Le 3 septembre 2003

Commentaire de l’UCFO: Les champs de nos campagnes

Par André Pommainville, directeur général par intérim, Union des cultivateurs franco-ontariens


Est-ce que la société veut faire disparaître l’agriculture commerciale de nos régions rurales’ C’est comme se poser la question « Qui vient en premier, l’oeuf ou la poule ».

C’est une question qui n’a pas de réponse, l’un ne peut pas exister sans l’autre ? c’est exactement la même situation qui se vit dans nos communautés rurales ? celles-ci ont besoin de l’agriculture pour survivre, voire même, pour continuer à se développer.

Toutefois, je me questionne souvent sur les attentes et objectifs de la société vis-à-vis l’agriculture commerciale et parfois étiquetée industrielle par certaines personnes. Le fait demeure que les entreprises agricoles modernes doivent constamment défendre les droits acquis de nos parents et nos grands-parents qui sont de faire produire nos terres arables afin de nourrir la société tout en procurant un juste salaire à l’agriculteur.

Avant de continuer, j’aimerais établir les évènements et les faits qui m’emmènent à écrire ce commentaire. Le 20 février 2003, la Ferme Bédard & Frères inc de St-Eugène dans l’Est de l’Ontario, soumet un projet d’expansion auprès de la municipalité de Hawkesbury-Est. La Ferme Bédard & Frères chevauche entre les paroisses de St-Eugène et de Ste-Anne-de-Prescott. Les propriétaires Richard et Marcel Bédard et leur famille respective gèrent une entreprise laitière d’au-delà de 100 vaches laitières avec un troupeau total d’environ 225 têtes et cultivent annuellement une superficie de plus de 1000 acres.

Afin de réduire les coûts des fertilisants et de maximiser l’utilisation de la superficie totale cultivable, la Ferme Bédard & Frères demande un permis de construction de porcherie avec une capacité de 4500 porcs d’engraissement. Le lisier produit par la porcherie complémentera les fumiers de l’entreprise laitière pour être utilisé sur les cultures de la ferme. Le plan de gestion des éléments nutritifs préparé selon les normes du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation de l’Ontario (MAAO) démontre que la superficie en cultures de cette entreprise répond en tout points aux critères et aux normes du ministère.

Suivant cette demande, des gens des communautés environnantes ont manifesté leurs inquiétudes vis-à-vis le projet. Les citoyens concernés ont le droit et doivent s’assurer que les dirigeants de leur communauté répondent aux attentes et aux inquiétudes de leurs concitoyens pour le bien et le progrès de leur municipalité. Le droit de se faire entendre de la part des citoyens est essentiel à toute municipalité qui se veut être à l’écoute des personnes vivant dans celle-ci.

J’arrive au point important de ce commentaire. Durant la nuit du 23 août 2003, un abri rempli de foin chez l’entreprise agricole Bédard & Frères a brûlé. Ceci est possible, car nous savons tous que du foin est sujet parfois à surchauffer et occasionnellement à prendre en feu.

Toutefois, il fut constaté par les autorités que cet incendie serait d’origine criminelle. Je n’ose pas m’aventurer plus loin sur ce constat, mais le fait demeure que je peux comme bien d’autres lire entre les lignes et faire le lien entre la demande d’expansion de cette ferme et cet incendie.

En tant qu’individu concerné par le progrès de nos entreprises agricoles tout en maintenant une harmonie entre l’agriculture et les personnes habitant en milieu rural, je déplore ce genre de pression. Nous jouissons d’une grande liberté dans tous les aspects de notre vie quotidienne et nous devons nous assurer que nous pouvons conserver cette condition de vie.

Notre vie quotidienne est peut-être trop influencée par des personnes qui ont peu de respect pour la majorité des citoyens qui essaient de vivre selon les règles de notre société. Détruire les actifs des autres, faire des menaces, créer un monde de peur est tout simplement de la démagogie irréfléchie qui n’aide pas à l’avancement et au développement de nos régions. Ce sont des comportements qui n’aident personne et qui restreignent parfois les entrepreneurs et gens d’affaires dans leurs projets de développement.

En tant que personne ayant oeuvré au-delà de 35 ans dans le monde agricole, surtout en vulgarisation en agriculture et dans le développement de nos communautés rurales, c’est une situation que je dénonce et que je déplore. L’industrie agricole demeure le pilier de l’économie de Prescott-Russell et nous devons tous travailler main dans la main pour le développement de notre belle région.

Nos entreprises agricoles sont gérées par des agriculteurs et des agricultrices qui sont très conscients des répercussions économiques, sociales, environnementales des pratiques agricoles normales qu’ils doivent effectuer quotidiennement. Ces producteurs font des investissements énormes, plusieurs millions de dollars pour la plupart des fermes commerciales, et ils reconnaissent l’importance du devoir qu’ils ont envers les générations futures, leurs voisins, leur communauté tout en continuant de nourrir le monde avec un grand souci de conserver l’équilibre des éléments naturels qu’ils exploitent. Il faut se le rappeler, la nourriture dans nos grands magasins est produite par nos agriculteurs.

Comme mot de conclusion, j’aimerais rappeler à tout le monde vivant dans des régions rurales les points suivants: l’agriculture est et doit demeurer le pilier économique des communautés rurales avec les avantages et désavantages que cela apporte. Il faut clairement reconnaître que les personnes vivant de l’agriculture sont des gens d’affaires avertis qui doivent gérer leur entreprise de manière à obtenir un retour économique équitable dans un contexte difficile souvent dicté par des contraintes hors de leur contrôle.

Ce n’est pas facile et je lève mon chapeau en solidarité pour vos efforts et courage de nourrir une société qui semble parfois ne pas comprendre que le lait, le boeuf, le porc, les ?ufs, les légumes, les fruits, les céréales ? sont produits par quelqu’un quelque part? dans les champs de nos campagnes!

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