Volume 34 Numéro 18 Le 26 mai 2017

Coup d’œil sur le bilan des prochaines récoltes


• Si l’on se fie au passé, les jours de réserve américains et mondiaux de maïs devraient rester encore élevés. À priori, on ne peut s’attendre pour autant à une flambée des prix dans le maïs.

Par Jean-Philippe Boucher pour Financement agricole Canada (FAC)


  • Si l’on se fie au passé, les jours de réserve américains et mondiaux de maïs devraient rester encore élevés. À priori, on ne peut s’attendre pour autant à une flambée des prix dans le maïs.
  • Le nombre de jours de réserve aux États-Unis et de jours de réserve dans le monde reste élevé dans le soya. On retient cependant que la demande restera ferme aussi. Ceci n’est certainement pas mauvais pour les perspectives de prix de la fève.
  • À l’image du maïs et du soya, on constate que le nombre prévu de jours de réserve aux États-Unis et de jours de réserve dans le monde restera très élevé dans le blé; encore très près de sommets historiques. Ceci jette une ombre sur les perspectives de prix.

Dans le détails

Le 10 mai dernier, le Département américain de l’agriculture (USDA) a présenté ses premières projections de ce que seront les bilans de l’offre et de la demande de grains pour la prochaine année de récolte aux États-Unis comme dans le monde (2017-2018). Pour l’occasion, beaucoup de chiffres ont été présentés desquels on peut tirer de multiples interprétations, analyses et conclusions. Pour débroussailler ce trop-plein d’information et en dégager rapidement un portrait global, une approche intéressante demeure de jeter un coup d’œil au ratio inventaires/consommation ou encore au nombre de jours de réserve.

Brièvement, cette approche consiste à simplement diviser les inventaires par la consommation prévue de grains. De cette manière, on remet en perspective l’évolution des stocks en tenant compte de la pression que peut ou non exercer la demande sur ceux-ci. Plus le ratio est faible, plus la disponibilité anticipée de grains sera précaire. Plus le ratio est élevé, plus la situation sera confortable. Le nombre de jours de réserve repose sur le même calcul, mais le pourcentage du ratio est converti en jour, de sorte qu’il apparaît souvent plus simple à interpréter; si les jours sont élevés c’est que nous avons beaucoup de grains disponibles et vice versa.

Et maintenant, qu’est-ce que nous disent ces chiffres du USDA?

Maïs

De son creux de seulement 27 jours en 2012-2013, le nombre de jours de réserve aux États-Unis n’a cessé de croître pour plus que doubler à 57 jours cette année. Mais, après pratiquement cinq ans de recul continu des prix, il semble finalement que le vent tourne.

Pour l’an prochain, les intentions d’ensemencement sont à la baisse alors même que la consommation reste en progression. Résultat, le nombre de jours de réserve est finalement en recul, passant à 54 jours aux États-Unis. De façon similaire, il est aussi en baisse dans le monde à 68 jours. Ceci laisse présager de meilleures perspectives pour les prix. Mais, attention…

Qui dit disponibilité moins grande de maïs ne dit pas pour autant que nous serons en contexte précaire l’an prochain. En fait, si l’on se fie au passé, les jours de réserve américains et mondiaux devraient rester encore élevés. À priori, on ne peut s’attendre pour autant à une flambée des prix dans le maïs.

Soya

La situation est assez intéressante dans le soya. Malgré des niveaux de production qui devraient rester très élevés, dans le monde, le nombre de jours de réserve est appelé à reculer de son sommet cette année de 99 jours à 94 jours l’an prochain.

Aux États-Unis, la hausse de la demande et des exportations américaines anticipées l’an prochain ne devrait pas permettre pour autant d’absorber adéquatement l’offre plus importante à l’horizon. Ainsi, on peut entrevoir une cinquième année de hausse du nombre de jours de réserve aux États-Unis à son plus haut en 10 ans à 41 jours.

Le signal apparaît donc mixte pour les prix l’an prochain, d’autant que comme pour le maïs, historiquement, le nombre de jours de réserve aux États-Unis et de jours de réserve dans le monde reste élevé. On retient cependant que la demande restera ferme malgré des niveaux de production très élevés. Ceci n’est certainement pas mauvais pour les perspectives de prix du soya.

Blé

Le cas du blé est plus particulier. Sans surprise, aux États-Unis, les ensemencements à leur niveau le plus faible depuis 1919 ne sont pas sans conséquence, avec un recul marqué de production tous types de blé confondus. Résultat, le nombre de jours de réserve encaisse un brusque recul de 189 à 152 jours. Par contre, dans le monde, même avec un recul de la production mondiale, une baisse anticipée de la consommation laisse entrevoir un nombre de jours de réserve pratiquement sur le neutre qui passe de 45 à 44 jours.

À l’image du maïs et du soya, on constate aussi que le nombre prévu de jours de réserve aux États-Unis et de jours de réserve dans le monde restera très élevé; encore très près des sommets historiques. Ceci jette une ombre sur les perspectives de prix.

En somme, ce qu’on retient de cette brève analyse à partir du nombre de jours de réserve est que les prix des grains s’appuient sur des bases plus solides pour la prochaine année. Par contre, l’offre restera à priori encore très élevée. On ne peut donc s’attendre encore à un retour définitif à la hausse. Bien entendu, il faut garder à l’esprit qu’il s’agit toutefois de premières projections. Dans les faits, la saison ne fait que débuter, et encore plusieurs imprévus météo pourraient encore changer rapidement la donne.

Jean-Philippe Boucher agr., MBA, est consultant en mise en marché des grains, fondateur du site Grainwiz, de l’hebdomadaire des marchés agricoles (LFMA) et co-fondateur de la Tournée des Grandes Cultures du Québec. Il est également chroniqueur et blogueur pour le Bulletin des agriculteurs, formateur et conférencier. Pour le rejoindre : jpboucher@grainwiz.com.

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