Le 21 mai 2003

Denis Perrault de Navan: engagé pour servir sa communauté!

Par Étienne Alary


Lyse et Denis Perrault de Navan. « Les associations sont un véhicule de transfert de connaissances entre la recherche qui se fait et les agriculteurs », estime Denis Perrault. Photo É.Alary.

Qu’ont en commun l’Association pour l’amélioration des sols et récoltes de l’Ontario, la Conservation de la Nation Sud, le Conseil communautaire du Collège d’Alfred et l’Association des viticulteurs de l’Est ontarien’ Ils ont tous eu à un moment ou un autre, au cours des dernières cinq années, Denis Perrault à la présidence. Agricom s’est rendu à la Ferme Perrodale de Navan afin de rencontrer ce producteur laitier impliqué.

Comme pour plusieurs autres personnes, faire du bénévolat pour Denis Perrault, ça va de soi. « Denis est une personne qui aime le monde. Il s’engage afin de servir et de renseigner les gens dans le domaine de l’agriculture et de l’environnement », souligne Lyse Perrault, conjointe de Denis qui l’appui depuis presque 40 ans dans ses engagements.

C’est au milieu des années 60 que Denis Perrault se lance dans le bénévolat. « Lorsque nous sommes venus nous installer ici, à Navan, en 1964, j’ai décidé de m’impliquer pour la première fois. Je me suis alors embarqué dans l’Association pour l’amélioration des sols et récoltes de Russell à titre de directeur », mentionne Denis Perrault.

Rappelons qu’à cette époque, l’entreprise familiale fonctionnait, et fonctionne toujours, en société. « Pour des raisons financières, nous estimions qu’il était préférable d’avoir deux fermes laitières distinctes, soit celle ici à Navan et l’autre ferme, qui est la ferme familiale depuis 1850 et qui est située à l’extrémité ouest de Notre-Dame-des-Champs », indique Denis Perrault.

Au départ, cette société comprenait trois actionnaires: Denis Perrault et ses parents. « Au fil des ans, mes parents ont commencé à transférer leurs actions à deux de mes frères (Bernard et John) et à mon tour, je commence à transférer mes actions à mon fils Pierre », souligne le producteur laitier de Navan.

Nouvelle construction

La Ferme Perrodale présentera un nouveau jour à compter de 2004. « Nous commencerons très prochainement la construction, ici à Navan, d’une nouvelle étable à stabulation libre avec salon de traite. Les deux entreprises seront regroupées sous le même toit et lorsque la construction sera terminée, nous pourrons accueillir une centaine de vaches en lactation », fait remarquer Denis Perrault.

« Cela nous fait un pincement au c’ur de devoir se départir de la ferme située à Notre-Dame-des-Champs mais il est de plus en plus difficile de l’exploiter. Le chemin Navan, sur lequel est située la ferme est une route de plus en plus utilisée et étant donné que nous devons faire traverser les animaux pour les amener au pâturage, cela devient plus dangereux. De plus, il est presque impossible de prendre de l’expansion là-bas à cause du développement résidentiel », énonce Denis Perrault.
Déjà l’an dernier, une partie du terrain appartenant aux Perrault a été vendue afin de permettre la construction de nouvelles maisons en banlieue d’Ottawa.

Un avantage de ce déménagement est qu’il permettra de regrouper toute la machinerie à un seul endroit. « Entre les deux fermes, il y a près de 10 kilomètres et nous perdons énormément de temps sur la route à voyager la machinerie. De plus, les gens sont impatients sur les routes et ils oublient souvent que de la machinerie agricole, ça ne va pas vite », affirme-t-il.

Pas de retraite en vue

Même si Denis Perrault commence à transférer ses actions de l’entreprise à son fils, cela ne veut pas dire qu’il compte prendre sa retraite. « J’appellerais plutôt cela une semi-retraite. Je compte toujours apporter mon aide aux opérations quotidiennes de la production laitière. Mon père est décédé à l’âge de 86 ans et si je me souviens bien, il a travaillé jusqu’à deux semaines avant qu’il ne décède. Je ne dis pas que je vais en faire autant mais tant que la santé me le permettra, je compte continuer », lance Denis Perrault.

La clé qui lui permettra de ne pas arrêter tout de suite se trouve dans les employés. « Une entreprise qui compte sur de bons employés est une entreprise en santé. Une bonne gestion du personnel est essentielle. À la question à savoir quand je vais arrêter de traire les vaches, je réponds que si nous continuons à avoir de bons employés, je pense que je serai en mesure de continuer pour de nombreuses années », soutient l’agriculteur de Navan qui compte cinq employés à temps partiel.
Denis Perrault estime qu’il est important de savoir déléguer. « J’ai toujours eu des employés qui pouvaient fonctionner en mon absence. Il faut les préparer car on ne sait jamais ce que demain nous réserve (maladie, accident, etc.) », croit-il.

Implication = voyage

Savoir déléguer a permis à Denis Perrault de voyager. « Si je n’avais pas confiance dans ma main-d’oeuvre, je n’aurais pas pu m’impliquer autant et sans ces engagements, je n’aurais pas autant voyagé », mentionne le producteur laitier de Navan.
Après de nombreuses années d’implication aux niveaux local et régional, c’est au cours des années 90, que Denis Perrault décide de s’engager à une plus grande échelle. Il a notamment été directeur à l’Association pour l’amélioration des sols et récoltes de l’Ontario. Il a occupé la présidence de l’organisme provincial en 1998-1999. « Cet engagement m’a permis de découvrir ma province. J’ai en effet eu la chance de visiter pas mal tous les comtés », souligne Denis Perrault.
Ce dernier a aussi été président de Conservation de la Nation Sud jusqu’au début du nouveau millénaire. « Avec tous les projets que nous avions, j’ai souvent été absent mais cela m’a permis de voyager au Canada et aussi à travers le monde », indique Denis Perrault en précisant qu’il n’est plus sur l’exécutif de cet organisme depuis quelque temps déjà. « J’ai tout de même gardé des contacts avec eux. Ils viennent de m’approcher pour que je préside leur comité d’assainissement des eaux », ajoute-t-il.

Denis Perrault a toujours cru aussi à la réussite du Collège d’Alfred de l’Université de Guelph. « Dès les débuts du Collège et pendant de nombreuses années, j’ai présidé le comité de recherches du collège », déclare-t-il.

Le membre fondateur de la Fondation du Collège d’Alfred siège également sur le Conseil communautaire du Collège. « Ce conseil a été formé il y a cinq ans lorsque le collège a été transféré à l’Université de Guelph. Il y a trois ans, Pierre Glaude et Denis Pommainville m’ont approché pour que je devienne vice-président du conseil et j’ai accepté. Lorsque Denis Pommainville a remporté ses élections municipales, il a démissionné et j’ai en quelque sorte hérité de la présidence », informe Denis Perrault.

Denis Perrault a occupé la présidence pendant deux ans avant de laisser sa place, il y a quelques mois. « Même si je ne suis plus à la présidence du conseil communautaire, je compte bien y rester à titre de directeur pendant quelque temps encore », mentionne-t-il.

Selon le producteur laitier de Navan, cet engagement envers le Collège d’Alfred pourrait s’échelonner jusqu’en 2008. « J’ai accepté de siéger sur le conseil international du doyen de l’Université de Guelph et cette nomination est pour cinq ans », indique Denis Perrault.

D’après Denis Perrault, ce conseil a été formé pour ouvrir l’Université au monde entier. « Lorsque je regarde autour de la table, il est impressionnant de voir la provenance des gens qui forment le comité, tels que l’Australie, le Danemark, les États-Unis et j’en passe », présente Denis Perrault.

Création de l’AVEO

Les engagements bénévoles de l’individu, ajoutés aux opérations quotidiennes de la ferme laitière comptant plus de 450 acres, ne l’ont pas empêché de s’adonner à la production de vin. « C’est presque par accident si j’ai planté, au printemps 1999, 1000 boutures sur un acre de terrain », lance Denis Perrault. « Je voulais, à l’époque, que le Collège d’Alfred présente un cours sur la viticulture et pour voir à la viabilité d’un tel projet, j’ai décidé d’en faire l’essai », précise-t-il.

Cette idée lui est venue après avoir visité, à la fin de l’année 1997, un vignoble dans la région de Magog. « Le climat de l’Est ontarien et de la région des Cantons de l’Est au Québec est similaire alors je me suis dit que ça vaudrait la peine de tenter le coup », affirme Denis Perrault.

C’est en constatant qu’il n’était pas le seul de la région à vouloir se lancer dans la production de vin que l’idée de former l’Association des viticulteurs de l’Est ontarien (AVEO) a germé. « L’idée de joindre les rangs de l’Association des vignerons du Québec nous a effleuré l’esprit mais cette association existe depuis plus de 15 ans alors que nous, dans l’Est ontarien, nous débutions dans le domaine. Nous n’étions pas au même stade, donc le questionnement que nous avions n’était pas pertinent pour eux », fait-il remarquer.

L’AVEO a donc vu le jour. « C’est surprenant mais l’AVEO a débuté avec six personnes autour d’une table. Il y avait Carole Doran, Paul Buisson, Samuel Gutknecht, Rolland Drouin, Raymond Huneault et moi-même. L’objectif que nous avions à l’époque et qui est encore valable aujourd’hui était l’échange d’information entre les membres. Cela nous permettrait d’aller chercher des gens dans la même situation que nous », énonce Denis Perrault qui occupe la présidence de l’association depuis ses débuts.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y en a des personnes qui désirent obtenir et partager de l’information sur la viticulture. « Nous espérions, à nos débuts, avoir une quinzaine de membres. À la suite de la tenue de notre dernière assemblée annuelle (le 26 avril dernier), l’AVEO compte maintenant 85 entreprises membres », constate Denis Perrault.

Comment le président de l’AVEO explique-t-il cet engouement pour la viticulture? « Tout se passe par le bouche-à-oreille. Nos membres proviennent d’un peu partout dans la région de l’Est ontarien et de l’Ouest québécois et chacun d’entre eux connaît un voisin qui est intéressé à faire son propre vin », présente-t-il. « C’est par le travail d’équipe au sein de notre conseil d’administration que notre association prend de l’expansion », ajoute Denis Perrault.

Ce dernier croit que le nombre d’adeptes pour la viticulture continuera à augmenter. « C’est vrai qu’il est plus facile d’aller acheter une bouteille de vin mais pouvoir faire son propre vin est un passe-temps incroyable. De plus, du côté de l’agrotourisme, visiter un vignoble est un incitatif pour amener les gens vivant en milieu urbain à visiter nos campagnes », déclare Denis Perrault.

Le président de l’AVEO prévoit quintupler son nombre de vignes d’ici quatre ans. « J’aimerais bien me rendre à 5000 vignes afin d’obtenir ma licence de la province pour vendre mon vin à la ferme », souhaite-t-il.

Un seul élément pourrait venir contrecarrer ses plans: la main-d’oeuvre. « Ce qui manque dans la région, c’est du personnel qualifié pour travailler dans un vignoble. Pour l’entretien, par exemple, nous avons la technologie pour aller chercher des conseils mais nous n’avons pas de personnes-ressources pour mettre en pratique ce qui est recommandé », constate Denis Perrault.

Le même constat peut-être fait lorsque vient le temps de trouver des employés pour sa ferme laitière. « Une personne peut obtenir un diplôme du collège ou de l’université sans pour autant avoir de la formation pratique, telle que conduire un tracteur avec de la machinerie. Lorsque je veux embaucher un employé, la première question que je pose est si cette personne a de l’expérience pratique », affirme-t-il.

C’est un peu pour cette raison qu’il a accepté de siéger au sein de la Commission de formation de l’Est ontarien. « Cette commission a pour but de favoriser le développement de la main-d’oeuvre locale par de la recherche, de l’analyse, des études, etc. Pour l’agriculture, on pourrait voir au développement d’une formation de base en agriculture donnée dans un environnement contrôlé », fait remarquer Denis Perrault.

Ce dernier verrait bien le Collège d’Alfred devenir un futur partenaire de ce projet. « Il ne faut pas se le cacher, la relève en agriculture, ce sont des gens de la ville qui veulent s’impliquer. Le Collège pourrait donc offrir cette formation l’été, ce qui permettrait d’apprendre l’aspect pratique du domaine », croit Denis Perrault. « Un futur employé serait donc mieux outiller lorsque vient le temps de se trouver un emploi », conclut-il.

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