Volume 29 Numéro 04 Le 5 octobre 2011

Contexte de marché imprévisible

Par Jean-Philippe Boucher, spécialiste de la mise en marché des grains


Les dernières semaines se sont révélées particulièrement éprouvantes et difficiles à suivre du côté du marché des grains.

En résumé, il y a encore 1 mois, tout le monde sur les marchés basait leurs perceptions et spéculait sur la possibilité qu’il y ait trop peu de grains disponibles aux États-Unis pour la prochaine année. Or, suivant deux rapports assez surprenants du USDA, ce contexte a changé pratiquement du tout au tout, ou enfin presque. Disons plutôt qu’il est moins préoccupant qu’il ne l’était.

Sommairement, ce qui s’est passé pour le maïs, c’est que le USDA a tout simplement trouvé un moyen de « gonfler » les inventaires américains de la dernière récolte, de sorte que ceux-ci sont moins maigres que prévu. Selon ses dires, il y aurait eu essentiellement « moins » de consommation au cours de l’été dernier aux États-Unis. Résultat : une hausse des inventaires américains de plus de 5 millions de tonnes qui fait en sorte que même si la récolte américaine de maïs de cette année est moins bonne, la situation sera moins préoccupante pendant la prochaine année.

Mais moins préoccupante… vraiment?

Dans les faits, on peut encore en douter puisque si le USDA ne révise pas à la baisse la consommation dans son prochain rapport mensuel d’octobre ou augmente la quantité récoltée cette année, les inventaires américains seront quand même à leur plus faible niveau depuis 1995-96. Donc à moins que de nouvelles surprises soient encore révélées dans le rapport d’octobre du USDA, on peut toujours penser que le prix du maïs pourrait bientôt se stabiliser. Et si la situation économique dans le monde peut éventuellement reprendre du mieux, on peut même espérer voir le prix du maïs avantageusement gagner à nouveau du terrain. Peut-être pas dans l’immédiat, mais possiblement pendant l’hiver.

Mais il faut mettre un bémol à cette éventualité, car c’est tout simplement impossible à l’heure actuelle de savoir ce que présentera le USDA dans son prochain rapport mensuel d’octobre. Tout ce que nous savons, c’est que certains croient que les producteurs américains obtiendront de meilleurs rendements que prévu, et ce, autant pour le maïs que pour le soya. Ce ne serait cependant pas avantageux pour leur prix sur les marchés.

D’un autre côté toutefois, d’autres croient que les deux derniers rapports du USDA n’ont fait qu’éviter un « choc » de prix. Ceux-ci croient que la situation que connaissent réellement les États-Unis serait beaucoup plus dramatique qu’on le croit. Les inventaires américains seraient beaucoup plus serrés que ce que prétend son département sa récolte s’annoncerait plutôt mal. Bref, selon les adeptes de ce principe, c’est ce que le USDA essaierait de camoufler en jouant avec les chiffres dans l’idée de faire progressivement avaler aux marchés le contexte réel beaucoup plus inquiétant de la situation et éviter ainsi une flambée excessive des prix.

Je ne suis personnellement pas un amateur des théories comme celle-là, étant un éternel optimiste qui croit en l’honnêteté et l’intégrité de ce genre d’institution. Il faut cependant reconnaître une chose : avec le contexte économique particulièrement difficile que connaissent présentement les États-Unis, il est vrai par exemple qu’un « choc » de prix avec du maïs qui se vendrait à plus de 8$US/boisseau serait loin d’être une bonne chose… pour les consommateurs américains et la reprise de leur économie.

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