Volume 28 Numéro 18 Le 18 mai 2011

Des petits fruits pour les becs sucrés

Par Jean-Claude Havard, Boisés Est


 

Tout le monde sait que les petits fruits des champs, des bois (et de nos vergers, hélas!) attirent les oiseaux. On sait qu’ils attirent aussi les humains, gourmands de confiture, de gelée, de vin ou de simple grappillage. Ceux qui se sont retrouvés le 14 mai à Pointe Fortune étaient venus grappiller de l’information sur les manières d’enrichir leur boisé ou leur cour en y multipliant les sources de petits fruits.

 

Pour Michel Lachaume, l’informateur invité de Boisés Est, le monde offre un potentiel illimité d’arbres et arbustes capables de répondre aux goûts de tous. Notre climat n’est pas un problème, assure-t-il. Sa palette d’espèces et de variétés provient d’ailleurs du monde entier, du Lac Saint-Jean au nord du Pakistan, et elle a de quoi satisfaire les amateurs d’exotisme les plus exigeants.

 

Supposons par exemple que vous voulez produire vos propres abricots. Pour vous-même peut-être, si votre amour de la faune ne va pas jusque-là. Contrairement à ce que je pensais, l’abricot est une plante de pays froid et l’hiver ne lui fait pas peur. S’il nous donne l’impression d’être fragile, c’est qu’il est trop optimiste : dès le début du printemps, il croit le beau temps revenu et se met à fleurir. Gare aux gelées tardives! Gare aussi au microclimat qui se crée au sud d’un bâtiment et l’encourage à l’optimisme. Mieux vaut le planter en plein vent pour retarder la floraison. De toute manière, quel que soit l’arbre fruitier, il vaut toujours mieux choisir une variété qui fleurit tard.

 

Rien de tel que la liste de pommes, de poires, de cerises et autres prunes rustiques au menu de Michel pour vous mettre l’eau à la bouche. Si la fièvre du printemps menace de vous ruiner chez le pépiniériste, commencez donc par regarder autour de vous. Votre boisé et celui de vos voisins abondent en amélanchiers, viornes, cerisiers, pruniers, pommiers, vignes, sureaux, etc. Si vous ne savez pas les reconnaître, consultez un livre de référence à la bibliothèque publique ou faites votre recherche sur l’Internet. Devenir membre de Boisés Est est aussi un bon moyen d’apprendre au contact des autres membres.

 

Si vos arbustes ne produisent pas de fruits, c’est peut-être qu’ils n’ont pas assez de soleil. Vous les aiderez en élaguant quelques branches ou en transplantant une jeune tige en bordure du boisé ou dans une éclaircie. Je ne sais pas si les oiseaux vous en seront reconnaissants, mais vous aurez le plaisir d’avoir facilité la tâche de la nature. Et ne croyez surtout pas que les arbres fruitiers sauvages sont tous les mêmes. Dans notre boisé, nous récoltons des pommes sauvages de toutes sortes; certaines sont surettes; d’autres ressemblent aux pommes du commerce. D’autres enfin sont très dures et résistent au gel jusqu’aux fêtes; les écureuils doivent les trouver trop croquantes sous la dent car ils les épargnent, mais elles font le bonheur des chevreuils et de nos chevaux. C’est aussi une excellente source de gelée et de beurre de pomme.

 

À mesure qu’on apprend à connaître son boisé, on repère les arbres dont les fruits paraissent le plus intéressants, et c’est ceux-là qu’on essaie de multiplier. Comme toutes les plantes sauvages sont hybrides, le pépin de pomme que vous mettez en terre ne vous donnera pas nécessairement les mêmes caractéristiques que l’arbre de départ.

 

Si vous voulez être sûr de votre coup, il faut greffer et ça, c’est une autre paire de manches pour quelqu’un comme moi. Pas de problème, assure Michel Lachaume. Il admet pourtant que, comme tout le monde, il a dû apprendre à l’école de la patience et de l’expérience. Et il faut reconnaître que sa démonstration était convaincante. En tout cas, il m’a convaincu d’essayer encore malgré mes échecs du passé. Un jour peut-être, les geais pourront se régaler des cerises sucrées que j’aurai produites en combinant un cerisier à grappes indigène (le porte-greffe) et un rameau de cerisier rapporté, choisi dans le catalogue d’un fournisseur spécialisé ou… chez un voisin, de préférence avec sa permission.

 

Le greffage vous ouvre à la fois les portes de la caverne d’Ali-Baba, de l’atelier du Père Noël et du grenier de Grand-papa. C’est le paradis de la création, l’outil idéal pour enrichir la biodiversité naturelle. Vous pouvez greffer votre pomme sauvage favorite sur un porte-greffe naturel vigoureux, ou encore un rameau de pommier commercial tel que Cortland, Macintosh, etc., ou même un rameau de poirier. Tant qu’on reste dans la famille, toutes les combinaisons sont possibles. On peut même greffer des rameaux de variétés différentes sur le même porte-greffe : ça impressionne toujours le beau-frère en visite!

 

Avec les prunus, la liberté de création est encore plus grande puisqu’on peut combiner cerisiers, pêchers, abricotiers et pruniers. Parmi les nouveaux venus de la famille, on peut déjà nommer le camérisier et le prunier-cerisier.

 

J’oubliais : on greffe en général quand les bourgeons du greffon sont encore dormants, c’est-à-dire en avril ou début mai. Il est donc trop tard pour cette année, ce qui vous donne 10 bons mois pour vous préparer à la saison 2012. Là, vous pourrez greffer à cœur joie. Mon grand-père greffait tout ce qu’il trouvait dans les haies. « Comme ça, il y aura des fruits pour tout le monde, disait-il, pour nous et pour les animaux. »

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