Le 18 mars 2004

De père en fils, l’acériculture est un art qui se transmet chez les Lavigne

Par Chantal Quirion


Corvée d’entaillage familial chez les Lavigne de Ste-Anne-de-Prescott, dans l’extrême Est ontarien. Photo courtoisie.

À Ste-Anne-de-Prescott, Alain et Jean-Pierre Lavigne accueillent le printemps avec plaisir. Pour eux le doux temps qui s’installe le jour pour repartir la nuit, signifie l’arrivée du temps des sucres!

Chez eux, il s’agit d’une activité familiale qui se perpétue depuis plus de quatre générations. Les onze cents érables qu’ils entaillent chaque année sont les mêmes que ceux entaillés par l’arrière-grand-père d’Alain Lavigne, après qu’il se soit porté acquéreur de cette terre en 1857. Cette érablière qui n’a connu aucune coupe à blanc, possède des arbres gigantesques et en santé.
Aussi loin qu’il se souvienne, Alain Lavigne possède des souvenirs rattachés à la cabane à sucre dans laquelle il bouille encore aujourd’hui. C’est en observant son grand-père qu’il s’est initié à l’acériculture. Avec son père, il a continué à perfectionner son art pour arriver au beau produit clair et doré dont il fait sa fierté.

Ses frères, ses neveux ainsi que ses fils Marc-André et Roch, viennent à l’occasion pour aider, mais c’est principalement avec son fils Jean-Pierre, qu’il partage cette passion.

Les techniques qu’ils utilisent sont traditionnelles et comme au bon vieux temps, les chaudières accrochées renvoient les éclats de lumière. Ils ont toutefois troqué le cheval pour le tracteur et à l’aide de ce dernier, ils déplacent le réservoir dans lequel ils déversent l’eau d’érable.

Selon Alain Lavigne qui aime bien se tenir au courant des développements dans ce secteur et qui assiste régulièrement aux réunions de l’Association des acériculteurs, les changements les plus importants sont survenus dans les méthodes de nettoyage qui ont permis une nette amélioration de la qualité du sirop.

Cette année avec l’acquisition d’un appareil qui permet au sirop de s’écouler automatiquement dès qu’il arrive au degré Brix désiré, la production d’Alain et Jean-Pierre Lavigne, promet d’être encore plus uniforme. Ce qui leur permettra aussi d’entreprendre d’autres tâches comme l’embouteillage, sans risquer de gâcher le contenu de la panne.

En moyenne, ils produisent 150 gallons de sirop par année dont près de 80% est classé dans la catégorie « clair ». Chaque saison est différente et jamais ils ne sont en mesure de faire des pronostics. Néanmoins, les entailles se font généralement au début de mars, après quoi, ils se tiennent sur le qui-vive, prêts à ramasser l’eau à la première coulée.

Alain Lavigne sourit lorsqu’il entend des histoires qui racontent des nuits entières passées à bouillir. Pour lui, il s’agit d’un mythe folklorique, quoiqu’il avoue que cela a bien failli arriver l’an dernier. « La saison a été très tardive et a été concentrée sur à peine quatre jours. Des coulées comme ça, je n’en avais jamais vues! raconte-t-il. Il a bien fallu passer près de 20 heures par jour pour ramasser et bouillir les 1600 gallons d’eau qui arrivaient chaque jour ». Normalement, une bonne coulée avec leur nombre d’entailles, se situe aux alentours de 800 gallons.
Cette année, la saison est assez hâtive et semble des plus prometteuses. Au 13 mars, Alain et Jean-Pierre avaient déjà une quarantaine de gallons de sirop. Règle générale, plus la saison est jeune, meilleur est le sirop. Ils sont donc très satisfaits, d’autant plus qu’ils ont eu peur d’être obligés d’abandonner cette tradition à cause de la nouvelle taxation.

Pour la famille Lavigne, le temps des sucres c’est un peu comme le temps des Fêtes. C’est une occasion de se rencontrer et de partager les plaisirs d’une table bien garnie et bien sucrée!

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