Volume 32 Numéro 05 Le 24 octobre 2014

Des sangliers en fuite feront le bonheur des chasseurs


-Photo Simon Durand

Isabelle Lessard

Par Isabelle Lessard
Rédactrice en chef
redaction@journalagricom.ca


Les sangliers sont de retour à l’état sauvage dans les Comtés Unis de Prescott-Russell, à l’est de la province. Ils seraient nombreux à avoir pris le large d’on ne sait quelle ferme et leur présence nuisible a poussé le ministère des Richesses naturelles et des Forêts (MRNF) à déclarer l’ouverture de la chasse à cet animal d’élevage.

Une douzaine de bêtes ont été observées par les résidents de la municipalité d’Alfred et de Chutes-à-Blondeau, depuis la fin de l’été 2013. Des citoyens ont déclaré avoir vu une harde de sangliers sur le chemin Boundary, entre les concessions 3 et 4, dans la municipalité d’Alfred, ainsi que près du parc provincial Voyageur à Chutes-à-Blondeau. Ils se trouvaient en majorité dans des endroits boisés et à proximité de champs.

Selon les informations obtenues des observateurs, tout porte à croire que ce sont principalement des femelles avec leurs bébés.

Pourtant, aucun cas d’échappement n’a été signalé au MRNF, comme l’exige la Loi de 1997 sur la protection du poisson et de la faune, selon Mary Dillon, biologiste au bureau de Kemptville du ministère.

« Nous n’avons reçu aucune déclaration de fuite, alors nous ne savons pas combien peuvent se promener en liberté à l’heure actuelle. Nous n’avons pas été en mesure d’identifier d’où ils proviennent », a confirmé Mme Dillon.

En cas de fuite, tout éleveur d’animaux sauvages se doit d’avertir immédiatement le ministère et de tuer les animaux s’il est impossible de les remettre en captivité.

Les agents de la protection de la nature ont questionné les agriculteurs des environs ainsi que les fermes d’élevage de sangliers connues, mais en vain. Leurs démarches ne leur ont pas permis de retrouver le propriétaire des animaux. Ils ont donc donné leur feu vert pour la chasse à cet animal.

« Le ministère voudrait s’assurer que les animaux de ferme qui se sont échappés soient enlevés du paysage le plus rapidement possible, explique-t-on dans un communiqué. Les propriétaires fonciers peuvent abattre les sangliers sauvages dans le but de protéger leurs propriétés et les chasseurs peuvent également le faire s’ils détiennent leur permis de chasse. »

Attention par contre, tout chasseur doit en avertir le ministère s’il tue un sanglier. À l’heure actuelle, un seul a été atteint mortellement avec une arme de chasse, en novembre 2013.

Selon le directeur général de l’Union des cultivateurs franco-ontarien et ancien éleveur de sangliers, Simon Durand, l’animal a une couenne si épaisse qu’il peut facilement s’en tirer si le projectile ne l’atteint pas près des pattes.

« Il faut que la balle passe dans les endroits plus mous pour atteindre les organes. Il ne faut pas viser la tête ou la cage thoracique », indique-t-il.

C’est que le sanglier possède une armure, ce cuir épais de la peau qui couvre les épaules et le poitrail qui le protège lors des combats. Elle peut atteindre jusqu’à 3 cm d’épaisseur.

Pas de panique!
Gerry Oleynik, de la ferme Kiefro Wild Boar Farm, à Hammond, trouve que le ministère s’énerve un peu trop avec cette histoire. Il indique que ce n’est pas un animal très dangereux, ni pour l’humain, ni pour les autres animaux.

Bien que le MRNF indique que les animaux en cavale pourraient transmettre des maladies, il doute que cela puisse arriver. Aucun cas de diarrhée épidémique porcine n’a été déclaré dans cette région et peu de maladies affectent le sanglier. Simon Durand est du même avis.

Quant à de possibles attaques envers un humain, ils n’excluent pas cette possibilité, mais M. Oleynik indique que l’Europe n’a pas de problème outre mesure avec cet animal sauvage.

« Si tu te retrouves entre une mère et ses petits, elle pourrait attaquer, ajoute toutefois M. Durand, comme c’est le cas chez l’ours. Même chose pour un animal blessé, qui va te percevoir comme un prédateur. »

Les sangliers pourraient se propager assez rapidement à l’état sauvage. Ils peuvent avoir jusqu’à deux portées d’une dizaine de marcassins par année et ils ont très peu de prédateurs. Selon cet ancien éleveur, seule des lynx, un ours et une meute de loups pourraient tuer cet animal.

« C’est féroce et c’est capable de se défendre, mais les prédateurs nord-américains ne sont pas suffisamment gros pour s’y attaquer. Quant aux loups, s’ils réussissent à l’attraper, quelques-uns risquent de mourir avec le sanglier », ajoute-t-il.

Les mâles adultes pèsent environ 450 lb, tandis que les femelles atteignent 350 à 400 lb.

Les sangliers ne sont pas natifs de l’Amérique du Nord. Bien que moins commun que d’autres types de gibier, cet animal est chassé majoritairement dans des pourvoiries au Canada et élevé dans des fermes pour sa viande.

Il s’agit du 2e cas semblable dans l’Est ontarien. En 2008, un agriculteur de St-Albert a été condamné à payer une amende de 1 000 $ pour avoir omis de déclarer que ses sangliers s’étaient échappés. Les animaux qui avaient pris la poudre d’escampette ont été tués, alors que d’autres ont été happés mortellement par des véhicules ou décédés dans la nature.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *