Volume 27 Numéro 10 Le 20 janvier 2010

Décès de Rémy Beauregard ? grand défenseur franco-ontarien

Par Pierre Glaude, collaboration spéciale


Rémy Beauregard a été un grand ami de la collectivité agricole franco-ontarienne.

La collectivité agricole franco-ontarienne perd un grand ami. Peu d’agriculteurs franco-ontariens ont connu ou se souviennent de Rémy Beauregard, ce fonctionnaire passionné de francophonie et de droits de la personne. Il est décédé subitement dans son sommeil, en janvier dernier, à l’âge de 66 ans.

Ainsi s’achevait abruptement une brillante carrière en Ontario français et à l’international.

Le journal LeDroit a abondamment parlé de son travail à l’Association canadienne-française de l’Ontario, puis à l’Office des affaires francophones de l’Ontario, de son séjour en Afrique à titre d’expert en matière de droits de la personne et de sa carrière en cours à la Commission des droits de la personne.

Admiration pour le monde agricole franco-ontarien
Ce que peu de gens savent cependant, c’est qu’il avait une profonde admiration pour le monde agricole franco-ontarien et qu’il a eu un impact marquant sur l’avenir de ses institutions.

J’en suis un témoin privilégié et il m’appartient aujourd’hui d’en révéler quelques facettes.

Rémy m’a confié un jour que son admiration pour les gens de l’agriculture a commencé à l’adolescence alors que lui, petit gars de la Basse-Ville d’Ottawa, passait une partie de ses vacances à travailler sur une ferme à Sarsfield dans l’Est ontarien: « C’était du vrai bon monde et en plus c’était plein de belles filles », m’avait-il dit.

C’est en 1991, alors qu’il était directeur général de l’Office des affaires francophones (OAF), que j’ai rencontré Rémy. L’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO) que je dirigeais alors et son journal Agricom qu’elle tenait à bout de bras, étaient pratiquement en faillite.

Pourtant, il y avait une lueur d’espoir. La Loi sur le financement stable des organismes agricoles, que le gouvernement ontarien s’apprêtait à présenter. Mais la partie était loin d’être gagnée car tout s’alignait pour que l’UCFO, petit organisme francophone, en soit écarté.

Suite à ma courte présentation, Rémy décide sur-le-champ d’en faire une mission personnelle: « Je pense qu’on peut la gagner celle-là! », m’a-t-il dit d’un ton déterminé.

Dans un premier temps, l’OAF octroie à l’Union un fonds de dépannage de 40 000$ (nous avions demandé beaucoup moins!). « Je mets cependant une seule condition ? c’est que tu viendras à Toronto faire ton lobby au moins une fois par mois. Il faut que tu rencontres les ministres, les sous-ministres, les critiques de l’opposition, etc. C’est là que ça se passe! »

« Moi, je m’occupe de t?ouvrir les portes et la mienne te sera toujours ouverte quand tu viendras à Toronto ».

Et c’est ainsi que ce fut fait. On connaît la suite: l’UCFO obtient sa juste place dans le cadre de la loi et joui depuis 1993 d’un financement de base annuel stable.

Le Collège d’Alfred aussi
Rémy Beauregard a aussi été un acteur important pour empêcher la fermeture du Collège d’Alfred, une institution qu’il avait à c’ur.

C’était en 1994. Je reçois un appel surprise de Rémy. Il était presque en panique. Il m’informe très confidentiellement que le gouvernement ontarien de l’époque s’apprête à annoncer la fermeture de trois de ses cinq collèges d’agriculture: New Liskeard, Centralia et? Alfred!

Je ne m’y attendais nullement, mais le jour même l’UCFO s’active au téléphone. On rejoint les bureaux de plusieurs ministres ainsi que ceux des critiques de l’opposition.

L’affaire se rend jusqu’au bureau du Premier ministre de l’époque (Bob Rae) qui ne voit pas d’un bon ?il la fermeture du Collège d’Alfred. Rémy fait son travail en coulisse et à la toute dernière minute, le ministre de l’Agriculture ordonne qu’on retire le nom du Collège d’Alfred du communiqué de presse qui doit être envoyé le jour même aux médias.

Enfin, ce que peu de gens savent, c’est que son admiration pour la collectivité agricole franco-ontarienne l’a même amené à poser sa candidature au poste de directeur du Collège d’Alfred en 1997.

Sa réputation de « dur militant franco-ontarien » et son franc-parler, ont cependant fait peur à la majorité du comité de sélection lors de l’entrevue. On lui préféra quelqu’un d’autre.

C’était un mal pour un bien, car Rémy était destiné à une brillante carrière internationale dédiée à la promotion des droits de la personne.
Merci Rémy. Les agriculteurs franco-ontariens te doivent une fière chandelle!

Nos sincères sympathies à tous tes parents et amis et surtout à ton épouse Suzanne qui a su si généreusement épouser toutes nos causes.
Samedi, le 23 janvier, le jour de ton service funéraire, le drapeau franco-ontarien devant les bureaux de l’UCFO à Clarence Creek est en berne.

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