Volume 30 Numéro 06 Le 9 novembre 2012

Des producteurs rouge tomate


Le prix des tomates ontariennes est si bas que plusieurs producteurs ne font pas leur frais.

Par Isabelle Lessard, journaliste
redaction@journalagricom.ca


Trop nombreuses et peu chères, les tomates du Mexique font de l’ombre à celles produites au Canada. Leur surabondance sur le marché américain a fait chuter le prix des tomates canadiennes de 40 % ces derniers mois, selon l’Association des cultivateurs de légumes de serre de l’Ontario.

 

« Les prix [des légumes] n’ont pas été bons cette année, mais c’est celui de la tomate qui a été le pire », raconte Don Taylor, président de l’Association. « Ce sont probablement les pires prix que nous avons vus depuis de nombreuses années », renchérit-il.

 

L’une des principales raisons qui expliquent cette baisse du prix réside dans un accord bilatéral entre le Mexique et les États-Unis, le « suspension agreement ».

En 1996, les producteurs de tomates américains ont demandé à leur gouvernement d’imposer un prix plancher pour les tomates importées du Mexique. Un prix a été fixé, mais il n’a pas été révisé depuis de nombreuses années. Depuis, les coûts de production ont augmenté, mais le prix plancher n’ayant pas suivi la tendance, cela offre un avantage concurrentiel de taille aux producteurs mexicains.

 

Or, les États-Unis constituent le principal acheteur de tomates ontariennes. Chaque année, 70 % de la production ontarienne est exportée vers le marchée américain, pour une valeur totale de 200 millions $.

 

« Les prix actuels sont à un niveau tellement bas que nos producteurs ontariens ne font pas de profit », s’inquiète Monsieur Taylor.

 

Selon lui, cela pourrait avoir de graves conséquences si la tendance se maintient. Plusieurs ont peine à tenir la tête hors de l’eau et pourraient être contraints à mettre la clé sous la porte.

 

« Nous avons vu au cours des dernières années plusieurs constructions et améliorations de serres au Canada, explique-t-il, mais avec les prix que nous observons cette année, je suspecte que plusieurs de nos producteurs mettront leur plan d’expansion sur pause. Mais ce qui est encore plus inquiétant, c’est que plusieurs entreprises ne seront plus capables de continuer ainsi très longtemps et fermeront leurs portes si ça continue »

 

Décision américaine
Une décision du département du commerce américain à savoir si l’entente sera maintenue ou non est attendue dans plusieurs mois encore.

 

Don Taylor ne saurait dire s’il est en faveur de l’abandon de l’accord puisqu’il ne peut prédire comment réagiront les marchés.

 

La fin de l’entente pourrait même selon lui avoir l’effet contraire, c’est-à-dire faire chuter les prix plus bas encore en raison de l’inexistence d’un prix plancher.

 

« Nous suivons avec grand intérêt ce dossier, bien que nous ne soyons pas directement impliqués. Peut importe ce qu’ils décideront, nous serons affectés, positivement ou négativement », explique le président de l’Association des producteurs.

 

L’autre option pour les États-Unis serait  de renégocier le prix plancher à la hausse. Le cas échéant, M. Taylor espère que le nouveau montant excède 0,50 $ par livre, soit près du double du prix plancher actuel.

 

Il en coûte au-delà de 0,25 $ pour produire une livre de tomates en Ontario.

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