Le 18 février 2004

Dean Bergeron ? un vrai combattant

Par Chantal Quirion


À la suite d’un accident bête, Dean Bergeron perd l’usage de ses jambes et doit faire une croix sur sa carrière au hockey. Il n’abandonne pas pour autant et se forge une nouvelle réputation dans la course en fauteuil roulant. En possession de sept médailles paralympiques et détenteur du record mondial pour le 400-mètres, l’athlète affirme que le processus qui l’a mené à la victoire s’applique tout autant dans la vie.

La vie est une longue succession de décisions à prendre, dont chacune comporte sa part de risque. Est-il normal d’être inconfortable face au risque? Comment savoir que l’on prend LA bonne décision’ Comment s’ajuster? Voici donc, un partage sur cette attitude en présence du risque, et le cheminement de Dean Bergeron à travers les décisions qui furent pour lui marquantes.

Qui est Dean Bergeron’

« Malgré les apparences, je suis un bleuet », dit-il. Ça fait bien rire, parce qu’il a la peau foncée. Ce n’est pas très commun dans la région du Saguenay-Lac-St-Jean, dont il est natif. « Il ne faut pas s’en faire, poursuit-il, les bleuets foncés sont les meilleurs! ».

Dean Bergeron, comme la majorité des jeunes de son âge, pratiquait le hockey et rêvait d’accéder un jour à la ligue nationale de hockey. À quinze ans, on lui offre de joindre les rangs d’une équipe de niveau Midget AAA. La décision est difficile à prendre: rester au sein du nid familial, ou tout quitter pour matérialiser son rêve? Après des mois d’insomnie à confronter le pour et le contre, Dean plie finalement bagage et entreprend le périple.
Un an plus tard, le voilà à nouveau confronté à un choix de taille. Il est repêché par la Ligue de hockey junior majeure du Québec (LHJMQ) alors qu’il entrevoyait étudier dans un collège américain où il aurait pu concilier sport et étude. Une fois encore, sa vision l’emporte et il mise tout sur le hockey. Dès lors, on le retrouve avec les Cataractes de Shawinigan, avec lesquels il se blessera au cours d’une joute simulée.
Vaincre la peur

« On dit souvent que la peur paralyse, raconte Dean Bergeron. Moi, j’aime bien dire aussi, que la paralysie, fait peur ».

Au début de sa période de réadaptation, il a peur de tout: de perdre ses amis, de tomber en bas de son fauteuil, de ne plus être respecté ou encore d’être pris en pitié, bref, il ne vit plus, il subit.

Viendra enfin le jour où, il recommencera à prendre des risques, le jour où sa vie retrouvera un sens et qu’il se sentira à nouveau, maître de sa destinée.

Des concepts simples, mais si facile à oublier
Malgré certains préjugés, il s’initie à la course en fauteuil roulant qu’il finira par considérer comme un sport véritable. Il y puisera une leçon de vie, qu’il transpose depuis, dans sa vie de tous les jours et qui lui permette de se réaliser pleinement. Celle-ci tient en trois mots: la planification, la préparation et l’action.

C’est suite à une déception, qu’il fut confronté à l’importance de la préparation. En 1992, armé de beaucoup de potentiel mais de peu de préparation, il se voit refusé au sein de l’équipe canadienne pour les Jeux paralympiques de cette même année. Au début, il se sentit révolté mais un regard critique l’obligea à admettre qu’il n’était pas prêt.
Il entreprit un entraînement en vue des prochains Jeux. Un problème se pose alors, comment conserver sa motivation sur une aussi longue période?

Établir des objectifs

Des objectifs, voilà ce qu’il fallait! Clairement définis, et répartis en court, moyen et long termes. Pour chacun d’eux, établir une stratégie permettant de les atteindre. En plus de décortiquer le plan en étape, ce fonctionnement permet de mesurer la progression. Cela apporte un aspect plus concret qui aide à conserver sa motivation.
Viennent ensuite les étapes de la préparation et de l’action qui selon lui, sont aussi indispensables pour l’atteinte des objectifs.

Une bonne préparation physique et mentale doit permettre d’éliminer tout doute quant à l’issue de l’épreuve. Une fois que l’action est entamée, il faut aller de l’avant et se remémorer les stratégies établies. En aucun cas il ne faut laisser le doute s’installer, sinon l’on risque de paralyser et de passer à côté des opportunités.

Ne pas abandonner

À part ceux qui n’osent rien, personne n’est à l’abri de l’échec. Face à l’échec, deux solutions s’offrent: soit l’on abandonne, soit l’on recommence en corrigeant ce qui nous a fait échouer. Dean Bergeron préfère la dernière option et il continue à repousser toujours plus loin ses limites.

Il ne faut jamais perdre de vue que chaque épreuve est porteuse de leçon à tirer et qu’en abandonnant un projet en cours de route, l’on ne peut bénéficier de tout ce qu’il pourrait apporter. De plus, il y a un effet d’entraînement qui fait que plus on abandonne et plus ça devient facile de le faire. En quel cas, l’on s’éloigne sans cesse des objectifs fixés.

Changer les pourquoi en comment

Quand les choses ne vont pas comme il veut, l’humain normal est porté à se poser la question pourquoi? Mais tant qu’il ressassera la question, il restera tourné vers le passé, au risque tourner en rond. Apprendre à changer les « pourquoi » en « comment » s’impose pour trouver des solutions. Au lieu de se demander « pourquoi ça m’est arrivé? », il faut se demander: « comment vais-je faire pour changer la situation’ »

Pour Dean Bergeron, cela s’est traduit au début par: Comment vais-je faire pour manger seul’ Me laver seul’ Reprendre mes études’ Et il a remarqué qu’à force d’utiliser le comment, les solutions se présentaient de plus en plus rapidement.
Savourer ses victoires

Il y a bien sûr de grandes victoires, mais en générales, elles sont le fruit de toutes les petites qui les ont précédées. Il faut savoir apprécier même les plus petits succès car c’est dans ceux-ci que peut être puisé le courage de continuer.

Savoir mesurer sa chance et son bonheur sont autant de facteurs qui disposent à l’action. « Deux semaines avant mon accident, dit-il, j’étais chez mon oncle et je participais à la récolte des foins.
« Je me rappelle qu’il faisait beau soleil, que j’avais de la sueur partout sur le corps et que j’avais un ?il sur ma cousine qui conduisait le tracteur. Je vivais alors des moments de bonheur, mais je n’en avais malheureusement pas conscience.
« Je ne savourais pas ce que j’avais », continue-t-il. Aujourd’hui il se considère privilégié et sème au passage, une leçon de courage et de détermination.

Quoique très simples en apparence, ces clés pour ouvrir sur la réussite nécessitent passablement de discipline et de renforcement. C’est pourquoi, on ne les répète jamais assez.

Source: Ce texte s’inspire de la conférence de Dean Bergeron présentée dans le cadre du 17e Colloque de l’entrepreneur gestionnaire, organisé par le Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ). Le CRAAQ a également publié un recueil des conférences à cette occasion.

Défier la peur du ridicule

Voici une histoire vécue par Dean Bergeron. L’action se déroule un jeudi soir, dans un centre d’achat bondé en plein centre-ville de Québec.
Ayant déjà observé des personnes en fauteuils roulants qui empruntaient des escaliers mécaniques, Dean Bergeron décide lui aussi de tenter l’expérience. Il visualise les étapes à suivre et s’engage. Malchance! Il oublie un détail fondamental: projeter son corps vers l’avant. Voilà donc son fauteuil qui bascule pendant que lui, se retient après les rampes.

Sous les yeux scrutateurs de nombreux curieux, il fait du sur place en attendant qu’un bon samaritain appuie sur le bouton d’arrêt. Entre temps, ses souliers et son sac poursuivent le même trajet que son fauteuil ce qui renforce encore son sentiment de ridicule.

Malheur, personne ne trouve le bouton et il doit faire une gymnastique incroyable pour arriver à se hisser jusqu’en haut en se traînant sur les fesses où, un comité d’accueil l’attend pointant presque d’un doigt accusateur l’ascenseur d’à côte.

Deux choix se posent alors à lui, ne plus jamais oser, ou réessayer en se servant de cette expérience. Fidèle à lui-même, Dean Bergeron ne prend toujours pas l’ascenseur!

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