Volume 31 Numéro 04 Le 11 octobre 2013

Cultiver pour la diversité culturelle


Quoi que très différente de l’épinard traditionnellement cultivé et consommé par les Canadiens, l’amarante se cuisine pourtant de la même façon : en sautés, en salade et même cuite à la vapeur. Photo ILessard

Isabelle Lessard

Par Isabelle Lessard
Rédactrice en chef
redaction@journalagricom.ca


Déclinée en vert et en rouge, l’amarante, ou queue-de-renard, est particulièrement utilisée au Canada en horticulture ornementale. Mais cette plante fait pourtant saliver les Afro-Caraïbéens et les Asiatiques qui connaissent plutôt les propriétés culinaires de ce qu’ils appellent l’épinard.

Quoi que très différente de l’épinard traditionnellement cultivé et consommé par les Canadiens, l’amarante se cuisine pourtant de la même façon : en sautés, en salade et même cuite à la vapeur. Or, il est très difficile pour les immigrés d’origine afro-caraïbéenne de s’en procurer ici, en Ontario.

« Nous nous sommes dit que parce que nous consommons beaucoup d’amarante dans nos pays et qu’on ne peut pas en trouver ici localement, il valait mieux nous lancer dans cette production », raconte à notre journaliste Pierre Jacques Vil, un Haïtien d’origine et chargé de cours au Campus d’Alfred auprès d’immigrants.

C’est donc sur un terrain de la Commission de la capitale nationale opéré par l’organisme Alimentation juste que Pierre Jacques Vil et son équipe ont mis leurs connaissances agraires à profit pour cultiver leurs épinards.

Grâce au Programme de fermes en démarrage d’Alimentation juste, une sorte d’incubateur agricole, la microentreprise Biogarden bénéficie d’une parcelle d’un quart d’acre sur laquelle ont aussi été semé de l’okra, des pois mange-tout, des haricots, des piments forts et des aubergines, tous des produits qu’ont l’habitude de retrouver dans leur assiette les Haïtiens et les Africains.

Mais toutes les cultures n’ont pas donné le succès escompté, car il a été difficile d’acclimater ces plantes tropicales, dont la majorité des semences proviennent d’outre-mer, aux climats ontariens. Quelques ajustements seront nécessaires au cours des prochaines années pour assurer le succès de leurs cultures, Pierre Jacques en est conscient. C’était d’ailleurs le but de cette année : s’accorder une saison pour faire des tests et ensuite rédiger un plan d’affaires plus sérieux pour rentabiliser leurs activités.

Quoi qu’il en soit, les produits disponibles se sont très bien vendus au sein de la communauté afro-caraïbéenne. Déjà plus d’une trentaine de clients s’approvisionnaient régulièrement auprès de Biogarden.

Au cours des deux prochaines années, le groupe d’agriculteurs songe à diversifier son offre pour répondre davantage à la demande de la population immigrante. Ils ajouteront par exemple à leur liste de produits des feuilles de citrouilles.

« Si on a une serre, on produira certainement d’autres cultures qui pourraient plaire à une plus grande diversité d’ethnies culturelles », lance Pierre Jacques.


Un projet rassembleur

Ce projet-pilote a non seulement permis au groupe d’agriculteurs de développer un réseau de clients, mais aussi de se créer un cercle d’amis de même origine.

« La véritable réussite de notre projet a été de rassembler la communauté afro-caraïbéenne qui était complètement déconnectée », confie Pierre Jacques.

Pierre Jacques est de ceux qui ont immigré au Canada à la suite du tremblement de terre survenu en 2010 en Haïti. Il raconte que sa famille et lui n’ont pas nécessairement eu de difficultés à s’adapter aux coutumes canadiennes, mais il avoue que pour un immigrant qui ne connaît absolument rien aux aliments vendus et consommés au Canada, il est plus difficile de s’intégrer à leur nouveau pays d’adoption.

« C’est pourquoi nous voulons produire; pour avoir un contact avec la communauté et pour que les gens qui viennent d’ailleurs ne se sentent pas dépaysés par rapport à ce qu’ils avaient l’habitude de consommer, raconte l’agronome haïtien. C’est ce problème que nous avons ici. Les gens immigrent ici, mais n’arrivent pas vraiment à s’acclimater. »

 

Alimentation juste

Le Programme de ferme en démarrage offre depuis cette année la chance à une douzaine d’équipe d’agriculteurs de démarrer une production de fruits et de légumes biologiques. Moyennant des frais d’inscription de 1 600 $, les producteurs bénéficient d’une parcelle de terrain d’un quart d’acre la première année, d’un demi-acre la deuxième et d’un acre complet la troisième pour cultiver les végétaux de leur choix.

En plus du terrain, un système d’irrigation, un espace d’entreposage pour la machinerie,  un entrepôt réfrigéré, un poste de lavage pour les aliments et un kiosque de vente sont offerts aux participants pour faciliter la réussite de leur projet. Une panoplie d’ateliers tous plus intéressants les uns que les autres sont donnés par des experts dans le domaine maraîcher.

« Chaque fermier doit avoir l’intention de démarrer son entreprise, ce n’est pas simplement pour son propre jardin. Nous leur offrons notre soutien, mais chaque ferme est responsable de sa production et de sa mise en marché. »

Il s’agit d’un tout nouveau projet pour l’organisme ottavien Alimentation juste (Just Food), mais on en parle déjà comme un succès, si bien que les organisateurs songent peut-être à y introduire l’élevage de petits animaux au cours des prochaines années.

Par ce projet, Alimentation juste a pour but d’augmenter l’accès aux aliments cultivés, récoltés, élevés et transformés localement, de façon écologique.

L’organisme gère aussi en collaboration avec la ville d’Ottawa 44 projets de jardins communautaires, soit plus de 2000 lots répartis aux quatre coins de la zone urbaine de la capitale nationale.

Avis à ceux et celles qui auraient envie de tenter l’expérience, Alimentation juste reçoit les demandes pour la saison 2014 jusqu’au 31 octobre prochain. Pour plus d’informations : Leela 613 699-6850 poste 15 ou www.alimentationjuste.ca/programme-de-ferme-en-demarrage.

 

 

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