Le 16 avril 2003

Élever des chevaux Canadien pour le plaisir

Par Josée Sauvé, correspondante régionale


Richard Robichaud est heureux de pouvoir faire l’élevage du cheval Canadien, une race fière. Photo J.Sauvé.

Que fait-on lorsqu’on achète une petite ferme de 55 acres à proximité de la ville de Cornwall, qu’on a une petite famille et très peu de temps libre? Si on s’appelle Richard Robichaud et Anne Fontaine, on met sur pied une petite entreprise: l’élevage d’une espèce de chevaux ayant une réputation imbattable, les chevaux Canadien.

«Nous avons présentement 19 chevaux dont 14 chevaux Canadien, et un jeune boeuf», explique Mme Fontaine devant la fenêtre de sa salle à manger avec vue sur l’étable et les pâturages. C’est là que l’on voit les chevaux paître paisiblement. «Les cinq autres bêtes sont surtout pour les enfants.»

L’amour des chevaux existe depuis longtemps chez Anne Fontaine et Richard Robichaud. «Nous avions deux chevaux, puis, lorsque les enfants sont arrivés, nous les avons vendus. Les enfants étaient prioritaires», raconte Mme Fontaine. Plusieurs choses se sont passé depuis ce temps.

Le couple s’est établi à Cornwall en 1994, où leur compagnie de fabrication de plastique, O.S. Plastic, s’est installée. Les trois partenaires qui possédaient alors l’entreprise l’ont vendue en 1999. Elle a été rebaptisée Spartek. «La vente de l’entreprise nous a permis d’acheter la ferme. Il y a deux ans, nous avons construit la grange. Cette année, nous avons construit la maison» explique M. Robichaud.

En effet, il y a 2 ou 3 ans, le couple Robichaud-Fontaine a fait des recherches afin de se procurer des chevaux Canadien, espèce connue aussi sous le nom de «Petit cheval de fer» et a commencé un élevage modeste. M. Robichaud, originaire de la Gaspésie, a été élevé avec des chevaux Canadien. «Cette espèce est considérée comme un cheval de trait, dans la même catégorie que le Percheron. D’ailleurs, le Canadien travaille aussi bien que le Percheron tout en ne mangeant que la moitié de sa nourriture», explique M. Robichaud. «Il a été surnommé «Petit cheval de fer» à cause de sa stature, plus petite que le Percheron, et de son endurance imbattable.»

«Nous avons débuté en achetant d’abord une jument et un étalon pour la production. Ensuite, nous nous sommes procuré des pouliches trop jeunes pour être bridées. Elles étaient moins cher.»

«Le cheval Canadien est un cheval polyvalent, qui est facile à atteler et qui a un bon tempérament. Il est très docile. Il aime travailler et il aime les humains. Il est très sociable», décrit M. Robichaud. «Il faut faire attention quand on va au champ. Il faut absolument faire semblant de ne pas voir les chevaux. Si on fait l’erreur de prêter attention à l’un d’eux, les autres deviennent jaloux et exigent la même attention.»

Mme Fontaine explique l’historique de cette espèce: «Vers la fin du 19e siècle, le gouvernement de l’époque a décidé de forcer les éleveurs à enregistrer leurs chevaux Canadien. Aussi, beaucoup d’agriculteurs, pour éviter la dépense de l’enregistrement ont négligé de le faire. Aussi, vers les années 1970, il ne restait qu’environ 300 chevaux Canadien enregistrés. Des regroupements d’éleveurs et des partisans de cette espèce ont redoublé d’efforts pour assurer la survie de l’espèce. On compte aujourd’hui plus ou moins 3000 chevaux Canadien au pays.»

Un cheval Canadien doit se conformer à de strictes caractéristiques. Mme Fontaine qui s’est bien informée à leur sujet ajoute: «On ne retrouve que trois couleurs chez le Canadien: le noir, l’alezan et le bai. Il mesure de 14 à 16 mains et pèse de 1000 à 1350 livres. Le cheval Canadien est issu de 8 grandes familles. Deux des lignées se sont éteintes.»

«Il n’y avait pas d’autre espèce pour moi. J’ai toujours travaillé avec cette espèce. De plus, leur plus grande richesse, c’est un cheval qui veut. Il va se crever pour son maître», ajoute M. Robichaud avec de l’affection plein la voix.

«Ce que nous voulons c’est de simplement en faire l’élevage», ajoute Mme Fontaine. «Nous voulons produire 3 à 4 beaux chevaux par année, chacun avec un bon tempérament. C’est d’ailleurs cette dernière qualité que nous favorisons. Nos chevaux sont de qualité et ont un bon départ. Quand le temps vient de les dresser, on les confie à un professionnel qui ne fait que ça. Les dresseurs ne font généralement pas l’élevage. Les gens intéressés à se procurer un cheval vont toujours rechercher un cheval qui a eu un bon départ. C’est très important. Et c’est ce que nous offrons.»

«De toute façon, renchérit M. Robichaud, notre élevage, nous le faisons pour le plaisir. Nous ne connaissons personne qui élève des chevaux pour en faire son gagne-pain. Les éleveurs travaillent tous à l’extérieur pour arrondir leur fin de mois.»
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Richard Robichaud et Anne Fontaine veulent garder leur entreprise modeste. Peut-être quelques bêtes de plus. Mais pour ça, ils attendent que leurs enfants vieillissent.

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