Volume 29 Numéro 21 Le 6 juillet 2012

Cultivons l’avenir 2 L’industrie retient son souffle


Par Isabelle Lessard, journaliste
redaction@journalagricom.ca


Les observateurs de la scène politique agricole retiennent leur souffle. Les gouvernements fédéral et provinciaux négocient le contenu du prochain programme quinquennal Cultivons l’avenir 2 et les informations qui ont filtré dans les médias laissent croire qu’Agri-stabilité pourrait écoper d’avantage que ce à quoi on s’attendait.

Les rumeurs font état de coupures importantes au programme de gestion des risques. En fait, trois scénarios seraient envisagés : faire passer le seuil de déclenchement fixé à 70 %, 50 % ou tout simplement éliminer le programme.

Actuellement, un agriculteur œuvrant dans une production non contingentée et ayant subi des pertes de production, une augmentation des coûts de production ou dont les conditions du marché auraient été défavorables au niveau financier peut recevoir une compensation. Agri-stabilité couvre la différence si les ventes de l’entreprise diminuent en dessous de 85% de sa moyenne établie.

Le financement d’Agri-stabilité est partagé entre les gouvernements fédéral et provinciaux dans un ratio de 60:40.

Patrick Girard, responsable des relations avec les médias d’Agriculture et Agroalimentaire Canada n’a cependant pas confirmé les rumeurs.  «Des options continuent à être soulevées et aucune décision n’a encore été prise», a-t-il répondu à Agricom.

Il soutient que les négociations visent à «faire en sorte que les programmes de soutien du revenu agricole aident le secteur à devenir plus compétitif à long terme».

Conséquences désastreuses
En 2010, par exemple, Agri-stabilité avait versé des paiements compensatoires de près de 65 millions $ aux producteurs agricoles ontariens.

Selon Amy Cronon, présidente du Ontario Agricultural Sustainability Coalition, de telles coupures pourraient être catastrophiques pour la province. Dans un article publié sur le site du quotidien en ligne iPolitics, elle mentionne qu’«une réduction aussi significative, se traduisant par une coupure plus de 425 millions $ pour l’Ontario au cours des cinq prochaines années du programme, serait préjudiciable à l’économie rurale de l’Ontario et affecterait tous les produits qui ne sont pas soumis au système de gestion de l’offre ».

En se basant sur les paiements effectués entre 2003 et 2011, cela se serait traduit par une réduction des paiements aux agriculteurs de plus de moitié, rapporte Mme Cronon.

Désinvestissement du fédéral
Selon le président de la Fédération canadienne d’agriculture (FCA), Ron Bonnett, les coupures totales du budget du programme original Cultivons l’avenir pourraient atteindre jusqu’à 430 millions $ par année pour l’ensemble du Canada.

 «C’est un gouvernement qui se désinvestit tranquillement dans plusieurs secteurs, incluant l’agroalimentaire, s’est contenté de dire Sylvain Charlebois, doyen intérimaire au College of Management and Economics à l’Université de Guelph. C’est conséquent à ce que l’on voit depuis un an, depuis le dépôt du budget, donc ce n’est pas surprenant en soi. C’est une nouvelle philosophie, une nouvelle approche », a-t-il confié, sans être surpris par la nouvelle.

Selon M. Charlebois, cela amènera l’industrie à agir de façon plus responsable.

Décision unilatérale ?
Rejoint par téléphone, le président de la FCA a exprimé ses craintes quant aux coupures que l’on prévoit faire. Selon lui, peu d’organisations agricoles sont impliquées dans le processus de prise de décision, donc il réclame des consultations publiques.

«La communauté agricole doit participer au processus de discussion et cette décision ne doit pas être prise à huis clos. S’il doit y avoir des changements aussi radicaux, les fermiers doivent être impliqués dans cette discussion», croit M. Bonnett. Il s’est dit prêt à intervenir et à dialoguer si on lui fournissait l’occasion.

Les négociations devraient se conclure d’ici l’automne puisque le cadre actuel de Cultivons l’avenir vient à échéance le 31 mars 2013. Mais voilà que la prochaine réunion prévue du 12 au 14 septembre prochains à Whitehorse, au Yukon, a été devancée au 6 juillet. Au moment de mettre sous presse, la réunion n’avait pas eu lieu donc il nous est impossible de rapporter les détails de cette rencontre.

Quant à la rencontre de septembre prochain, le porte-parole affirme qu’elle aura tout de même lieu à la date prévue.

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