Volume 33 Numéro 15 Le 08 avril 2016

Campus d’Alfred, un an de sursis pour trouver une solution



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Les rumeurs de déménagement vont bon train depuis que la présidente de La Cité Lise Bourgeois a fait le point sur les ondes d’Unique FM en ce qui concerne le futur du Campus d’Alfred et que des élus municipaux ont aussi apporté leurs points de vue.

En fait, ces rumeurs sont bien fondées, mais il y a une nuance importante à apporter. Contrairement à l’époque où l’Université de Guelph avait annoncé son intention d’arrêter la livraison de ses programmes agricoles sur le Campus, ce n’est plus la formation aujourd’hui qui est menacée.

« Le 5 mars 2015, lorsqu’il y a eu l’annonce du ministère le communiqué disait deux choses. Premièrement, le mandat de l’offre de programmes en français dans le secteur agroalimentaire et agricole est confié à La Cité pour l’Est de l’Ontario et deuxièmement, que l’année scolaire 2015-2016 serait sur Campus d’Alfred », explique Mme Bourgeois.

Donc que ce soit à Alfred ou que ce soit sur le Campus de La Cité, la formation agricole est assurée. L’institut de formation et de recherche agroalimentaire IFRA, fondée par La Cité au lendemain de cette annonce demeurera, quelle que soit son adresse.

Un an de plus

Par ailleurs, Mme Bourgeois a obtenu l’aval du gouvernement pour une deuxième année sur le Campus d’Alfred ce qui donne un an de sursis à d’éventuels partenaires pour mettre de l’avant un plan qui permettrait de renverser la vapeur et de bonifier la vocation du site. Ainsi, l’année scolaire 2016 – 2017 de l’Institut de formation et de recherche agroalimentaire de La Cité se déroulera bel et bien à Alfred.

« J’ai obtenu une deuxième année pour demeurer sur le site à Alfred. J’étais et je suis toujours confiante qu’il y aura un partenaire pour demeurer sur les lieux. »

En mars 2015, en confiant le mandat de formation en français dans les domaines de l’agriculture et de l’agroalimentaire dans l’Est ontarien à La Cité, la province s’était appuyée sur des suggestions tirées du rapport Godbout pour imposer un nouveau modèle de fonctionnement. Il allait financer la formation certes, mais la communauté devrait trouver les moyens de rendre ses infrastructures économiquement viables.

Mais, dans l’esprit de plusieurs, si La Cité avait obtenu le mandat c’est donc que la menace de fermeture était écartée. Pour la majorité, les fonds pour les infrastructures viennent automatiquement avec les fonds pour la livraison des programmes. Or, ce précepte ne tient plus la route.

« On a déjà un campus, mais La Cité peut être une composante d’un projet plus large. Le gouvernement et les ministères ne favorisent pas la création de multiples campus. On encourage les collaborations. C’est l’angle moderne qui nous permet de nous adapter beaucoup plus facilement aux besoins et à notre marché. De plus en plus, j’aime bien qu’on parle pour maximiser le site d’Alfred d’un complexe agroalimentaire qui pourrait comprendre un centre de recherche. Nous on pourrait être partenaire, ce serait pour nous une continuité parce qu’on a l’expérience en recherche appliquée », poursuit Mme Bourgeois.

Un projet porteur

D’ailleurs en août dernier, on l’a retrouvait aux Comtés unis de Prescott et Russell lors de la présentation de l’ébauche du projet du Centre d’innovation et de transformation agroalimentaire de Prescott et Russell, une solution reposant sur trois piliers — la formation, la recherche et le développement économique. La Société de développement communautaire de Prescott et Russell avait obtenu le financement pour défrayer les coûts de l’ébauche commandée à la firme Millier Dickinson Blais, firme spécialisée en développement économique. Le consultant Brock Dickinson avait alors dévoilé le premier jet du plan d’affaires et s’était montré optimiste en expliquant comment l’IFRA pourrait demeurer à Alfred en s’appuyant sur des modèles comme le Centre de développement bioalimentaire du Québec à Sainte-Anne-de-la-Pocatière ou d’autres institutions qui s’avèrent des modèles de réussite aux États-Unis et au Canada. Pour Alfred cela équivaudrait aussi à 150 emplois.

Mme Bourgeois avait alors rappelé aux élus les enjeux en sollicitant à l’époque, leur appui moral. : « On a bien compris que la relance du Campus d’Alfred ne peut pas reposer seulement sur le volet éducation et qu’il y a aussi une nécessité d’inclure le volet du développement économique », avait-elle déclaré en précisant qu’éventuellement, l’engagement de tous les paliers de gouvernement — municipal, provincial et fédéral — devrait faire partie de l’équation pour que le projet se concrétise.

Peu d’avancées

Mais depuis, peu d’avancées ont été notées dans ce dossier. Le rachat du troupeau laitier par la nouvelle entité formée par l’Union des cultivateurs franco-ontariens, soit la Ferme d’éducation et de recherche du campus d’Alfred est probablement l’initiative la plus concrète pour démontrer aux instances gouvernementales qu’il y a un intérêt certain de la communauté à s’investir dans le futur du campus.

D’autre part, Mme Bourgeois réitère que son mandat en est un de formation et que son rôle n’est pas de prendre les rênes du développement économique, bien que La Cité siège au comité de relance.

Tout n’est cependant pas perdu estime pour sa part le directeur général des CUPR, Stéphane Parisien en indiquant que les discussions entre les partenaires ne sont pas rompues.

Une lueur d’espoir

« On va présenter une option de projet au conseil le 13 avril prochain. Une solution pour ne pas perdre le Collège », dit-il, sans pouvoir en dévoiler la teneur avant que le contenu n’en ait été rendu public.

Selon lui, une certaine ouverture a été constatée lors des rencontres avec les ministres à Toronto en février dernier. Pour l’administrateur, il est certain que la fermeture du Collège d’Alfred serait lourde de conséquences.

« En plus de perdre un fleuron de Prescott et Russell, ce serait des pertes d’emplois et des pertes de retombées économiques. Le collège consomme beaucoup de biens, ce sont des gens de la communauté. Ça, on l’avait souligné dans notre rapport d’impacts économiques il y a an. Il y a des options si on veut sauver le collège et on est un partenaire incontournable. Mais le provincial et le fédéral le sont aussi. Tout le monde doit être assis à la table », conclut M. Parisien.

Une situation inverse

Malgré tout, il s’en est fallu de peu pour que tout ce termine ce printemps à Alfred. Du côté du Campus de Kemptville qui avait aussi été mis à rude épreuve par l’annonce de retrait de l’Université de Guelph, on observe que la municipalité de North Grenville a repris les rênes du dossier en devenant gestionnaire du campus. Un nouveau locataire, une première école primaire francophone dans cette municipalité occupera trois bâtiments de la trentaine de bâtisses sur le Campus l’automne prochain et les élèves du niveau secondaire les y rejoindront. Néanmoins,  dans la foulée, la communauté agricole a toutefois perdu sa formation de niveau collégial dans cette région.

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