Le 7 mars 2002

Commentaire de l’Union des cultivateurs franco-ontariens Les consommateurs sont-ils prêts à payer le prix pour leur alimentation’

Par Alain Delorme
info.agricom@atreide.net


Alain Delorme

Un groupe de pression environnementaliste a récemment dévoilé des données inquiétantes qui semblent jeter un doute sur l’innocuité de certains aliments produits par les agriculteurs canadiens. Selon des données d’inspection fédérales que le groupe Défense environnementale Canada dit avoir obtenu, plusieurs aliments que les Canadiens consomment régulièrement, dont les ?ufs, ne répondraient vraisemblablement pas aux normes sanitaires en vigueur, et contiendraient des traces d’insecticides ou de désinfectants utilisés en production agricole.

En vérité, je ne sens pas rassuré moi non plus qu’on trouve des soi-disant résidus dans les aliments que j’achète à l’épicerie, car je suis moi aussi un consommateur tout autant que les autres en plus d’exercer le métier d’agriculteur. Et j’aimerais bien, moi aussi, que mes aliments soient purs et sans résidus.

Or, il me semble encore loin le jour où nous pourrons produire sans avoir à recourir aux pesticides, promoteurs de croissance, antibiotiques et autres substances du même type qui me permettent de rester compétitifs, et sans lesquels mes coûts de production grimperaient de façon désastreuse. Il faut se demander pourquoi les producteurs agricoles utilisent ces produits en production animale. On doit contrôler les maladies, améliorer la croissance, constamment abaisser les coûts de production, pour faire face aux bas prix qui nous sont offerts pour nos produits.

Ce n’est certainement pas par plaisir que les agriculteurs utilisent des substances qui peuvent se retrouver en résidus dans l’alimentation. Nous sommes forcés de le faire, parce que cela nous paraît comme étant la seule avenue qu’il nous reste pour continuer à fournir une alimentation aussi abordable que celle dont bénéficient les Canadiennes et les Canadiens.

Nos agriculteurs sont étouffés par une autre industrie qui leur vend des intrants à des prix toujours plus élevés. Il nous faut produire plus de qualité pour un consommateur qui veut payer le moins possible et une industrie agroalimentaire gigantesque qui assure ses marges sur le dos des producteurs. Il nous faut donc être toujours plus efficace pour maintenir une marge acceptable au niveau de vie d’aujourd’hui et assurer le transfert de la ferme familiale.

Le consommateur de son côté veut s’assurer d’une alimentation la plus saine qui soit, au meilleur prix possible.

Il semble malheureusement que la facture soit toujours passée aux producteurs, car les marges de profit des transformateurs et du marché de détail restent sensiblement les mêmes et le coût d’alimentation du consommateur canadien reste toujours autour de 10% de son revenu.

En fait, presque partout ailleurs au monde, on paye plus cher pour l’alimentation. En Europe, la culture sociale étant sans doute différente, on exige des aliments exempts d’hormones de croissance et on accepte presque aucune variété génétiquement modifiée dans l’alimentation. Et pour cela, les consommateurs européens payent plus cher leur nourriture que chez nous.

Le producteur agricole continuera d’avoir les mains liées par une marge de manoeuvre qui diminue constamment, à moins que les consommateurs canadiens ne réalisent que la qualité a un prix. Sont-ils prêts à prendre une plus grande part de la facture et de la remettre au producteur qui s’efforce de mettre en marché les aliments les plus sains’

Si le consommateur canadien exige de plus hauts standards, il devra lui aussi être prêt à payer plus pour cela.

Le président de l’Union des cultivateurs franco-ontariens,

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