Volume 30 Numéro 06 Le 9 novembre 2012

Des rendements qui augmentent tout seuls!


Six rangs jumelés de maïs, six rangs jumelés de soya. Photo Dean Glenney

Par André Dumont, collaborateur
redaction@journalagricom.ca


Certains disent que l’herbe est toujours plus verte chez le voisin. Rares sont ceux qui ont remarqué qu’elle est véritablement plus verte le long de la clôture. Dean Glenney, le gagnant du Concours de rendement de maïs de Pioneer en Ontario en 2010, s’en est aperçu il y a une trentaine d’années.

 

« D’une charrue à trois socs, nous sommes passés à une charrue à cinq socs, raconte ce producteur de Dunnville, dans le sud de la province. Je me trouvais à labourer douze pouces plus près de la clôture. Puis un jour, la clôture est disparue et j’ai tout labouré.  À chaque fois, le maïs semé sur le terrain gagné était deux pieds plus haut la première année, puis un pied plus haut la seconde année. »

 

Cette observation n’a jamais quitté l’esprit de Dean Glenney. « Si je pouvais avoir ce sol qu’il y avait le long de la clôture à tous les 30 pouces dans mon champ, ce serait merveilleux », se disait-il.

 

Dans les années qui ont suivi, Dean et son épouse Vonita ont exploité une ferme de petits fruits, cultivant aussi du maïs sucré. En parallèle, Dean poursuivait sa carrière d’ingénieur et d’entrepreneur en bâtiment.

 

Lors d’un retour aux grandes cultures il y a une quinzaine d’années, il choisit de soumettre ses 80 hectares à un régime de semis direct en continu, en rotation maïs et soya. Il se met alors à développer la technique qu’il appelle fence row farming (cultiver le long de la clôture). Aujourd’hui, les résultats sont époustouflants : en 2010, il a obtenu 17 Tm/ha de maïs sur une parcelle, puis 18,77 Tm/ha en 2011. La moyenne de l’ensemble de ses champs est de 15,7 Tm/ha, tandis que celle des producteurs de son comté se situait à 8,47 Tm/ha.

 

« Chaque année, mes rendements montent, sans que j’augmente les intrants, dit-il. Je mets une quantité minuscule d’engrais. » Ses doses d’engrais correspondent à celles prescrites pour des rendements standards. 

 

Semer à la même place

Pour reproduire la qualité de sol qu’il retrouverait le long d’une clôture, Dean Glenney a cessé de labourer. Année après année, il sème son maïs et son soya exactement au même endroit sur chaque rang.

 

Ses champs ont de quoi attirer l’attention : six rangs jumelés de maïs, puis six rangs jumelés de soya. Cette technique de cultures intercalaires permet d’offrir le maximum de lumière au maïs. Cela n’est toutefois pas relié aux principes du fence row farming.

 

Dean Glenney pratique la gestion contrôlée de la compaction (controlled traffic farming). Les roues de ses équipements circulent toujours aux mêmes endroits. « Je ne roule jamais là où je sème, dit-il. Il n’y a que le planteur qui touche au sol sur le rang. Je laisse les vers de terre faire tout le travail du sol. »

 

La compaction étant inévitable, vaut mieux la concentrer à un endroit. « Parce que je roule toujours aux mêmes endroits, le sol est très ferme, explique-t-il. Je n’ai aucun problème d’ornières. C’est comme si je circulais sur une route. »  

 

Précision aux semis

Si au début, semer exactement au même endroit exigeait énormément de concentration, cela est devenu plus facile avec l’avènement du GPS, puis du RTK, qui prend en charge la conduite.

 

Le même planteur est utilisé pour le soya et le maïs. Des modifications y sont apportées chaque année, pour toujours mieux gérer les résidus et bien placer la semence. Heureusement, les vers de terre sont si actifs qu’il n’a jamais à composer avec plus de résidus que ceux de l’automne précédent. L’engrais est appliqué en bande lors du semis, puis une application en postlevée est réalisée quand le maïs atteint 16 pouces.

 

Fertilisation

Dean Glenney croit qu’en appliquant son engrais exactement au même endroit chaque année, le lit de semence devient très riche. Toutefois, il estime que ce n’est pas dans les premiers dix centimètres de sol que ses plants de maïs vont puiser la plus grande part de leurs éléments nutritifs. 

 

« Au printemps, mon maïs a l’air d’en arracher. Puis dix à 14 jours après l’émergence, il se met à pousser très rapidement. Ses racines gagnent en profondeur et rejoignent les canaux laissés par les anciennes racines. Il entre en contact avec du sol comme celui le long d’une clôture et il devient complètement fou! »  

 

Grâce à une excellente structure de sol, le maïs développe un bon système racinaire, capable d’aller chercher les éléments nutritifs et l’humidité sur une grande partie de l’environnement sous-terrain. « Les seules analyses de sol que je fais sont pour corriger le pH, affirme Dean Glenney. La fertilité dans les premiers quatre pouces ne m’importe peu, car les racines de mon maïs descendent à quatre pieds! »

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