Volume 29 Numéro 18 Le 18 mai 2012

Des remous de yogourt avec l’arrivée de Chobani


Considéré par plusieurs comme étant le grand responsable de l'engouement pour le yogourt grec aux États-Unis, Chobani a introduit ses produits au Canada pour tester le marché, en novembre dernier. Photo courtoisie de Chobani

Par Josianne Haspeck, collaboratrice
info@journalagricom.ca


L’arrivée d’un nouveau joueur dans la catégorie des yogourts ne plaît pas à tous. Considéré par plusieurs comme étant le grand responsable de l’engouement pour le yogourt grec aux États-Unis, Chobani a introduit ses produits au Canada pour tester le marché, en novembre dernier.

Numéro un des ventes de yogourt grec chez nos voisins du Sud, le fabricant a obtenu un permis d’importation sur une base temporaire par le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international afin de lui permettre de tester le marché canadien pour ses produits. Depuis, une quantité limitée de yogourts est vendue dans certains commerces du Grand Toronto. Ses principaux concurrents, Danone et Les Aliments Ultima, qui commercialisent tous deux une gamme de yogourts grecs, contestent en cour fédérale le transformateur américain pour différentes raisons. La directrice des relations publiques et aux consommateurs aux Aliments Ultima, qui met sur le marché les yogourts Yoplait, Diane Jubinville, mentionne que l’entreprise conteste les conditions spécifiques du permis. Chobani peut fabriquer ses yogourts avec des produits manufacturés aux États-Unis et profite ainsi d’un prix du lait à moindre coût. De plus, le permis de trois mois a été prolongé jusqu’à la construction de l’usine de fabrication qu’elle projette en Ontario. Chobani s’approvisionnera de lait canadien pour la fabrication de ses yogourts une fois que l’usine aura été construite, mais en attendant, le fabricant est avantagé, estime Les Aliments Ultima. « On ne s’oppose pas nécessairement à la concurrence », soutient Mme Jubinville qui ne peut pas commenter davantage ce dossier actuellement devant la justice.

Malgré cette opposition à laquelle fait face Chobani avec son arrivée au Canada, l’entreprise s’engage à offrir son yogourt à ses adeptes canadiens et à travailler étroitement avec le gouvernement et les parties prenantes de l’industrie pour y arriver, soutient Kelly LaCorte, coordonnatrice aux communications de Chobani.

« Ce permis fait partie d’un programme de longue date, qui permet l’accès au marché canadien pour de nouveaux produits ou services », fait savoir Caitlin Workman, porte-parole au ministère fédéral, indiquant par courriel ne pas pouvoir elle non plus commenter davantage ce dossier, puisqu’il est judiciarisé.

Le vice-président des Producteurs laitiers du Canada (PLC), Ron Versteeg, indique que l’installation projetée par trois transformateurs alimentaires en Ontario, dont Chobani, est perçue comme un excellent moyen d’accroître le marché des producteurs laitiers. « Nous appuyons le développement de nouvelles entreprises et de nouveaux produits au Canada. Les producteurs veulent produire plus de lait. Si les consommateurs veulent acheter ces produits-là, tant mieux. Ça crée des emplois, une activité économique. C’est bon pour tout le monde », soutient-il.

L’arrivée d’un nouveau fabricant de yogourts au pays est considérée comme une bonne nouvelle pour les producteurs laitiers de l’Ontario, confirme Bill Mitchell du service des communications de Dairy Farmers of Ontario. « Ces nouveaux joueurs vont s’approvisionner de lait canadien. Contrairement à ce qui a été véhiculé dans les médias, les yogourts fabriqués au pays par tous les transformateurs nécessitent seulement 4 % du volume total de lait canadien », soutient-il. « Certains ont affirmé que l’entrée de Chobani au Canada provoquerait une augmentation des quotas des producteurs de 40 %, ajoute M. Versteeg. C’est complètement faux. Si elle s’installe ici, ça veut dire du lait additionnel, mais pas 40 %. Les producteurs laitiers de l’Ontario ont promis d’offrir à Chobani un certain volume de lait, que je ne peux chiffrer, si l’entreprise construit une usine dans la province. »

Cette grande agitation autour de l’offre des yogourts Chobani au Canada est causée par peu de choses, estime le vice-président des PLC. « Tous les intervenants dans l’industrie ont droit de contester ces décisions-là. Ça fait partie du jeu », ajoute-t-il. En l’admettant du bout des lèvres, il convient qu’il s’agit possiblement d’une histoire de concurrence et une pression sur les prix qui dérangent.

Fondée dans l’État de New York, en 2007, Chobani a récemment été couronné l’entrepreneur national de l’année par U.S. Small Business Administration.

Danone n’a pas retourné nos appels, il n’a donc pas été possible d’obtenir ses commentaires.

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