Volume 30 Numéro 08 Le 5 décembre 2012

De maigres compensations pour le foin


Photo courtoisie Tatiana Makotra

Isabelle Lessard

Par Isabelle Lessard
Rédactrice en chef
redaction@journalagricom.ca


Le manque de précipitations n’a pas fini de faire jaser. Les compensations faméliques d’assurance récolte reçues par certains producteurs de l’Est ontarien les font sortir de leurs gonds, si bien que plusieurs d’entre eux songent à ne plus assurer leurs récoltes de foin.

« Les assurances, c’est bon jusqu’à ce qu’ils ne payent pas », s’insurge Jacques Laflèche, un agriculteur de St-Albert qui n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi il n’a pas eu de dédommagement pour les pertes de fourrage. Il a confié à Agricom avoir accumulé des factures de près de 14 000 $ cette année seulement en achat de foin.

À titre d’exemple, son champ de 40 acres de foin lui donne habituellement un rendement de 160 balles rondes, alors que cette année, il n’en a sorti que 71. Il s’en désole.

Et il n’est pas le seul. À une quarantaine de kilomètres de sa ferme, Christian Baumgartner, de Sarsfield,  a acheté pour près de 9 000 $ de fourrage jusqu’à ce jour pour nourrir son troupeau de 130 vaches laitières. Il a pourtant payé une cotisation de 600 $ cette année pour assurer ses récoltes, mais il n’a lui non plus reçu aucun chèque.

Agricorp se défend en affirmant que les agriculteurs étaient au courant dès le début de l’année qu’il s’agissait d’un programme basé sur la quantité de précipitations et qui ne prend en compte aucun autre facteur, comme la chaleur excessive.

« On avait l’habitude de dire que si on avait de la pluie, on aurait du foin. Mais là avec les conditions changeantes et la chaleur, il y a d’autres facteurs à prendre en considération », explique Réjean Leclerc, d’Agricorp.

« Cette année, ce qui s’est produit, et je te dirais que ça fait deux ans de suite dans certaines régions dans l’est de l’Ontario, c’est que nous avons reçu tout près du 80 % de pluie, poursuit-il. Sauf que ce qui a posé problème, c’est que nous avons eu des excès de chaleur, donc la même quantité de pluie [qu’à la normale] n’a pas eu le même effet [sur les cultures].

La région la plus touchée par la sécheresse en 2012, Renfrew, n’a reçu que 57 % des quantités de précipitations normales. Près de la moitié des sommes accordées en compensation a été versée aux agriculteurs de ce comté, soit 2,6 millions $.

À titre comparatif, Prescott-Russell a reçu 127 000 $, Ottawa 67 000 $, Stormont, Dundas et Glengarry 60 000 $, Lanark 57 000 $ et Leeds-Grenville 26 000 $, sur un versement de 5,7 millions $ répartis sur 800 assurés.

Méthode de calcul
La méthode de calcul d’Agricorp est basée sur une moyenne de précipitations des 45 dernières années au cours des mois de mai à août. L’assurance émet des compensations lorsque les quantités de pluie sont inférieures à 80 % de la quantité moyenne établie dans une région donnée.

Or, les quantités mesurées en mai et au début du mois de juin ont somme toute été presque suffisantes, mais il n’a pratiquement pas plu pendant les cinq à six semaines suivantes. Même si la pluie a humidifié les sols après cette période, « le total des quatre mois nous mène tout près du 80 %, ou juste au-dessus du seuil de réclamation », explique M. Leclerc.

Un autre facteur responsable des différences entre les remboursements reçus par les agriculteurs est la station de pluviomètre à laquelle les agriculteurs ont choisi de s’associer. C’est la raison pour laquelle un producteur peut n’avoir reçu aucune compensation, alors qu’un autre situé qu’à une dizaine de kilomètres de distance peut quant à lui avoir reçu un montant satisfaisant.

Révision du programme
Comme plusieurs autres agriculteurs, Christian Baumgartner n’a pas l’intention de renouveler sa prime l’année prochaine, tout comme l’a fait l’un de ses voisins, Nicholas Dessaint, l’année passée. Ils se disent que si avec une année sèche comme celle-ci ils n’ont rien reçu, à quoi bon continuer.

En 2012, la Fédération de l’agriculture de l’Ontario et l’Association des sols et récoltes ont toutes deux demandé à Agricorp de réviser le programme afin d’apporter des améliorations pour les années futures.

« Le plan a été revu et amélioré plusieurs fois ces douze dernières années, en 1998, 2005 et 2009, confie la porte-parole d’Agricorp, Debbie Brander. Les discussions sont en processus avec le MAAARO et Agricorp et des groupes clés qui veulent réévaluer le programme. »

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