Volume 29 Numéro 15 Le 6 avril 2012

Des pucerons dans votre Blackberry

Par André Dumont, collaborateur
info@journalagricom.ca


Il y a des pucerons dans votre soya? Sortez votre téléphone! C’est lui qui vous dira d’arroser, de ne pas arroser, ou de revenir dépister dans quelques jours.

 

L’ère des applications mobiles en agriculture est bel et bien arrivée. Et c’est en Ontario que sont conçues certaines des « apps » les plus innovatrices. À ce jour, la plus étonnante d’entre elles est Adphid Advisor, un puissant outil d’aide à la prise de décision dans le dépistage du puceron du soya.

 

Aphid Advisor est disponible depuis quelques mois pour les téléphones Blackberry et bientôt pour iPhone, en anglais seulement. On la télécharge gratuitement.

 

L’application rend disponible aux producteurs de soya le fruit de la recherche de Rebecca Hallett et de ses collègues de l’Université de Guelph. Avec l’appui financier du Programme de réduction des risques liés aux pesticides, elle a développé un modèle de « seuil d’intervention dynamique » qui prend en considération les ennemis naturels du puceron.

 

« Les modèles de seuils d’interventions qui existaient déjà ne tiennent pas compte des populations d’ennemis naturels, dit Rebecca Hallett. Pourtant, il est bien reconnu qu’aux endroits en Amérique du Nord où le puceron a été introduit, il y a un bon nombre d’insectes prédateurs qui agissent sur les populations de pucerons. » 

 

Après avoir analysé l’impact de chacun de ces ennemis naturels sur l’évolution d’une population de pucerons dans un champ de soya, Rebecca Hallett a mis au point un cadran sur lequel on pouvait aligner des flèches en fonction des populations de pucerons et de leurs ennemis présents. Ce cadran fonctionnait très bien, explique-t-elle, mais il aurait été difficile à produire en série. De plus, il exigeait du producteur  – ou de l’agronome – certains calculs mathématiques, puisque chaque ennemi naturel n’a pas le même appétit.

 

L’idée est alors venue de développer une application mobile, qui se chargerait de tous ces calculs. Sur dix plants choisis au hasard dans le champ, le producteur ou son conseiller compte le nombre de pucerons et d’ennemis naturels, entre ces chiffres dans son téléphone et l’application formule aussitôt une recommandation!

 

Le développement d’Aphid Advisor a été confié à AgNition, une nouvelle entreprise ontarienne spécialisée dans la conception d’applications agricoles pour téléphones intelligents et tablettes électroniques. L’Université de Guelph et le MAAARO ont financé cette portion.

 

Aphid Advisor est l’une des applications mobiles les plus complètes qui existent à ce jour en agriculture, affirme Peter Gredig, l’un des fondateurs d’AgNition. « Cette application l’une des premières à utiliser le plein potentiel des appareils mobiles, dont le GPS et la capacité d’accumuler des données pour le bénéfice du producteur et de la communauté agricole. »

 

Grâce aux fonctions de géolocalisation (GPS) du téléphone intelligent, Aphid Advisor enregistre le lieu de votre dépistage. Vous pouvez aussi choisir de partager (de façon anonyme) les résultats de votre dépistage avec le reste des producteurs de la province, à condition d’avoir bel et bien compté chacun des insectes sur dix plants de soya, sans prendre de raccourcis en estimant.

 

L’application vous dira exactement comment vous y prendre pour dépister et compter les insectes. Des photos sont disponibles, pour bien reconnaître les ennemis naturels. L’application se limite toutefois au stade reproductif du soya, excluant le stade végétatif. Elle vous suggérera ensuite de pulvériser ou pas, ou de revenir dépister quelques jours plus tard.

 

C’est ensuite au producteur de décider d’agir, en tenant compte du coût d’une application d’insecticide et du prix qu’il prévoit obtenir pour son soya. Aucune marque ni produit spécifique n’est recommandé.

 

La version actuelle se base sur des moyennes de température des trois dernières années dans le sud-ouest de l’Ontario. Une deuxième version, qui sera prête d’ici juin, permettra d’entrer manuellement les pronostics de la météo pour les cinq prochains jours. « Le temps qu’il fait influence directement les populations de pucerons », dit Rebecca Hallett.  

 

En partageant les résultats de leur dépistage, les agriculteurs donneront un bon coup de pouce aux chercheurs. Cela permettra d’analyser la distribution régionale des populations de pucerons et de leurs ennemis naturels. « Il y a très peu de financement disponible pour réaliser des enquêtes, souligne Rebecca Hallett. L’information fournie par les utilisateurs aura beaucoup de valeur. »

 

www.aphidapp.com

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