Le 16 février 2005

Conférence des PLC: Jacques Laforge en surprend plusieurs avec un discours « choc »

Par Chantal Quirion


En même temps qu’on soulignait la journée d’affranchissement alimentaire au Canada, s’ouvrait la conférence annuelle sur la politique laitière des Producteurs laitiers du Canada (PLC), le 8 février dernier à Ottawa. « Un fait qui montre à quel point l’industrie agricole au Canada est hautement performante », disait d’entrée de jeu Jacques Laforge, président des PLC, lors de son allocution.

L’industrie laitière ne fait pas exception à cette règle et comme le démontrait M. Laforge, celle-ci a eu à s’adapter et aura plus que jamais au cours des prochaines années à faire preuve d’ouverture d’esprit et d’innovation en matière de stratégie pour augmenter son marché et conserver les trois piliers de la gestion de l’offre.

S’appuyant sur son expérience dans l’industrie laitière qui remonte aux années 80, Jacques Laforge relatait qu’à cette époque le contexte permettait aux producteurs laitiers de faire des projections sur cinq ans, soit la durée des politiques laitières annoncées par Agriculture Canada. À l’inverse, constate-t-il, les dix dernières années ont été marquées par le changement. D’abord par l’entente du GATT qui a imposé des quotas d’importation fixes, puis par le système tarifaire avec accès aux marchés qui s’y est substitué lors de l’entente à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). « Ça commençait à changer, dit-il, et il y avait beaucoup d’incertitude. Avec l’OMC, on abandonnait le système de prélevés. »

« Aujourd’hui, le système a complètement changé et change tout le temps. Dans cette évolution, affirme le président des PLC, on veut garder nos piliers. » Pour ce faire croit-il, non seulement des approches politiques seront nécessaires mais aussi des approches commerciales avec les transformateurs avec qui il faudra développer des stratégies. Il entrevoit qu’au cours des cinq prochaines années, des actions surprenantes seront posées. « On fera des gestes qu’on a jamais pensé faire », dit-il, mentionnant comme exemple la création des pools P-4 et P-5, une action révolutionnaire adoptée par la force des choses et qui sans ce contexte n’aurait même jamais été imaginée.

« Aujourd’hui, nous avons à réévaluer l’ensemble des choses que nous faisons. Nous aurons à reconsidérer la façon dont nous établissons le prix du lait et notre façon de faire des affaires. Nous aurons également à comprendre la stratégie des « prix des classes spéciales » des transformateurs. On a trois transformateurs importants au Canada qui transforment 75 pour cent du lait. On ne peut pas se permettre de ne pas comprendre leurs stratégies dans les marchés canadiens et de ne pas travailler avec eux. La stratégie de produire pour un marché canadien et de garder nos piliers devient extrêmement importante. Dans le futur, poursuivait-il, nous devrons nous asseoir avec tous ceux qui veulent vraiment accroître le marché canadien avec des produits qui ont des marques de commerce qui se différencient par une identification visuelle. C’est là que nous nous dirigeons. »

En fait, le marché canadien appartient aux producteurs laitiers qui investissent annuellement 80 millions pour sa promotion et son développement sans compter les initiatives des transformateurs, estime M. Laforge.

L’une des avenues pour continuer à supporter et à stimuler ce marché, estime M. Laforge, serait de renforcer la marque de commerce de la petite vache en intégrant une échelle de valeur où les produits laitiers canadiens fabriqués exclusivement de lait produit au Canada constituerait le summum de la qualité. D’une part, cela conférerait une image haut de gamme au produit tout en répondant aux tendances actuelles du marché où le consommateur désire pouvoir s’appuyer sur un système de référence pour faire ses choix.

Dans cette volonté d’établir des stratégies qui répondent au marché, la question des prix fait surface. « Je pense que les prix du lait aujourd’hui ? par l’établissement des prix cibles pour le beurre et la poudre de lait qui passe par le système ? ne donnent probablement pas des systèmes qui peuvent répondre au marché, sur la base de produits ou de revenus aux producteurs », indiquait M. Laforge. Une concertation de tous les intervenants de l’industrie s’impose afin de se diriger vers un système de prix plus adéquat, croit-il. « Nous devons envisager des scénarios pour nous assurer un meilleur prix moyen pondéré, sans nécessairement majorer le prix du lait et nous assurer une croissance. Voilà les défis. Je crois que l’étiquetage et la réglementation font aussi partie du défi. Nous devons nous articuler davantage sur l’industrie. Certains diront que les transformateurs ne veulent pas tous prendre ce chemin. Donnons-leur au moins le choix. Voyons dans quelle mesure ils sont prêts à travailler de près avec nous. »

Connaître son marché et ses ressources autant que son produit est au c’ur du succès pense M. Laforge qui estime que c’est là une condition nécessaire à l’adoption de stratégies efficaces et novatrices. L’exportation d’une petite quantité de notre production pourrait s’intégrer à cette philosophie. Rien n’empêche la qualité des produits laitiers canadiens d’être reconnue à l’échelle mondiale au même titre que l’est la génétique laitière canadienne qui est un excellent exemple de réussite par la réputation qu’elle s’est taillée. « Nous pouvons faire la même chose pour les produits laitiers. Si nous avons des divergences d’opinion, nous devons les régler. Le régime de prix actuel ne nous laisse pas suffisamment de souplesse pour tenir compte de tous les besoins du marché. Mettons nos énergies à cet objectif ». Un effort qui nécessite la concertation à tous les niveaux et qui permettra d’aller de l’avant et de voir où la croissance peut être stimulée. « Si nous nous adaptons au marché, ce sera une combinaison de ce succès là et d’une réglementation gouvernementale », concluait le président.

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