Volume 33 numéro 14 Le 25 mars 2016

Catherine Langlois : bâtir son paradis une vigne à la fois


Par Élizabeth Paulet


Niché au cœur du bucolique comté de Prince-Edward, Sandbanks Winery produit et distribue, depuis plus de 10 ans, une grande variété de vins, dont le très prisé Baco noir. Le vignoble accueille chaque année de nombreux amateurs de vin pour des dégustations et des visites guidées. L’entreprise cumule les reconnaissances, notamment celle, en 2014, de la meilleure entreprise de détail francophone de l’Ontario. Rencontre avec Catherine Langlois, la vigneronne et entrepreneure passionnée de Sandbanks Winery.

Le chemin jusqu’à la vigne

Native de l’île d’Orléans, Catherine travaille pendant son enfance dans les champs de fraises d’agriculteurs de la rive sud de Québec. À la fin de ses études secondaires, elle fait ses premières armes dans le monde de la restauration et de l’hôtellerie. Elle se découvre alors un intérêt marqué pour le vin. Cette passion naissante la conduit à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec, où elle remporte un concours de sommellerie. « Je n’ai aucun mérite, plaisante Catherine, j’ai hérité de l’odorat fin de ma mère ! » Une bourse en main, elle part pour la Bourgogne, en France, pour parfaire ses connaissances viticoles.

Jeune, femme et francophone

De retour au pays, Catherine se taille tout doucement une place, du haut de ses vingt ans, dans la filière viticole, un univers réservé à l’époque à des hommes anglophones d’un certain âge. D’un emploi dans les entrepôts, où elle lave et remplit des cuves à vin, elle se retrouve représentante pour le prestigieux vignoble Pelee Island Winery. Elle arpente alors les routes de l’Est ontarien, de Petewawa à Kingston, en passant par Ottawa. Elle découvre sur son chemin une riche communauté franco-ontarienne, dont elle parle avec beaucoup d’affection.

De l’île à la presqu’île

C’est néanmoins le comté de Prince-Edward qui la charme au point de vouloir s’y établir. « On peut chasser la fille de l’île, mais pas l’île de la fille », s’exclame Catherine en riant. Qui plus est, les conditions climatiques et agronomiques de la presqu’île se prêtent parfaitement à la viticulture. C’est ainsi qu’en 2001, elle troque sa moto rouge contre un tracteur bleu et achète une terre à Wellington. L’emplacement est idéal, selon la vigneronne, car la proximité du lac Ontario retarde l’apparition des bourgeons au printemps, ce qui les protège des gels éventuels, et prolonge le mûrissement à l’automne. Il va sans dire, Catherine s’y connaît en viticulture ; au fil des ans, elle n’aura raté aucune occasion d’embrasser le travail au champ.

 

Naissance d’un vignoble

Catherine plante ses premières vignes en 2001, quelque six acres pour commencer. Elle travaille d’arrache-pied, s’occupant, entre deux tâches, de son bébé installé sous une moustiquaire au bout des rangs. En 2003, elle récolte ses premiers raisins et embouteille ses premiers vins.

Pendant ce temps, le comté de Prince-Edward devient une région agricole et un lieu de villégiature dynamique. Le temps semble propice à l’agrotourisme. Il s’impose à Catherine Langlois alors qu’un dimanche matin, une dame frappe timidement à sa porte : « C’est vous qui produisez du Baco noir ? » Catherine raconte cette anecdote en riant. Quelques années plus tard, elle passe d’une petite boutique installée dans le sous-sol de la maison à un véritable site d’accueil, de vente et de dégustation, où « l’on peut, en tout temps, être servi en français », précise fièrement l’entrepreneure.

Aujourd’hui, on retrouve une large gamme des vins de Sandbanks Winery dans les hôtels et restaurants du comté ainsi que dans les succursales de la LCBO — où Catherine aura introduit ses vins un à un grâce au programme de livraison directe.

Une passion qui porte ses fruits

Au fil des ans, de nombreux prix sont venus récompenser les efforts de Catherine Langlois, qui s’en dit très reconnaissante. Toutefois, sa plus grande fierté, outre son Baco noir réserve, demeure sans aucun doute d’avoir bâti une entreprise florissante qui lui permet de voir grandir ses enfants, de travailler avec une équipe dynamique et de contribuer à la vitalité de la région. « Je n’aurais jamais cru que ma passion pour le vin m’ouvrirait ainsi les portes du paradis ! » conclut Catherine avec humour.

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