Le 18 mai 2005

Coupure massive au budget du MAAO? ? Le ministre dit pas vraiment

Par Pierre-Alain Blais


Au contraire de ce qu’a pu laisser croire la lecture du budget de l’Ontario, le 11 mai dernier, soit une coupure de 169 millions au budget de fonctionnement du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation de l’Ontario (MAAO), ce serait plutôt d’une hausse modeste de 15 millions de dollars dont aurait hérité le ministère, selon le ministre Steve Peters.

Le ministre Steve Peters, a tenu à expliquer l’ambiguïté des chiffres publiés dans le budget que d’aucuns ont interprétée comme une coupure sévère de 23% que le gouvernement aurait fait subir à ce ministère. « Contrairement à certains rapports, le financement du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation de l’Ontario n’a pas été réduit. En fait, il a été augmenté », affirme-t-il.

Selon les documents officiels du budget, les charges de fonctionnement du MAAO sont estimées à 733 millions pour le dernier exercice financier, alors que seuls 564 millions sont prévus pour le budget 2005-2006 (selon le tableau « A4 »).

Ce qui semblait une coupure évidente de 169 millions au budget de fonctionnement du MAAO, Steve Peters l’explique en disant qu’il y a eu des « dépenses additionnelles » qui se sont ajoutées en cours d’année au budget de son ministère, faisant passer le budget de base (core budget) de 549 millions à quelque 733 millions. Sans donner de détails très précis, le ministre laisse croire que ces dépenses additionnelles seraient attribuables à des programmes d’aide financière que le gouvernement de l’Ontario a versé aux agriculteurs pour la crise de la vache folle et la baisse des prix des grains.

Or, et c’est ce qui a dérouté tous les analystes, une deuxième ligne budgétaire au budget du MAAO indique des investissements « uniques et extraordinaires » de 444 millions de dollars, que le ministre Peters explique aussi par des aides financières ponctuelles pour les éleveurs de bétail, les producteurs de grains et de tabac.

C’est ainsi qu’ignorant les aides ponctuelles, Steve Peters affirme que son ministère aurait bénéficié en réalité d’une faible augmentation de 15 millions de dollars de son budget de base, lequel aurait passé de 549 à 564 millions pour la prochaine année fiscale.

Un budget qui ignore l’agriculture
Pendant que la controverse continue au sujet d’une coupure véritable ou pas, les organisations agricoles se sont déclarées très déçues: « Les agriculteurs qui ont écouté Greg Sorbara lisant son discours du budget mercredi dernier ont dû ressentir une immense déception », commentait à chaud Ron Bonnett, président de la Fédération de l’agriculture de l’Ontario (FAO).

« Alors que l’agriculture était mentionnée dans quatre paragraphes du discours du ministre des Finances, aucun nouvel investissement n’a été annoncé pour le secteur », commente M. Bonnett.

La FAO, dans un mémoire pré-budgétaire, a rappelé au gouvernement de l’Ontario que les difficultés des agriculteurs sont loin d’être résolues: le secteur des grains et des oléagineux s’attend à perdre encore 300 millions de dollars en 2005, les éleveurs de bovins continuent à cumuler leurs pertes alors que la frontière reste fermée. Des montants supplémentaires de cet ordre auraient dû être prévus dans le budget 2005 mais ce n’est pas le cas, affirme la FAO.

Pierre Bercier, président de l’Union des cultivateurs franco-ontariens, a déclaré à Agricom que l’explication du ministre Peters, quoique techniquement valable, ne rassurait d’aucune façon les agriculteurs. « Il n’y a rien dans ce budget qui nous permet d’espérer que le gouvernement provincial prendra en compte la crise actuelle qui perdure en 2005 », a-t-il conclu.

Pendant ce temps, « les agriculteurs qui doivent consentir des investissements de taille pour se conformer à la panoplie de nouveaux règlements environnementaux de la province n’ont reçu aucune bonne nouvelle dans le budget », déclare Ron Bonnett. « Et les producteurs de fruits et de légumes qui ont besoin d’une couverture étendue du programme d’autogestion des risques ont été ignorés ».

À part le prix de consolation d’une chaire d’agriculture de 3 millions à être créée à l’Université de Guelph, « l’engagement le plus « agricole » du ministre Sorbara [?], ce n’est certainement pas un budget très encourageant pour un agriculteur ontarien », conclut Ron Bonnett.

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