Volume 35 Numéro 12 Le 16 février 2018

De la Hollande jusqu’au Canada


« Le Casta Bianco, bateau sur lequel mes grands-parents ont traversé l'Atlantique en 1951. » - Evelyn Levac

Par Evelyn Levac


Le 26 décembre nous avons célébré Noël sur le bord de ma mère; le bord des Smits. La fête se déroulait comme d’habitude jusqu’à l’heure des cadeaux où une surprise nous attendait.  Ma tante Rita, la sœur aînée de ma mère, a distribué de petites boîtes à tous mes oncles et mes tantes ainsi qu’à tous mes cousins. Ces coffrets contenaient des photos et des documents retraçant l’histoire de notre famille de la Hollande jusqu’au Canada. J’ai toujours eu connaissance de mes racines néerlandaises, mais la langue, la culture et l’océan qui me sépare de la terre natale de mes grands-parents maternels ont toujours freiné mon intérêt. Cependant, ces simples photos m’ont, en quelque sorte, rapprochée de cette partie de mon histoire que j’avais, jusque-là, un peu mise de côté. J’ai donc décidé de découvrir les raisons qui ont poussé mes grands-parents, John et Dora Smits, à immigrer au Canada au début des années 50.

                John Smits et Dora Smits (née Smulders) sont nés en 1926 dans des villages voisins au sud de la province de la Hollande aux Pays-Bas. Les deux ont respectivement grandi sur des fermes. Lorsque la Deuxième Guerre mondiale a éclaté en 1940, ils avaient 14 ans. L’occupation allemande des Pays-Bas fut un temps de destruction, de peur et de privation à travers le pays entier. «On entendait souvent des bombardements. À quelques reprises, nous sommes restés cachés, moi et mes dix frères et sœurs, pour quelques semaines dans notre petit poulailler quand on les entendait approcher», a souvent raconté ma grand-mère qui était l’aînée de sa famille. La libération des Pays-Bas en 1945 par nos troupes canadiennes a marqué la veille de la fin de la guerre et le début d’une relation spéciale entre les deux pays.

                La Deuxième Guerre mondiale a laissé les Pays-Bas avec une économie défaillante et tout un pays à reconstruire. Plusieurs digues ayant été détruites par les occupants allemands, la superficie des terres cultivables a été drastiquement réduite. Il n’y avait plus assez de terre pour accommoder les agriculteurs néerlandais. En conséquence, le gouvernement néerlandais a décidé d’encourager l’immigration en signant un accord bilatéral sur l’immigration avec le gouvernement canadien qui, de son côté, cherchait à accroître sa population rurale. Grâce à cette initiative, le Canada a accueilli 94 000 immigrants néerlandais entre 1947 et 1954 dont 80% provenait du milieu agricole. La plupart d’entre eux ont décidé de s’établir en Ontario ou en Alberta. « Le 26 avril 1951, le jour après nos noces, nous avons pris le bateau qui nous mènerait au Canada avec comme seul bien,  un kist (un gros coffre en bois) rempli d’articles ménagers et presque 100 dollars dans nos poches. La traversée a pris douze jours », m’a dit ma grand-mère. En arrivant, mon grand-père a travaillé sur une ferme dans la région de Mannotick pour quelques années avant d’acheter sa propre terre à Navan, à l’est d’Ottawa, pour y fonder une ferme laitière. D’ailleurs, cette ferme est maintenant opérée par une 3e génération de Smits.

                Petit à petit, mes grands-parents ainsi que les autres immigrants néerlandais se sont adaptés aux mœurs de leur terre d’accueil tout en contribuant avec leur culture, leur travail, leur aplomb et leur descendance à leurs nouvelles collectivités. Dans nos communautés rurales ontariennes, l’agriculture semble être une nécessité qui nous unit tous malgré nos origines diversifiées. Dans mon cas, ce domaine me rapproche aussi de mes prédécesseurs, dans ce pays ou dans un autre.  

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