Le 4 septembre 2002

De retour du Vietnam

Par Robert St-Amant


Dans le cadre du Séminaire 2002 de l’Entraide universitaire mondiale du Canada, qui s’est déroulé cet été au Vietnam, Robert St-Amant a agi comme professeur et conseiller d’un groupe de six étudiant(e)s canadiens et de six étudiant(e)s vietnamiens.

Il est 5h15 du matin et c’est lundi le 19 août 2002. J’ai la chemise mouillée, mais pour une fois ce n’est pas la sueur qui l’a rendue dans cet état. Bien non, ce sont les larmes de Tuyet et de Yen, deux de mes filles vietnamiennes.

Nous étions une demi-douzaine, des Canadiens et des Vietnamiens, debout à cette heure, pour faire nos adieux à quatre étudiantes vietnamiennes qui était sur leur départ. Il s’agissait des premières étudiantes à quitter Hanoi parmi le groupe de 66 Canadiens et Vietnamiens participant au Séminaire 2002 de l’Entraide universitaire mondiale du Canada (EUMC) au Vietnam.

Que de sanglots ! Je suis impressionné par tant de tristesse. Je n’ai pas encore compris ni l’étendu de l’affection que me portent mes étudiantes vietnamiennes, ni l’importance que le Séminaire de l’EUMC a représenté pour elles. Nous avons passé six semaines ensemble, nous avons traversé le pays du Nord au Sud, du Sud au Nord, nous avons découvert les Vietnamiens de régions forts éloignées l’une de l’autre. Les étudiants, tant Canadiens que Vietnamiens, ont découvert le Vietnam et eux-mêmes.

Quel beau peuple, que de chaleur, de bonté, d’humilité chez ces jeunes femmes qui nous ont accueillis dans leur pays. Elles ont traduit, en anglais pour nous, leur langue riche et originale. Elles ont interprété, pour nous, leur culture millénaire. Avec leur jeunesse et leurs espoirs, elles ont fait le pont, pour nous, entre l’Occident et l’Orient.

Avec leur générosité simple et intarissable, les Vietnamiens nous ont tout donné même lorsque nous nous sommes montrés exigeants et difficiles. Une belle leçon d’humanité que de vivre en leur présence. Une grande démonstration de valeurs humaines fondamentales: le respect, la générosité, la solidarité, l’amitié.

Encore aujourd’hui, lorsque j’y réfléchis, je ne crois pas avoir jamais connu ce même mélange de bonheur et de tristesse. Je suis triste, moi aussi, de quitter mes filles vietnamiennes. Je ne sais pas si je vais les revoir un jour.

Je suis content, car je réalise la chance que j’ai d’avoir plusieurs enfants adoptifs vietnamiens et même canadiens. Je chéris cette expérience que je ne comprends pas vraiment. Je suis profondément touché. Je suis reconnaissant de la chance que j’ai eue de rencontrer tant de jeunes gens respectueux, généreux, préoccupés par le bonheur des autres.
J’ai appris, en côtoyant les Vietnamiens combien nous sommes égoïstes; combien nous avons de la difficulté à s’oublier, à s’effacer; combien nous pouvons passer à côté des choses essentielles parce que nous sommes préoccupés par nous-mêmes, nos tâches, notre mandat, nos projets, notre ego.
J’ai appris des leçons de réalisme, d’acceptation, de simplicité, de positivisme, des leçons de communication et de vie en commun. J’ai pu constater les fruits qu’il est possible de récolter lorsque nous nous intéressons vraiment aux gens et lorsque nous sommes respectueux.

Je veux rapporter et mettre en pratique les leçons d’humilité et de générosité qui nous ont été données.

Je me suis rendu au Vietnam en me disant que j’aurais peut-être la chance d’avoir un aperçu de la sagesse orientale. J’ai trouvé la sagesse dans un endroit inattendu, chez des bouddhas de 45 kilos. J’ai trouvé plus de sagesse dans les c’urs de mes filles de vingt ans que dans n’importe quel livre que j’ai lu.

Maintenant, il me reste à mettre en pratique ce que j’ai vu.

Robert St-Amant est professeur en Développement international au Collège d’Alfred de l’Université de Guelph.

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