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Des étudiants du Collège d’Alfred profitent de l’hospitalité roumaine

Par Mathieu Lipari, étudiant au Programme Agriculture & Développement international, Collège d'Alfred
info.agricom@atreide.net



Les étudiants du Collège d’Alfred avec des étudiants roumains de l’Université Bioterra dans les rues de Bucarest. De gauche à droite (debout): Ciprian Inoita, Danielle Lefebvre, Cristian Grigore, Julia Girard-Desbiens, Jan-Daniel Etter, Simon Poirier, M

Visite agrotouristique en Roumanie
Un peu plus d’un mois après les actes de terrorisme à New York, un petit groupe du Collège d’Alfred est prêt à voyager de nouveau. Notre destination, la Roumanie, et malgré notre nervosité, nous ne changerons pas nos plans. Après tout, c’est notre seule occasion de manquer deux semaines de cours tout en visitant un autre pays’

Le groupe est formé de huit étudiants (Mathieu Désilets, Jan-Daniel Etter, Julia Girard-Desbiens, Danielle Lefebvre, Sandra Lehnert, Simon Poirier et Christine Rieux et moi-même), ainsi que le directeur du programme de développement international, Robert St-Amant et le directeur du Collège d’Alfred, Gilbert Héroux.

Le lendemain, nous atterrissons à Bucarest, fatigués mais sans avoir heurté de gros édifices. Le groupe d’accueil est très généreux mais nous ne savons pas vraiment quoi faire avec les bouquets de fleurs que nous avons reçus. Ils sont très jolis, mais des bouquets de fleurs pour des hommes ? J’imagine que c’est une coutume roumaine? Le groupe d’accueil fait partie de l’Université Bioterra, une institution privée qui se spécialise en agrotourisme.

L’hospitalité roumaine
En chemin vers la villa, située sur le campus de l’Université, qui nous servira de logement pour notre séjour, j’éprouve mon premier choc culturel. Nos chauffeurs nous montrent leurs prouesses en conduisant à une vitesse incroyable dans les petites rues de Bucarest, évitant quelques face-à-face tout en fumant une cigarette. Arrivés à la villa, nous décidons spontanément de surnommer nos chauffeurs ?Schumacher? et ?Villeneuve?, un peu pour se réconforter puisque nous aurons les mêmes chauffeurs tout au long de notre séjour?

Le soir venu, nous soupons avec Nicolae Ion, le recteur de l’Université, et Nicole-Livia Atudosiei, une enseignante d’anglais à l’Université qui nous servira aussi d’interprète plus tard. Nous dégustons pour la première fois quelques mets roumains comme le ?ciorba?, une soupe aigre-douce accompagnée de saucissons, de salade de choux, de poulet, de pommes de terre et j’en passe, le tout accompagné de ?Murfatlar?, un excellent vin rouge roumain.
Nous discutons en français avec Nicolae de nos plans pour le voyage pendant qu’il fume des cigarettes en chaîne. Notons, qu’il est permis de fumer partout en Roumanie et une grande partie de la population en profite. Après tout, il est inutile de cesser de fumer quand un paquet coûte seulement un dollar (canadien)! Le souper terminé, quelques étudiants roumains viennent faire notre rencontre. ?Chip? (Ciprian Ionita), ?Christi? (Cristian Grigore) et ?Lili? (Liliana Adriana Dumitrescu) nous suivront pendant nos aventures et deviendront de bons amis.

Le Bal des étudiants
Le lendemain (deuxième journée en Roumanie), nous partons avec Schumacher direction centre ville de Bucarest pour visiter la ?Maison du Peuple? (qui n’est pas pour le peuple du tout). Cette énorme structure parlementaire faite de marbre et de bronze, parsemée de bureaux vides et d’une multitude de salles de conférence décorées de gigantesques chandeliers en cristal, constitue le deuxième plus gros édifice au monde (après le Pentagone). Il témoigne de la mégalomanie du dernier chef communiste du pays qui décida de raser une grande partie de la vieille ville pour construire son ?palais’ qui a coûté une fortune aux Roumains. Après un bref entretien avec le Ministre de l’éducation et un dîner gargantuesque (comme d’habitude) composé de ?muschi? (grillades de porc) et de ?mamaliga? (bouillie de maïs), nous empruntons le chemin de l’Université.

En soirée nous sommes invités au Bal des débutants, une grande fête pour les étudiants de première année d’université. Nous n’avons pas vraiment le choix de participer puisque la fête se déroulera à la villa qui nous héberge? Bien sur, tous les étudiants du groupe sont ravis de pouvoir fêter avec les Roumains et nous dansons au son de la musique ?Manele? (musique d’influence turque) tout en buvant de la ?Tuica? (brandy au prunes) jusqu’au petites heures du matin.

Événement curieux, l’activité principale pendant le bal est un concours de beauté à l’intention des étudiantes de première année. Elles se pavanent comme des modèles devant des juges et participent à un concours de danse au grand bonheur des garçons. Je me suis demandé pourquoi nous n’avons pas cette coutume au Canada?

Visites agricoles
Le troisième jour du voyage nous quittons Sac-à-Puces, un des nombreux chiens errants de notre quartier, pour se diriger vers les montagnes du centre de la Roumanie (les Carpates). Nous y visitons une ferme d’état pour la recherche sur les pommes de terre. Le système agricole est assez simple. On y fait l’élevage de dindons et de bovins; le fumier et le lisier sont utilisés pour fertiliser les champs. Les pommes de terre qui ne peuvent pas êtres vendues sur le marché sont utilisées pour nourrir les animaux.

En route vers Brasov, nous apercevons des champs de petites pousses vertes, ce qui nous surprend puisque nous sommes en octobre. Il s’agit d’une variété de blé d’hiver qui résiste au gel, même lorsqu’elle est déjà sortie du sol. Évidemment, l’hiver est un peu moins froid qu’au Canada.

Suite à une soirée reposante à Trei Brazi, une station agrotouristique située entre les pics verdoyants des Carpates, nous visitons le Château de Dracula (Château Bran) mais, malheureusement, Vlad Tepes l’Empaleur (Dracula) n’y est pas. Nous n’y apercevons même pas un cercueil et l’absence de guides nous déçoivent quelque peu. Comme tout bon touriste, je me réconforte en achetant des souvenirs à un prix dérisoire. Par exemple, un chandail de laine coûte seulement 300 000 lei. Oui, vous avez bien vu, trois cent milles lei! Remarquez, qu’un dollar canadien vaut environs 20 000 lei? Pour la première fois, nous sommes multimillionnaires. Après deux jours merveilleux dans une des contrées les plus pittoresques de la Roumanie, nous retournons à Bucarest. Son smog, ses embouteillages et ses maisons en ruines, habitées par les citoyens moins fortunés, en font une ville beaucoup moins jolie que notre dernier refuge à Trei Brazi.

La viticulture roumaine et le microcrédit
À l’aube du 6e jour, nous quittons Sac-à-Puces de nouveau (il est toujours dans la rue pour nous saluer) et nous entreprenons un autre voyage de casse cou en fourgonnette vers une ferme viticole à Mavrodin.

La production de vin est assez importante en Roumanie, mais la région où est située la ferme a été fortement affectée par la sécheresse et n’a pas beaucoup produit depuis trois ans. Les grands tonneaux dans le sous-sol sont maintenant vides et le vin que nous dégustons au dîner est l’équivalent d’un vinaigre alcoolisé. Cependant, l’accueil est toujours aussi chaleureux et le directeur du vignoble répond à toutes nos questions. Après quelques verres de ?vinaigre? nous le buvons avec plus d’enthousiasme.
Notre dernier jour est consacré à la Fondation Soros, un organisme qui dispense des microcrédits agricoles aux propriétaires de petites fermes. La majorité des fermiers roumains s’adonne à l’agriculture de subsistance, n’ayant pas les moyens d’agrandir leur territoire ou d’acheter de l’équipement agricole. C’est une des conséquences de la redistribution des propriétés qui a résulté de la chute du régime communiste en 1989. Toutes les terres de l’État ont été divisées et remises aux familles des propriétaires d’origine.

Dans de nombreux cas, les membres de ces familles avaient abandonné l’agriculture et ont dû affronter plusieurs difficultés pendant les premières années de production. De plus, ils cultivent tous de petites superficies, manuellement, sans pesticides ou autres amendements. Ils n’ont pas accès aux prêts bancaires puisque les taux d’intérêts sont très élevés et les banques exigent des garanties. La Fondation Soros accorde donc de petits prêts avec des taux d’intérêts peu élevés. Le prêt est garanti par un groupe d’agriculteurs du village et non pas par l’individu. C’est ce qu’ils appellent une ?garantie morale?, puisque les autres membres du groupe n’auront plus accès à l’aide financière si un membre ne respecte pas ses paiements. Le système semble fonctionner, mais à petite échelle seulement.

Dernière soirée
Après notre visite enrichissante à la Fondation Soros, c’est le retour à la villa de Bioterra pour un dernier souper avec nos hôtes. Ce soir, ils ont engagé des musiciens ?gitans’ pour nous divertir. Après plusieurs remerciements officiels et un échange de cadeaux, nous passons la soirée à danser avec nos nouveaux amis roumains au son du violon et de l’accordéon.

Aucune soirée traditionnelle roumaine ne serait complète sans la danse du mouchoir. Il s’agit d’une danse où un participant aux yeux fermés, situé au centre du cercle de danseurs, tend un mouchoir. Le convive qui l’accepte est tenu de l’embrasser. En général, la personne au centre triche en ouvrant les yeux et choisit un danseur du sexe opposé. Toutefois, personne n’avait pris la peine d’expliquer aux canadiens qu’il fallait tricher? Vous pouvez imaginer la suite!

La soirée tire déjà à sa fin et nous constatons avec tristesse que nous devrons faire nos adieux à tous ces gens merveilleux: l’avion nous ramenant vers le Canada décollera quatre heures plus tard. Nous remercions tous les membres du groupe d’accueil pour leur incroyable hospitalité, incluant tous les repas somptueux, les longues excursions, un logement de qualité et surtout leurs sourires. Ce voyage nous a permis d’établir des liens qui constitueront la base d’échanges futurs entre l’Université Bioterra et le Collège d’Alfred.

Gilbert Héroux, notre directeur, a fait en sorte que quatre étudiants roumains viendront passer une session au Collège dès janvier prochain. C’est le début d’une belle amitié entre les étudiants et les administrateurs des deux institutions.
 

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