Volume 29 Numéro 22 Le 3 août 2012

Des cultures assoiffées font craindre le pire

Par Isabelle Lessard et Koralie Boyer, journalistes
redaction@journalagricom.ca


Les agriculteurs de l’Est ontarien songent à fait appel à l’aide de leurs confrères de l’ouest du pays si la situation s’aggrave. La sécheresse qui perdure dans cette région de la province fait craindre le pire aux agriculteurs qui n’ont jusqu’à présent pas encore effectué leur deuxième coupe de foin. L’une des solutions soulevées serait de demander aux producteurs moins affectés d’envoyer des balles de foin, comme cela a été le cas en 2002 lors de la grande sécheresse qui a frappé l’Ouest canadien.

« Il ne faut pas attendre après l’argent [du gouvernement], parce que par le temps que l’argent arrive [dans nos poches], on peut attendre longtemps. Une [aide] directe des producteurs serait encore mieux »,  pense Philippe Etter, un producteur laitier de Sarsfield et vice-président de l’Union des cultivateurs franco-ontariens.

« En 2002, il y a eu un mouvement de solidarité. Plusieurs agriculteurs avaient envoyé des voyages [de foin] dans l’Ouest. Le groupe s’appelait Hay West », raconte Philippe Etter qui explique la ferme familiale avait elle-même envoyé une centaine de gosses balles carrées en guise de solidarité. Les convois étaient acheminés par train dans les Prairies.

Selon le propriétaire de la ferme Navandale et instigateur du projet de secours lors de la sécheresse il y a dix ans, Wyatt McWilliams, la situation n’est actuellement pas encore assez critique pour faire appel à ses compatriotes de l’Ouest canadien.  « Je crois que certaines régions ont davantage besoin d’aide que nous, avoue M. McWilliams en pensant à la région du Pontiac, en Outaouais. Malgré tout, on aurait besoin de plus de pluie! »

Maïs et foin affectés
Le maïs et le foin semblent être les deux productions les plus touchées par le manque de précipitations dans cette région de l’Ontario. Bien que la région ait été touchée par des orages et qu’une pluie de 40 mm soit tombée le 23 juillet dernier, cela n’a pas été suffisant pour étancher la soif des cultures. Les champs de foin ne poussent tout simplement pas, tandis que les feuilles des plants de maïs jaunissent et roulent sur elles-mêmes, puis on trouve de façon éparse de nombreux grains qui ne se sont pas développés par manque de pollinisation.

Les cultivateurs de l’Est attendent donc avec impatience les prochaines précipitations qui humidifieront les sols et alimenteront les cultures en eau. Cependant, pour avoir des conditions idéales, la pluie torrentielle n’est pas à souhaiter puisqu’elle ne fait que ruisseler sur la terre trop asséchée. Une pluie continue permet ainsi au sol d’absorber l’eau et permet aux racines de s’approvisionner.

 « Avant lundi (le 23 juillet), les champs avaient été peu pollinisés puisque la pluie aide à la croissance des différentes céréales. Maintenant, la situation est moins critique qu’elle ne l’a déjà été, mais les champs ont encore besoin d’humidité pour bien pousser », explique Gilles Quesnel, agronome.

Selon Mario Mongeon, agronome au ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario, une pluie de 20 à 30 mm par semaine constitue des conditions idéales en période estivale pour alimenter les végétaux dans les champs. Or, la situation actuelle créée par le temps sec que connaît l’est de la province est devenue critique pour plusieurs agriculteurs.

Le reste de la province souffre aussi du manque de précipitations, mais les experts s’entendent pour dire que les champs sont très inégaux d’une région à l’autre.

Nord de l’Ontario
Selon l’agronome Daniel Tassé, dans le nord de l’Ontario, la température est plutôt sèche et les agriculteurs font face à des inventaires serrés.

En plus de se battre contre les effets négatifs de la chaleur, ils sont aux prises avec des insectes prédateurs. «Les conditions chaudes et sèches avec beaucoup de vent ont favorisé la propagation de certaines populations d’insectes qu’on ne voit pas beaucoup habituellement; par exemple la cicadelle de la pomme de terre, un insecte s’attaquant principalement à la luzerne et la fève de soya ».  Ces petits inconvénients de la nature occasionnent donc une hausse des coûts de production pour les agriculteurs ontariens.

Sur une note plus positive, les cultures de céréales semblent bien se porter et sont moins sujettes aux maladies cette année. Pour ce qui est du canola, dont 50 % de la production provient du nord-est de l’Ontario, M. Tassé affirme que les conditions des champs ne sont pas égales selon les villages. Il est cependant trop tôt pour déterminer le rendement et la qualité des cultures, selon lui. Les agriculteurs peuvent donc garder espoir en la clémence de Dame Nature.

Prix vertigineux du foin
Pour Jean-Charles Racine, un agriculteur de l’Est ontarien, les nouvelles ne sont pas très bonnes. Si la situation ne se rétablit pas, la Ferme Racine sera obligée d’acheter des balles de foin pour pallier à la deuxième coupe qui se fait attendre. Avec un prix qui fluctue entre 80 et 100 $ la grosse balle carrée, cela signifiera une dépense supplémentaire de près de 20 000 $ pour l’entreprise laitière familiale qui doit nourrir ses 220 bêtes.

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