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Des paniers de légumes biologiques directement de la ferme

Par Isabelle Joncas, agronome, agente d'information chez Équiterre
info.agricom@atreide.net


L’agriculture soutenue par la communauté : «partenariez» avec une ferme !

Que diriez-vous de vendre votre récolte maraîchère à l’avance au prix que vous aurez déterminé à un groupe de gens qui sont prêts à venir vous donner un coup de main ? Farfelu comme idée pensez-vous ? C’est pourtant ce qu’ont fait cet été plus d’une quarantaine de fermes certifiées biologiques au Québec qui participent à ce qu’on appelle ?l’agriculture soutenue par la communauté? à l’intérieur d’un réseau mis sur pied par l’organisation Équiterre.

Le concept d’agriculture soutenue par la communauté de (ASC) préconise au départ un lien direct entre fermes et citoyens, et donc, l’achat local. Concrètement, cela signifie que les consommateurs deviennent partenaires, en achetant à l’avance une part de récolte d’une ferme. Les producteurs, quant à eux, livrent ensuite chaque semaine des paniers à leurs partenaires. Les partenaires n’ont qu’à aller au point de chute pour chercher leur panier à un lieu et une heure prédéterminée.

Le but du projet est de produire et de distribuer des aliments biologiques à un coût à la fois équitable pour le producteur et pour le consommateur. Pour le producteur biologique, le fait de pouvoir encaisser les montants à l’avance lui permet d’emprunter moins pour démarrer sa saison. Il peut également mieux planifier sa production en fonction du nombre de familles pour qui il ou elle cultivera, tout en considérant un autre mode de mise en marché, s’il y a lieu.

La petite histoire de l’ASC
Quel est le rôle d’Équiterre dans les projets d’ASC ? Équiterre est un organisme sans but lucratif situé à Montréal qui a pour mission de proposer des choix écologiques et socialement équitables aux citoyens à travers différents projets. Le projet ?Agriculture soutenue par la communauté? en fait partie.
En 1995, vient l’idée de tenter d’essayer au Québec une formule d’approvisionnement novatrice déjà instauré en Suisse et en Allemagne depuis les années 1980. Équiterre tente l’expérience au départ avec une ferme en Montérégie et une vingtaine de citadins de Montréal qui souhaitaient s’approvisionner en aliments biologiques et établir un lien avec la personne qui les cultivait. Face à la satisfaction des partenaires et du producteur durant cette première expérience, l’équipe a élargi le nombre de fermes à sept dès la saison suivante, afin de mettre sur pied un réseau.

Le réseau québécois des fermes qui font des projets ASC a donc été mis sur pied en 1996.Il regroupe maintenant 56 fermes. Environ 7 400 personnes ont profité de ce mode de partenariat l’été dernier au Québec. Ils allaient chercher leurs paniers à plus de 140 points de chute chaque semaine pour une période allant de 15 à 20 semaines selon les fermes.
De son côté, Équiterre coordonne les activités du réseau, recrute de nouvelles fermes et informe le public de la formule novatrice. L’an dernier, Équiterre a organisé un colloque sur l’agriculture soutenue par la communauté qui a rassemblé plus de 200 personnes, le premier de la sorte au Canada.
Et comment cela fonctionne-t-il’

Les paniers sont-ils semblables d’une ferme à l’autre ? Les prix sont-ils les mêmes et qu’en est-il des formats ? Ce sont de bonnes questions.
À l’intérieur du réseau, chaque projet d’ASC est unique. Les fermes sont par ailleurs toutesinvitées à rencontrer leurs futurs partenaires lors d’une réunion printanière pour les informer du mode de fonctionnement de la ferme. On en profitera pour déterminer avec les partenaires certains éléments logistiques comme les activités auxquelles les gens seront invités à participer ou l’aide qu’ils pourront apporter soit au point de chute ou d’une autre façon.
Les fermes participantes sont encouragées à développer ce rapport privilégié avec leurs partenaires, afin que ces derniers soient mieux en mesure de comprendre les différents éléments de l’agriculture biologique et la réalité que vit la ferme. Les gens doivent être prêts à recevoir un panier ?surprise? d’une semaine à l’autre en fonction de ce qui est prêt à être récolté. Plusieurs disent faire d’agréables découvertes.

De plus, les fermes participant au projet ASC doivent être certifiées biologiques ou en voie de l’être. Elles doivent offrir des produits locaux à leurs partenaires, si bien que l’échange de produits entre fermes est fréquent.

Une notion de partage
Au c’ur de l’agriculture biologique : l’incertitude de chaque saison. Sans le recours aux outils de l’agriculture conventionnelle (aucun insecticides, fongicides ou herbicides chimique n’est employé), les risques de pertes sont élevés. En payant sa part de récolte à l’avance, le partenaire signifie son engagement envers la ferme à assumer (en partie et dans une limite raisonnable) les risques et aussi les bénéfices de la saison qui s’en vient. Bon an mal an, les contenus s’équivalent mais certaines saisons sont plus difficiles. Par exemple, en 2000, c’est le mildiou qui a ravagé les tomates sur une bonne partie du Québec, chanceux étaient les partenaires à se faire de la sauce tomate cet été là !

Pourquoi ?partenarier? ?
D’après une évaluation menée par Équiterre l’hiver dernier auprès d’une centaine de consommateurs partenaires, ce qui avant tout les motive à participer aux projets d’agriculture soutenue par la communauté, c’est la fraîcheur des produits. Avec raison, car souvent, les producteurs récoltent la veille ou le jour même les légumes que les partenaires retrouveront dans leur panier le soir de la livraison venu.

La qualité aussi compte pour beaucoup, les aliments produits selon les méthodes de l’agriculture biologique ont une grande qualité nutritionnelle et gustative. Aussi, le fait que ces aliments sont exempts de pesticides et d’organismes génétiquement modifiés en motive plusieurs.
Parallèlement, ce qui incite surtout les producteurs vers cette formule est le lien direct avec les clients. Plusieurs trouvent stimulant de produire pour des gens qu’ils revoient de semaine en semaine et ils se sentent supportés. Certains apprécient également que les montants soient versés à l’avance.

Saviez-vous que ?
Selon une étude du Conseil de la conservation du Nouveau-Brunswick, le trajet moyen parcouru par un aliment est de 2 400 km en Amérique du Nord. Douze compagnies ont la main mise sur 90 % de la production des 15 000 articles qu’on retrouve dans les supermarchés typiques. L’achat local a donc toute son importance pour plusieurs producteurs, il en va de la survie même de certaines entreprises dans un milieu où la concentration est devenue la norme.
Pour plus d’information sur les projets d’Agriculture soutenue par la communauté ou pour obtenir la liste des fermes participantes, contactez Équiterre au (514) 522-2000 ou visitez le www.equiterre.qc.ca.

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