Le 3 juin 2004

Du biodiesel de chez nous dans nos véhicules!

Par Nathalie Forgues


En 2002, la compagnie Biox a reçu le Prix canadien d’excellence en agroalimentaire, catégorie innovation, pour la création d’un procédé de production de biodiesel utilisant des résidus agricoles. Sur la photo, Lyle VanClief, ex-ministre d’Agriculture et A

Biox, une entreprise ontarienne, veut créer la plus grande usine de production de biodiesel au monde. Biox possède le seul procédé qui peut être concurrentiel avec le diesel fait de pétrole sur la base du coût de production tout en offrant un environnement plus sain. Cette société fait partie des dizaines d’entreprises ontariennes qui ont reçu un coup de pouce de la part du Programme CanAdapt du Conseil de l’adaptation agricole de l’Ontario afin de développer des nouveaux débouchés agricoles.
Le biodiesel n’est pas nouveau sur le marché. Au contraire, la méthode de production est connue depuis une centaine d’années en Europe. Son implantation en Amérique du Nord s’est fait plus lentement puisque le procédé est lent et les prix de production sont trois fois plus élevés que ceux du diesel fait à partir de pétrole.

Cette constatation est en voie de changer puisque David Boocock, ancien président du Département de génie chimique et de chimie appliquée à l’University of Toronto Innovations Foundation (UTIF), a développé un procédé plus rapide et à moins de frais.

Introduite au Canada en septembre 2000, la compagnie Biox est la propriété d’un partenariat entre M. Boocock, l’UTIF et le Madison Ventures Ltd, une entreprise ontarienne qui se spécialise dans les technologies environnementales.
En avril 2001, BIOX a construit une usine pilote à Oakville en Ontario ayant la capacité de produire un million de litres de biodiesel par année. Cette usine servait à vérifier si la chimie et le processus de Biox permettaient de faire avancer le projet à la deuxième phase, soit la commercialisation.

Cette première étape a été financée par plusieurs partenaires tels que le Conseil de l’adaptation agricole, le Technical Early Action Measures, le Programme d’aide à la recherche industrielle, l’Ontario Soybean Growers (producteurs de soya de l’Ontario), le Rothsay Recyclers et le Trimac Transportation System.

La phase d’essais étant terminée, la première usine de production de biodiesel devrait être en fonction dès mars 2005, prévoit la société Biox. Le site pour l’emplacement de l’usine n’a pas encore été déterminé mais le Sud-Ouest de l’Ontario demeure la région qui va accueillir la plus grande entreprise de biodiesel au monde, avec une production prévue de 60 millions de litres par année.

La société Biox est confiante que les gens vont choisir un produit qui est moins néfaste pour l’environnement lorsque le prix de production deviendra plus compétitif sur le marché.
Présentement, le biodiesel n’est pas encore un produit commercialisé au Canada mais plusieurs villes du Sud ontarien comme Kingston et Toronto importent déjà du biodiesel des États-Unis.

Plus rapide et moins dispendieux

Le procédé de Biox, développé par le professeur Boocock, permet de réduire le temps et le coût de production du biodiesel. Le professeur a rapidement compris que les glycérides (alcool), l’éthanol et le mélange de base du diesel ne se combinent pas. Seul un processus très dispendieux nécessitant de la haute pression et une température élevée peut les mélanger. Dr Boocock a donc ajouté un quatrième ingrédient, un solvant qui effectue le mélange à la température ambiante, sans même augmenter la pression.

Le procédé est effectué en deux étapes. La première, qui prend 40 minutes, consiste à convertir l’acide gras, en provenance d’huile végétale ou animale, avec de l’alcool (méthanol). La deuxième étape, qui ne prend que quatre minutes, permet de transformer les triglycérides, obtenus lors de la première phase, en méthyle (gaz incolore) qui devient du biodiesel lors de sa commercialisation. Un solvant est utilisé afin d’accélérer la réaction chimique lorsque la matière contient des acides gras.

Recyclage de résidus agricoles huileux
Au Canada, le biodiesel est fait à partir de graisse animale ou d’huile recyclée, mais il peut également être produit à partir d’huile de soya ou de canola. Toutefois, Biox choisit la matière première dont le prix est le moins élevé afin de réduire les coûts de 50%.

La construction d’une usine de biodiesel en Ontario va permettre de minimiser les problèmes de santé et de l’environnement occasionnés par la désintégration des carcasses d’animaux pour lesquelles il est désormais difficile de trouver un marché en raison de la crise de la vache folle.
La production de biodiesel va également offrir un autre marché aux producteurs de soya et de canola de la province puisque la demande de ces produits va augmenter. Elle va également permettre de stimuler le secteur des activités économiques en Ontario principalement par les compagnies de broyage de grains et le transport en vrac.
Biox prévoit vendre son biodiesel à travers les grandes pétrolières. D’ici 2007, on devrait retrouver 2% de biodiesel dans le carburant diesel chez les détaillants, un pourcentage qui devrait augmenter à 5% en 2010. « Ce mélange n’engendrera pas d’augmentation significative dans le prix du diesel. On parle d’une différence de quelques sous », précise Scott Lewis, directeur du développement de l’entreprise chez Biox.

Le prix du biodiesel est présentement au même niveau que celui du diesel sur le marché, toutefois M. Lewis croit que le prix devrait être plus élevé puisque le biodiesel offre plusieurs avantages environnementaux tout en offrant un nouveau marché aux producteurs de graines de soya et de canola.
En 2002, la compagnie Biox a reçu le Prix canadien d’excellence en agroalimentaire, catégorie innovation, pour la création d’un procédé de production de biodiesel qui va permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en utilisant de la graisse animale et de l’huile recyclée. « C’est une façon de remercier Biox pour les efforts mis dans ce projet », mentionne Scott Lewis.

Dans le cadre d’un projet de vulgarisation en français de la recherche agricole appliquée fait en Ontario, l’Union des cultivateurs franco-ontariens a bénéficié d’une contribution financière du Conseil de l’adaptation agricole pour la préparation et la publication de cet article. Nathalie Forgues, étudiante en journalisme, effectue un stage au journal Agricom.

Le biodiesel ? un produit avantageux
Le biodiesel offre plusieurs avantages. Il peut être utilisé dans toutes les machines fonctionnant au diesel sans faire de modifications à l’engin puisque leurs propriétés sont similaires. La seule différence est que le biodiesel contient des molécules d’oxygène qu’on ne retrouve pas dans le diesel de pétrole. De plus, il ne contient pas de sulfure et accorde aux véhicules qui l’utilisent, une durée de vie plus longue.

L’utilisation d’un mélange contenant 20% de biodiesel et 80% de diesel (le « B20 ») permet de réduire de 80% le taux de dioxyde de carbone (fumée noire) émis dans l’atmosphère. Il permet également de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 91%, s’il est produit à partir de graisse animale et d’huile recyclée, et de 63% si le biodiesel est fait à partir d’huile extraite de cultures oléagineuses.

Et en plus, le biodiesel est biodégradable, renouvelable et non toxique.

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