Volume 27 Numéro 09 Le 16 décembre 2009

En grandes cultures, quand le biologique côtoie le conventionnel’

Par Christine Rieux, collaboration spéciale*


Le semoir combiné conçu par l’Allemand Manfred Wenz permet de diminuer les passages au champ. On aperçoit l’oeuvre des pattes d’oie faisant un dernier désherbage avant le semis du blé en bandes de 20 cm. (Source: www.eco-dyn.com)

La Journée des grandes cultures s’impose tel un carrefour incontournable pour les mordus de grandes cultures du Québec. S’y mêlent annuellement intervenants, scientifiques, producteurs et représentants pour parler de productivité et de pistes de solutions aux enjeux environnementaux de l’heure.

Le 1er décembre dernier, les participants bénéficiaient de la fusion des dogmes biologique et conventionnel. Qui doute que deux mondes parallèles peuvent se métisser?

Trois salles, une devise: pour un monde en changement, une agriculture adaptée. Les auditeurs ont coqueté avec une trentaine de conférences offertes en simultané et regroupées sous les thèmes de la gestion des sols, des stratégies phytosanitaires et de production et, enfin, de la production biologique. Agricom a tenté de relever le défi. À vos crayons, prêts, partez!

Engrais verts
Le Programme de soutien au développement en agriculture biologique au Québec fait des petits. Un de ceux-ci est bichonné par l’agronome Gabriel Bourgeois en Estrie. Le projet consiste à évaluer l’efficacité de l’implantation d’engrais verts intercalaires (entre les rangs de la culture principale) employés comme fertilisants sur le rendement du blé panifiable.

Dans l’arène, du blé emblavé avec de la vesce ou du trèfle ?Huia?, contre du blé uniquement fertilisé avec du fumier.
L’été dernier, les rendements obtenus ont été tous similaires. Est-ce attribuable à l’emploi d’une balance à remorque moins précise ou à une absence de différences réelles entre les traitements’ Les joies de la recherche!

Mais lorsqu’il est question de blé panifiable, l’observation de la qualité du produit fini va de soi. Ainsi, la vesce remporte la palme d’or en donnant des grains de blé à plus haute teneur en protéines.

Les agriculteurs biologiques de la trempe de Thomas Dewavrin des Cèdres en Montérégie Ouest vous le confirmeraient. La vesce est le nec plus ultra des « engrais-verts-amis-du-blé ».

La seule embûche demeure le prix de la semence s’élevant à 2$ le kilo (soit 200$ par hectare) pour un engrais vert nécessitant un an de croissance. Solution: produire sa semence et la conserver pour les années subséquentes.

Cinq années de maïs bio sans fumier
« Ce n’est qu’en partageant nos connaissances, tant en bio qu’en conventionnel, que nous arriverons à faire évoluer l’agriculture de demain », affirme un Thomas Dewavrin toujours aussi passionné après 15 ans d’agriculture au Québec.

Sa philosophie derrière la production de cultures sans fumier est simple: « Il est plus profitable de pratiquer l’élevage de lombrics déjà présents dans le sol que celui des animaux qui, ensuite, nourriront les lombrics par leur fumier », enchaîne-t-il.

Une étude présentée par Geneviève Labrie, entomologiste au Centre de recherche les grains, le confirme dans le blé: « La population de lombrics augmente de 200 % dans les champs où le blé est cultivé en même temps que le trèfle. »

M. Dewavrin a plus d’un tour dans son sac. En cinq ans, ses frères et lui ont expérimenté avec le trèfle, la luzerne et la vesce dans le maïs. Sans compter les essais avec le ray-grass dans le soya qui réduit en même temps la compaction à la récolte.

Mais chez les Dewavrin, il n’y a pas de recette miracle. Tout varie selon les conditions environnementales et la texture du sol. « Gardez en tête le précédant cultural. Par exemple, si le blé précède le maïs, il vaut mieux opter pour un cultivar avec un indice de paille faible. L’immobilisation de l’azote apporté par l’engrais vert sera alors minimisée et le maïs en profitera l’année suivante », révèle M. Dewavrin.

Semencier sélect certifié biologique
David Proulx avait de grandes pointures à chausser en prenant la relève de l’entreprise de production de semences ?select? conventionnelles de son père.

« Les spécialistes nous disaient au début des années 1990 que les OGM règleraient la faim dans le monde. Après quelques temps, je me suis vite aperçu que les OGM permettraient à tout le monde de manger sauf les agriculteurs qui les cultivent », soutient le propriétaire de Grains et Semences RDR Proulx.

Conjuguez ce constat au développement d’une hypersensibilité aux protecteurs de semences à base de carbathiin et de thiram. Voilà un incitatif de taille pour la conversion à la production biologique. Les connaissances acquises dans le domaine conventionnel ne sont pas pour autant perdues.

Prenons par exemple la minutie dans le nettoyage de l’équipement: « Il est plus difficile de ramasser des mauvaises herbes au champ que dans la machinerie. Même s’il faut deux fois plus de temps pour nettoyer la machinerie que pour semer; ça vaut le coup! » avoue M. Proulx. Cette affirmation prend davantage de poids si vous prévoyiez céder la récolte de semences à un forfaitaire ayant moissonné une culture non-certifiée chez le voisin au préalable.

La philosophie Eco-Dyn au Québec
En 2006, Denis Lafrance, gourou de l’agriculture biologique au Québec, invite Manfred Wenz pour offrir des ateliers de formation à Victoriaville. L’illustre Allemand pratique avec brio la céréaliculture biologique sans labour et sans fumier depuis un quart de siècle (www.eco dyn.com).

L’effet papillon s’est répandu jusqu’au Lac Saint-Jean. Si bien qu’un projet d’implantation du système Eco-Dyn a vu le jour en 2008 sous l’égide de l’agronome Martine Bergeron du Club conseil Pro-Vert.

La rotation des cultures s’étalera sur cinq ans dans quatre fermes du Lac. Pour commencer, les agriculteurs se sont équipés du semoir combiné conçu par M. Wenz lui-même. Avec ses divers dispositifs de réglage et multiples accessoires, dont notamment dents fouilleuses, pattes d’oie, butoirs, coutres circulaires, disques bombés (lisses ou crénelés), herse, herse peigne, barre de nivellement, roues de terrage, rouleau cage et système de distribution des semences, ce semoir permet de diminuer les passages au champ.

« D’après M. Wenz, l’agriculteur ne devrait faire que deux passages au champ. Un pour semer et l’autre pour récolter », indique Mme Bergeron. « Il faut comprendre l’importance d’établir un équilibre. Un sol équilibré nourrira à son tour les plantes par l’entremise de la macro et de la microflore », poursuit-elle.

Le dispositif expérimental mis en place au Lac cherchait à adapter le système Eco-Dyn en région nordique au Québec et à comparer les performances obtenues avec celles de l’Allemagne. Pour ce faire, des indicateurs de performance agronomique, économique et environnementale furent mis en place. Enfin, un système de production céréalière biologique sert de témoin pour évaluer l’efficacité du système Eco-Dyn.

« Le projet en est à sa deuxième année, mais nous supposons qu’un certain équilibre s’est installé dans le système Wenz, car moins d’adventices s’y trouvent que dans le système biologique. De plus, on y dénombre davantage de lombrics », résume Mme Bergeron. La comparaison des données économiques permettra d’en savoir plus l’an prochain.

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