Le 7 avril 2005

En 2005, quelles cultures dois-je semer?

Par André Pommainville


Avec la neige qui disparaît vite ou qui est déjà toute disparue dans certaines régions de la province, de nombreux agriculteurs qui se demandent encore quoi semer sur leurs terres cette année.

Tout particulièrement dans ces temps d’incertitude où l’économie agricole ressemble à plusieurs morceaux de casse-tête provenant d’un grand nombre de boîtes différentes, il devient très difficile de prendre une décision rationnelle.

Il y a trop de facteurs sur lesquels le producteur n’a pas de contrôle: crise de la vache folle, grippe aviaire, faiblesse du dollar américain, chute vertigineuse des prix du maïs et des oléagineux sur les marchés mondiaux, augmentation du prix des intrants, et de l’énergie etc., etc., etc’

J’en perds mon latin et peut-être mon jugement de gestionnaire. Toutefois, j’ai du terrain agricole qui est là, et qui attend que le soleil le réchauffe pour le rendre propice à recevoir la semence printanière. J’ai déjà le goût et l’énervement printanier qui m’envahissent à l’idée de confier les grains de maïs, de soya, de blé et autres à la volonté et la bonté du Dieu créateur.

À chaque printemps, les producteurs rêvent à la belle récolte qui les attend et qui est le résultat du semeur qui met pleine confiance dans les mains de Dame Nature pendant quelques mois. Le plus souvent il y a un grand écart entre le rêve et la réalité pour les producteurs agricoles. Je reviens à ma question: « Que dois-je faire avec mon terrain’ »

Pour les producteurs en productions contingentées, la transformation de vos cultures de maïs, de soya, de blé et autres est assurée par la vente de votre lait, de vos ?ufs et de vos poulets. Votre investissement en quota vous procure cette assurance. Mais cela n’est pas le cas pour la plupart des propriétaires de terrain agricole. La question pour eux est bien réelle, mais la réponse n’est pas si facile.

Cela serait trop facile de prendre la décision de ne rien faire, de ne rien semer, de laisser la nature à elle-même. Ceci est le rêve, mais la réalité c’est que les agriculteurs ont des engagements financiers auxquels ils doivent faire face, une famille à faire vivre, des actifs de tous genres qui sont disponibles pour la préparation du sol, la gestion des cultures, l’entreposage des récoltes sans oublier les contraintes environnementales de laisser ses champs en jachère. Le dilemme est de taille!

Cela ne devient pas un problème de gestion seulement mais surtout et avant tout, un problème économique. Le mercredi 30 mars 2005, le ministre fédéral de l’Agriculture a annoncé qu’Ottawa versera un milliard de dollars en soutien aux agriculteurs. Merci beaucoup, mais ce soutien se fait tard pour ne pas dire trop tard pour planifier les cultures 2005, et pour un grand nombre d’entre eux ce sera aussi trop peu.

Une autre inquiétude que j’ai au sujet de cet appui financier de un milliard de dollars est celle de la distribution immédiate aux producteurs. L’engrenage gouvernemental ainsi que ses ramifications administratives et ses partenaires vont devoir travailler fort afin d’assurer la disponibilité immédiate de cette aide aux agriculteurs. J’ai confiance que toutes les démarches seront entreprises pour acheminer rapidement l’aide gouvernementale aux agriculteurs.

Même avec cette annonce, plusieurs problèmes sérieux demeurent pour la survie de l’agriculture ontarienne et canadienne. Je pense aux problèmes politiques de la fermeture des frontières aux vaches de réforme, du manque de relève à cause de l’incertitude économique de notre agriculture. On ne peut assez se rappeler que l’agriculture ontarienne est le deuxième moteur économique après l’industrie de l’automobile en Ontario. L’insouciance de notre société face à l’importance de l’agriculture, l’endettement record de nos entreprises agricoles, les exigences environnementales de nos instances politiques à cause de pression venant de la société et combien d’autres sont des facteurs aggravants qui risquent de prolonger pour plusieurs années la crise agricole actuelle.

Je vous dois un « mea culpa » car je m’éloigne de mon sujet qui est « Que dois-je faire avec mon terrain’ ». Je mets mes deux pieds sur terre et j’essaie d’y réfléchir. Je me concentre principalement sur le côté économique de cette question. Il n’y a pas de solution miracle car chaque entreprise agricole est distincte et chaque producteur(trice) doit prendre des décisions qui répondent le mieux aux conditions de sa ferme.

Une chose est certaine, si la tendance se maintient pour le prix des grains et les coûts des intrants, la marge de manoeuvre est presque inexistante. Sur le plan agronomique, il faut faire attention de ne pas trop couper les coins, car cela pourrait avoir des conséquences néfastes sur les rendements.

De même pour la mise en marché des grains, on peut espérer des opportunités de regain dans les prix. Il faudra être à l’affût des marchés et de prendre avantage de ces augmentations. Dans votre planification, si les prix offerts tant sur les marchés « futurs » ou d’aujourd’hui ? s’ils répondent à vos attentes ? vous devriez peut-être envisager de « contracter » un pourcentage de votre récolte. Souvent les prix de Chicago rebondissent pour quelques semaines durant la période des semis dans le cycle annuel du marché des grains.

Je mentionnais que la marge de manoeuvre entre les coûts de production et les prix actuels surtout pour le maïs et le soya sont presque inexistants. Les coûts de production sont beaucoup plus que le coût des intrants seulement. Vous trouverez un tableau comparatif des charges et des produits pour certaines cultures en 2005 qui indique que les travaux associés à chaque culture sont parfois aussi élevés que les intrants. Ces données sont publiées par le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation (MAAO) dans la publication 60F ? Budgets de grandes cultures 2005.

Avec les renseignements que nous avons sur les coûts de production, est-ce que l’on peut conclure quelque chose. Pas nécessairement, car les frais généraux tels que les taxes, les assurances, les paiements d’intérêts et les paiements de capital demeurent. En tant que gestionnaire, vous devez maximiser vos revenus tout en minimisant les dépenses, ce qui revient à dire d’obtenir le maximum de rendement tout en scrutant chaque coût de production. Nous vivons présentement une certitude dans le monde agricole, surtout dans les cultures non-contingentées, c’est : que les producteurs(trices) agricoles ne contrôlent qu’une petite partie de leur destinée. Ce pourcentage de contrôle de la part des gestionnaires agricoles représente peut-être la différence entre le déficit ou le profit.

Je commence à avoir hâte de pouvoir toucher à la chaleur du sol qui attend patiemment le semeur. Bonne culture en 2005!

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