Le 19 juin 2003

ESB: Une enquête impeccable, mais l’embargo a durement frappé

Par Pierre-Alain Blais, agronome


Le Dr Ulrich Kihm, ancien vétérinaire en chef en Suisse et porte-parole du comité d’experts, s’est dit « très très impressionné du travail exceptionnel accompli par l’Agence canadienne d’inspection des aliments ». Photo archives Agricom.

Plus de quatre semaines se sont écoulées depuis la découverte d’une vache porteuse de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), et les embargos sur la viande et le boeuf canadiens perdurent. L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) avoue maintenant ne pas être en mesure de trouver le lieu exact d’origine de la vache malade, ni pouvoir expliquer comment elle a pu contracter la maladie de la vache folle dans un pays qui était réputé exempt de cette terrible maladie.

L’enquête de l’ACIA aura été l’une des plus exhaustive jamais entreprise par celle-ci. Au terme de l’enquête scientifique, ce sont plus de 2700 bovins provenant de 18 troupeaux mis en quarantaine qui ont dû être abattus et leur cerveau soumis à une batterie de tests de dépistage méticuleux afin d’y déceler la présence de la maladie.

« Tous les tests de dépistage se sont révélés négatifs », a répété inlassablement le vétérinaire en chef de l’Agence, le Dr Brian Evans, au cours des briefings techniques donnés tout au long de l’enquête. « On n’a pas trouvé aucun autre animal porteur de l’ESB », affirme-t-il.

Origine inconnue

Le vétérinaire et porte-parole de l’Agence, Dr Claude Lavigne, dit qu’on ne pourra vraisemblablement jamais faire complètement la lumière sur cette histoire. S’agit-il d’une contamination provenant de la consommation de viande provenant d’animaux infectés par l’ESB, ou s’agit-il d’une « mutation spontanée » extrêmement rare, mais que certains spécialistes français croient plausible?

On ne saura peut-être jamais, mais cette lacune dans nos connaissances rend la tâche de convaincre les partenaires commerciaux de l’industrie canadienne du boeuf d’autant plus difficile.
Les experts de l’Agence ont dû se contraindre à compiler un rapport d’enquête digne d’un roman policier où de véritables pistes d’enquête sont remontées minutieusement, des hypothèses sont échafaudées sur la base de la théorie des probabilités, et des milliers de données d’analyse sont compilées afin de construire un tableau de la situation qui se veut le plus convaincant possible. Et tout cela, sans qu’on puisse affirmer hors de tout doute que d’autres cas d’ESB ne puissent pas éventuellement surgir dans le système.

Il faut savoir que la pauvre vache Black Angus de Wanhan est née à une époque où l’usage de farine animale de bovins était permise dans l’alimentation des bovins.

Des félicitations d’un comité d’experts internationaux

L’Agence canadienne d’inspection des aliments a réuni un petit comité de trois experts internationaux « afin de valider les résultats et les conclusions de l’enquête entreprise par l’Agence », a expliqué son vétérinaire en chef, Brian Evans.

Le Dr Ulrich Kihm, ancien vétérinaire en chef en Suisse et porte-parole du comité d’experts, s’est dit « très très impressionné du travail exceptionnel accompli par l’ACIA ». L’expert suisse a ajouté qu’il était particulièrement impressionné par la somme phénoménale d’information qui avait été cueillie en seulement trois semaines d’enquête. Questionné au sujet de la possibilité de voir l’embargo levé prochainement, il a répondu que « ça prend du temps pour déclarer un pays exempt de l’ESB », à l’exemple de son propre pays où existe encore un embargo sur l’exportation de bovins vivants vers certains pays de l’Union européenne, des années après la découverte d’un cas de vache folle.

Le Dr Kihm croit que le Canada s’est tout de même doté d’un très bon système de dépistage de maladies comme l’encéphalopathie spongiforme. « Il faut continuer à rechercher des cas dans les populations à risque, parmi les animaux euthanasiés », souligne-t-il, car il est convaincu qu’il y aura d’autres cas isolés qui pourraient apparaître au cours des prochaines années. Il a aussi averti les autorités canadiennes qu’il faudra s’assurer de bien éliminer tous les « organes à risque », c’est-à-dire les systèmes nerveux de ruminants et de commencer « à surveiller les systèmes de surveillance » afin de se rendre compte de leur efficacité et des manques possibles.

L’ESB serait une maladie extrêmement difficile à contrôler, confirme le Dr Kihm. « il faut apporter une attention particulière à une foule de petits détails, comme les farines animales », a-t-il ajouté en conférence de presse. L’expert suisse recommande incidemment à l’ACIA de bannir complètement toute farine d’origine animale dans toute production animale, comme il a été fait dans l’Union européenne. Il croit que les erreurs sont trop faciles à commettre, et les conséquences possibles de ces erreurs sur l’industrie sont dévastatrices, comme on a pu s’en rendre compte depuis le dernier mois.

Aide d’urgence pour les éleveurs

Par ailleurs, l’industrie canadienne du bovin s’enfoncerait dans la misère de plus en plus à mesure que les jours et les semaines passent sans que les embargos ne soient, au moins partiellement, levés. Les chiffres officiels font état de pertes de revenus de plus de 11 millions de dollars par jour que durent les embargos, ce que l’industrie évalue plutôt à plus du double, si l’on compte toutes les répercussions dans la chaîne alimentaire.
De l’aide financière serait versée cet été. Le ministre fédéral de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Lyle Vanclief, s’est engagé à dédommager directement les éleveurs, un programme national de type 60%?40% qui pourrait atteindre quelque 300 millions. Le fédéral prévoit aussi débloquer 20 millions pour désengorger les vastes congélateurs de viande de boeuf pleins depuis l’embargo. Plus de détails dans le prochain Agricom!

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