatchewan ont choisi l’an dernier, alors que leurs revenus étaient très bas, ne pas se prévaloir des avantages des retraits au Compte de stabilisation du revenu net (CSRN).

Cette année toutefois, a fait valoir le ministre Vanclief en conférence de presse téléphonique, les recettes sur les fermes de la Saskatchewan seraient meilleures. Il y aurait eu un certain redressement dans les ?revenus agricoles réalisés’ ? qu’il évalue à plus de 400 millions pour cette seule province ? et que l’assurance-récolte jouerait pleinement son rôle en compensant les producteurs pour les pertes dues à la sécheresse. Dans le contexte, Ottawa juge qu’il n’est pas nécessaire de verser de sommes supplémentaires.

Des déceptions aussi dans les Maritimes, à l’Île-du-Prince-Édouard plus particulièrement. Là aussi on estime qu’Ottawa aurait pu faire preuve d’un peu plus de générosité pour venir en aide aux producteurs de pommes de terre qui ont subi de lourdes pertes en raison de la sécheresse. Ce à quoi le ministre Vanclief a rétorqué que les producteurs de pommes de terre de l’Île ont majoritairement préféré ne pas se prévaloir du programme d’assurance-récolte cette année, et cela dans une proportion des trois-quarts. Le ministre dit qu’il ne peut pas compenser ceux qui ont choisi de ne pas s’assurer, alors que les autres ont investi dans une couverture d’assurance-récolte, et qu’ils devraient légitimement toucher des indemnités.

La FCA se dit encouragée
Par ailleurs, la Fédération canadienne de l’agriculture (FCA) se réjouit que le fédéral reconnaisse une vision à long terme pour l’agriculture. Selon la FCA qui a adopté un ton optimiste, le budget fédéral est encourageant pour le secteur agricole canadien. «Il en ressort clairement que le message des producteurs canadiens ? nous devons délaisser la gestion de crise pour une approche axée sur le long terme ? commence à faire son chemin», écrit la Fédération.

Se référant au Plan d’action pour l’agriculture développé l’été dernier pour répondre à une approche à long terme, Bob Friesen, président de la FCA, déclare: «Nous sommes heureux d’entendre M. Martin reconnaître le travail que les gouvernements fédéral et provinciaux ont accompli, de concert avec l’industrie, en vue d’élaborer un plan à long terme pour l’agriculture canadienne». Il se dit heureux de voir qu’un engagement ferme à l’égard de ce processus a été couché sur papier dans ce budget fédéral. Le président Friesen avertit toutefois qu’il faudra continuer à mettre en oeuvre le plan d’action, et «bâtir une nouvelle politique agricole intégrée et viable au point de vue financier».

Par contre, la FCA aurait aimé qu’on mentionne la sécheresse qui a éprouvé durement les producteurs cet été. Bob Friesen dit continuer «de réclamer un engagement à court terme, un financement transitoire, pour aider les agriculteurs à se sortir de la crise actuelle et à commencer à penser à long terme».
 
[Complément]
L’Entente de Whitehorse ? le Plan d’action pour l’agriculture
L’Entente de Whitehorse met en place cinq éléments clés d’une stratégie intégrée pour renforcer et revitaliser le secteur agroalimentaire canadien. Selon le bureau du ministre de l’Agriculture canadien, ces cinq éléments sont : la gestion des risques, la salubrité et la qualité des aliments, la bonne intendance de l’environnement, les sciences et le renouvellement du secteur. Voici un résumé du Plan d’action agricole:
·       Gestion des risques ? L’agriculture a toujours comporté des risques, et la gestion efficace de ceux-ci est essentielle pour que l’industrie soit dynamique et prospère. Les gouvernements sont à réexaminer l’ensemble des programmes actuels de gestion des risques financiers afin de s’assurer que ceux-ci soient aussi efficaces que possibles et qu’ils touchent une grande variété de risques. Toutefois, les programmes de protection du revenu agricole, selon les gouvernements, ne peuvent plus assurer seuls le dynamisme du secteur agricole canadien. Dans l’économie mondiale, les problèmes de pollution et de contamination des aliments (comme la maladie de la ?vache folle?) menacent autant le revenu agricole que les risques qui ont toujours existé en agriculture (comme la grêle et la sécheresse).

Salubrité et qualité des aliments ? Les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux travaillent à l’établissement de systèmes reconnus assurant la salubrité des produits agricoles dès la ferme et dans toute la chaîne alimentaire. Ils travaillent également, de concert avec l’industrie, à mettre en oeuvre des systèmes de suivi et de traçabilité qui préserveront l’identité des produits et qui permettront de répondre plus rapidement et plus efficacement aux problèmes de salubrité des aliments dès qu’ils surviendront.

Bonne intendance de l’environnement ? Les gouvernements veulent aider le secteur agricole à adopter des pratiques sécuritaires pour l’environnement plus rapidement et plus uniformément partout au pays. De nombreux agriculteurs appliquent déjà de nouvelles façons de faire pour réduire l’incidence de leurs activités sur l’environnement. Mais, à mesure que l’on prend connaissance de plus d’information scientifique sur les rapports qui existent entre la production agricole et le milieu environnant, il est clair qu’il faudra faire davantage dans ce domaine, selon l’Entente de Whitehorse.
·      
Sciences ? De solides connaissances scientifiques constituent la base de l’innovation, de la diversification, de la création de produits, de la salubrité et de la qualité des aliments ainsi que d’une plus grande mobilisation pour protéger l’environnement. Dans le nouveau cadre stratégique agricole, l’utilisation des sciences ira au-delà de l’objectif classique d’augmenter les rendements. En effet, la recherche sera axée sur l’amélioration de la salubrité des aliments et de la gestion de l’environnement et sur la création de débouchés économiques pour le secteur par la mise au point de produits alimentaires et non alimentaires issus des sciences biologiques.
·      
Renouveau ? Dans le contexte actuel de la mondialisation des marchés, exploiter une ferme est une entreprise complexe et onéreuse. L’agriculture devient une activité basée de plus en plus sur le savoir. Devant cette réalité, les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux collaborent à mettre au point des instruments pour aider les agriculteurs à améliorer leurs connaissances et leurs compétences afin d’être mieux équipés pour prendre de bonnes décisions au sujet de leurs activités et pour assurer la planification de la relève.
Source : Bureau du ministre de l’Agriculture fédéral (http://aceis.agr.ca/cb/news/2001/)

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