Le 8 février 2002

Est-ce la société qui demande une « méga-agriculture » ?

Par André Pommainville
info.agricom@atreide.net


Avec le mois de février qui débute, j’avais l’intention d’écrire un article sur une stratégie de vente de mes produits agricoles. Comme producteur de blé, de soya et de maïs, je dois constamment m’efforcer d’obtenir le meilleur prix afin d’essayer de rentabiliser mon entreprise. Cela fait partie, en fait, du plan de gestion de toutes entreprises agricoles qui espèrent rester compétitives dans la société.

C’est parfois très difficile de prendre des décisions de gestionnaire sans tenir compte des facteurs que la société nous impose. Pour la gestion de la mise en marché des produits de ma ferme, il faut que je considère mon système de rotation des cultures. Est-ce que je choisis de la semence génétiquement modifiée ou non’ Quelles sont mes disponibilités d’entreposage? Est-ce que le travail du sol est en accord avec l’environnement et cela en plus de la météo sur laquelle nous avons aucun contrôle.

Ce sont là de nombreuses décisions que le producteur doit prendre afin de produire des aliments sains, de haute qualité, à bas prix et qui répondent aux exigences toujours grandissantes de la société. Décisions qui ne sont pas souvent bien comprises par les autres 98 % de la population canadienne.

Un autre facteur que j’oubliais de vous faire part dans mes décisions de producteur est que le prix que je reçois pour ma production est aussi basé sur le prix que la société est prête à m’accorder. Ma marge de manoeuvre est limitée. Fin du Cours 101 sur la gestion de la mise en marché des produits agricoles.

L’ère des « méga-projets »

Avec les événements qui entourent la venue potentielle de porcheries industrielles dans l’Est ontarien j’aimerais prendre quelques instants sur ma vision de l’agriculture dans le cadre des demandes et exigences de notre société de l’an 2002. Les producteurs agricoles ont toujours su gérer leurs entreprises selon les normes et règlements de la société du temps. Aujourd’hui nous sommes à l’ère du « méga » et souvent le monde agricole et la nature en général doivent en subir les conséquences. Je me dois de clarifier cet énoncé.

Afin de répondre aux besoins et aux attentes de la société, une superficie incroyable de terrain agricole et non-agricole a été sacrifiée. Sur le plan national, pensons aux effets fauniques et écologiques causés par les terrains inondés sous les bassins des barrages hydro-électriques, tout cela pour le bien de la société.

Vous allez peut-être penser que localement, cela n’est pas le cas! Eh bien, attention! Dans un rayon de 100 kilomètres des comtés de Prescott-Russell, on retrouve plusieurs changements que la société a fait pour répondre à ses besoins qui ont exigé et qui demandent toujours une surface considérable de terre agricole et non-agricole.

Sur les plans loisirs et tourisme, je pense aux pentes de skis, aux nombreux centres touristiques incluant les terrains de roulottes et récréatifs. La construction du centre Corel sur de très bonnes terres agricoles démontre clairement les exigences que la société impose sur le patrimoine terrestre. On parle ici de « méga-projets » construits pour remplir nos temps de loisirs et qui exigent toujours de plus en plus d’espace. Tout cela pour le bien de la société.

Sur le plan commercial et résidentiel, la quantité de terrains exploités et perdus chaque année par l’agriculture est inconcevable. Beaucoup de ces méga-projets se concrétisent souvent sur d’excellentes terres agricoles qui se trouvent en proximité de nos centres urbains. Ici, je pense à nos grands centres commerciaux qui demandent des stationnements immenses et autres infrastructures pour répondre aux besoins de notre population.
Et que dire de nos méga-projets résidentiels qui entourent ces mêmes centres commerciaux, ainsi que les infrastructures routières pour encadrer le tout. Avec la mondialisation de notre société, il faut penser aux exigences du transport de nos produits et aussi au tourisme. Nous prenons cela pour acquis, mais la construction de la Voie maritime du Saint-Laurent (beaucoup de terrain inondé) et les différents aéroports sont des exemples que la société exige mais qui engouffrent beaucoup de nos terres agricoles. Tout cela pour le bien de la société.

Prescott-Russell a aussi ses « mégas-projets »

Notre région n’est pas épargnée. Le futur immédiat nous propose de grands projets de parcs industriels et résidentiels dans nos villes et villages de Prescott-Russell. Du côté de l’agrotourisme, il y a le grand projet « Franco-scénie » au c’ur de la forêt Larose avec son centre multidisciplinaire comprenant scène de théâtre, interprétation de la forêt, centre récréatif, etc. Cela va demander un aménagement bien spécial, sans oublier tous les arbres qui devront être coupés pour satisfaire encore une fois aux besoins de la société.
Toutefois, l’éducation publique que ce projet va transmettre à nos générations futures peut largement contrebalancer les effets néfastes que cette réalisation va avoir pour la forêt de rêve du premier agronome de Prescott-Russell, M. Ferdinand Larose.

Une autre activité intéressante est le travail fait présentement pour la conservation des terres humides de notre territoire. L’équilibre environnemental de notre région dépend beaucoup du maintien d’un système écologique naturel tel que la forêt Larose et les différentes tourbières de l’Est ontarien. Mais tout cela, c’est toujours pour le bien de la société.

Pour l’agriculture, son évolution vers des méga-projets est déjà bien établie. Nous avons un grand nombre d’entreprises agricoles se situant dans cet ordre de grandeur. Sans blâmer qui que ce soit, les exigences de la société peuvent être pointées du doigt. On demande que nos fermes soient super efficace, afin que le consommateur puisse s’approvisionner avec des produits de très bonne qualité à des prix bien en dessous de la moyenne mondiale. Est-ce possible ?

Sans l’aide financière du gouvernement et de la société, nos gérants et gestionnaires agricoles doivent prendre des moyens pour survivre qui souvent résulte par l’augmentation de leur volume de production. Il y a aussi toutes les normes et règlements que notre société impose et qui sont nécessaires pour faire fonctionner rondement nos activités quotidiennes qui parfois forcent nos entreprises agricoles à grossir, sinon, c’est éventuellement l’abandon à cause d’un manque de revenu équitable. Peut-on toujours se tirer dans le pied tout en espérant continuer à courir? Soyons honnête, le monde agricole pour survivre doit être avant-gardiste et le phénomène de « méga-ferme » va sûrement aller en s’accentuant.

En conclusion, j’aimerais dire tout simplement que chaque personne humaine sur la planète terre doit manger pour survivre. Ceci explique l’importance de l’agriculture comme la base fondamentale de notre survie pour la race humaine et de l’économie de chaque pays. Sachons le reconnaître. Tout cela pour le bien de la société.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *