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Décrié par les producteurs de porcs du Québec  ?Bacon, le film’ de l’ONF choque ?en verrat?

Par Pierre-Alain Blais
info.agricom@atreide.net


La Fédération des producteurs de porcs du Québec juge biaisée et malhonnête l’information contenue dans le documentaire ?Bacon, le film’, produit par l’ONF. Le film du jeune réalisateur Hugo Latulippe, dénonçant l’impact environnemental des ?méga-porcheries’ au Québec, ne laisse certainement pas indifférent.

Présenté à la télévision le 12 novembre dernier sur la chaîne Télé-Québec qui est captée dans la vaste région Est ontarienne, et suivi d’une discussion qualifiée de houleuse, le film ?Bacon, le film’ a suscité une vive réaction des producteurs de porcs du Québec. Dans ce film, le réalisateur Hugo Latulippe questionne l’industrie porcine en affirmant «que ces gens ont vite fait de transformer la campagne québécoise en un gigantesque parc industriel, où une poignée de producteurs se disputent le monopole du désastre environnemental».

Bacon, que son réalisateur voulait un cri d’alarme, questionnerait «le sort que les Québécois réservent à leur pays, à l’heure de la mondialisation des marchés». Le film qui ne serait pas vraiment documentaire malgré les apparences, et que le réalisateur a plutôt voulu provocateur et dénonciateur, a suscité de vives réactions de la part de la Fédération des producteurs de porcs du Québec (FPPQ), suite à la diffusion du film à la télévision publique, lundi dernier.

Un film biaisé selon les producteurs
«Même s’il en a la prétention, ?Bacon, le film’ n’est pas un documentaire», fait savoir la Fédération par voie de communiqué, «car il est loin de se plier aux règles du genre, évitant soigneusement [de présenter] l’autre côté de la médaille». La Fédération dénonce entre autres les données manquantes, incorrectes et imprécises dont le film est truffé. Clément Pouliot, producteur de porcs et président de FPPQ, dit carrément que le film est ?malhonnête?. «Il n’y a pas de médaille assez mince pour ne pas présenter ses deux côtés», a-t-il décrié au cours d’une rencontre avec les médias.

La Fédération renchérit en dénonçant l’attention que reçoit ce film qu’elle dit biaisé : «Cela fait maintenant deux mois que certains donnent trop d’attention à ce document propagandiste et que ce film réussit malheureusement à cristalliser encore plus les positions des uns envers les autres sur la base d’un document qui fait insulte à l’intelligence même, tellement il est biaisé».

Le président Pouliot dénonce vigoureusement le film, disant qu’il «s’appuie avec complaisance sur des omissions, des affirmations sans perspective, des faussetés et qu’il, en plus, n’apporte aucune solution». De toute façon, dit la Fédération, «le film viendrait trop tard, parce qu’il soulève des problématiques, notamment sur le plan environnemental, qui sont déjà bien connues du milieu agricole et sur lesquelles les producteurs travaillent depuis plusieurs années».

Les producteurs de porcs se disent humiliés
Les producteurs de porcs québécois estiment que «ce document déphasé trompe le public, car il taît la réalité sur l’agriculture moderne, qu’il met nostalgiquement en opposition avec l’agriculture pratiquée il y a trente ans. Malheureusement, Bacon ne fait qu’élargir le fossé entre les perceptions et la réalité. Est-ce vraiment constructif et dans l’intérêt collectif ?», se demande la Fédération.
Commentant sur la facture du film, le président Pouliot dit que le réalisateur Hugo Latulippe l’a joué. Bien qu’ayant passé plusieurs heures sur sa ferme, il n’aurait «retenu que deux petits clips d’à peine 30 secondes. Il m’a présenté devant mon tracteur, alors que chez moi aussi il y a des arbres, des fleurs et des oiseaux où il aurait pu me camper comme il l’a fait aveccertains autres personnages clés de son film», révèle-t-il.

«C’est assez, qu’on arrête de charrier!», aurait lancé en conférence de presse le président Clément Pouliot, affirmant que les quelque 4 000 producteurs et productrices et leurs familles disent se sentir «humiliés et blessés dans leur amour propre, leur dignité, leur travail de tous les jousr».
«On est loin d’une situation apocalyptique»
Jean-Paul Laforest, directeur du département des Sciences animales de l’Université Laval, se dit «troublé qu’on puisse encenser un film qui a été fait avec une méconnaissance aussi flagrante de la production porcine». Il ajoute que «oui, il y a des enjeux et des défis de taille à relever aussi nombreux dans cette industrie. C’est pour cela que j’incite mes étudiants à oeuvrer en production porcine».

«Néanmoins, on est loin de la situation apocalyptique qui est décrite dans ce film», a poursuivi M. Laforest. «La situation environnementale, au contraire de ce qui est décrit dans le film, bien qu’elle soit dérangeante, n’est pas catastrophique ou cataclysmique, parce qu’on a réagi assez rapidement à une situation qui aurait pu être bien plus dramatique si on l’avait laissée empirer», rajoute le chercheur Laforest.
Une profonde divergence de perception
Dans ce monde complexe, où la perception peut très bien remplacer l’objectivité, la Fédération des producteurs de porcs dément, point par point, les allégations du jeune réalisateur Latulippe. Par exemple, il affirme que «depuis 1998, la production des porcheries augmente de 35 % par année au Québec». Sur la foi de ces chiffres, Hugo Latulippe se permet de prédire qu’ «au nom du rendement et de la productivité, nous courons à notre perte, littéralement, comme si la planète pouvait supporter une croissance indéfinie?».

La Fédération rétorque pourtant que «le cheptel porcin est loin de connaître une croissance effrénée, puisque celle-ci a fortement ralenti depuis 1999, s’établissant à un peu plus de 1 % en 2000». «Par ailleurs, ajoute-t-elle par voie de communiqué, le développement a été étroitement balisé dans les zones où la production est la plus concentrée».
Au sujet des objectifs de croissance établis au sommet de l’agroalimentaire auquel il est fait allusion dans le film, les producteurs ne prévoient «aucune augmentation substantielle du taux de croissance. L’objectif de doubler les recettes d’exportation est avant tout basé sur une augmentation de la transformation au Québec, créant des emplois et de la valeur ajoutée dans l’industrie agroalimentaire».

Une situation environnementale moins noire
Selon Clément Pouliot, «il est déplorable que [le film] Bacon laisse l’impression d’une situation qui se dégrade, alors qu’elle s’améliore». «Les producteurs disposent d’installations d’entreposage modernes, étanches et quelque 98 % des déjections sont ainsi accumulés, sans risque de percolation vers les cours d’eau, en attendant leur épandage ou leur traitement. Plus de la moitié des fermes porcines du Québec ont maintenant un plan agroenvironnemental de fertilisation et les producteurs travaillent à éviter la sur-fertilisation», ajoute fièrement M. Pouliot.
La FPPQ rappelle que la production et la transformation du porc font vivre environ 30 000 personnes au Québec avec des retombées économiques évaluées à pas moins de 3,7 milliards $ par année.
Sorti en salle il y a deux mois, 12 000 personnes avaient déjà vu le film avant sa diffusion la semaine dernière au petit écran, ce qui lui assure d’ores et déjà un succès commercial hors pair pour un film de type documentaire de l’ONF.
 
«Les 4 000 producteurs et productrices et leurs familles se sentent humiliés et blessés dans leur amour propre, leur dignité, leur travail de tous les jours» ? Clément Pouliot, prés. FPPQ

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